Id., Doctrine du droit, p. 43-47 (F.Alcan
ques mots rargumentation en forme d^un grand moraliste et d^un grand logicien, mais il en est ainsi, et c'est une preuve de plus de Tinfluence des préjugés publics sur les philosophes et du danger du raisonnement dans les doctrines où les mots ne reçoivent pas un sens précis, unique, invariablement le même. L'action qui lève l'obstacle selon Kant, il ne saurait pourtant la déclarer juste, quelle qu'elle soit, ou de cela seul qu'elle le lève; encore faut-il que ce soit pardes moyens compatibles avec le droit et qui ne créent point à leur tour de semblables obstacles. Mais cette action de lever l'obstacle est, dit-il aussitôt, conforme à la liberté gênéraie ; oui, en supposant la liberté générale compatible avec la contrainte matérielle exercée sur les individus; mais alors il fallait démontrer que cela est possible, et Kant se borne à le supposer. C'est donc une pétition de principe, dissimulée par une équivoque ou par un abus de mots.
Au fond et sans faire de syllogismes, avouons que de vouloir ainsi donner aux mots droit et liberté un seul et même sens, dans l'hypothèse d'une société empirique où la liberté et le droit sont fondés sur la contrainte générale et réciproque, et dans l'hypothèse du monde moral idéal (en partie réel aussi toutefois) où il n'existerait de contrainte qu'intérieure, personnelle et libre, ni de droit et de devoir que par consentement mutuel, c'est introduire une confusion capable de vicier la meilleure des constructions éthiques. La contrainte, si ménagés et si légaux qu'en puissent être les procédés, est visiblement le premier degré d'un droit de la guerre, et un tel droit ne peut s'établir qu'en un sens tout différent du droit dont j'ai analysé le concept, La combinaison des idées de contrainte etde liberté inflige une sorte de souillure au droit supérieur de justice pure que définit la morale en tant que science. Puis il advient, par une sorte de vice inverse, que, passant de la théorie aux faits et à l'histoire, on manque d'éléments pour déduire, de la contrainte légale abstraite qu'on a conçue, une véritable explication des moyens