‹ Science de la moraleChapitre 73 sur 147 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

nu BEAU EN GÉNÉRAL

J'ai déterminé les éléments du mérite : le sacrifice, dont j'ai dû chercher le sens rationnel ; l'effort, lié à la liberté dont je viens de parler, et l'admiration, qui accompagne l'effort et le sacrifice et demande à son tour quelques explications.

L'objet de l'admiration est toujours du nombre des choses qu'on dit belles. Il faut ici que je remonte jus-

l-ja DU BEAU ET DU MÉRITE

qu'à ridée générale de la beauté pour définir le rapport de cette idée avec celles du bien et de la moralité. D'abord, il est incontestable que tout ce qui nous touche en qualité de beau est pour nous l'objet d'une certaine satisfaction, en tant qu'il nous est acquis sciemment, ou d'un certain désir et d'une certaine poursuite, au moins d'imagination, en tant qu'il n'est pas réalisé. La possession, au moment où elle est obtenue, soit par nous-mêmes, soit en notre présence ou à notre connaissance, nous cause un certain transport. Ainsi le beau est en général de la nature des fins et des objets des passions.

Il n'est pas moins certain que la fin envisagée dans le beau diffère essentielle^ment de la fin envisagée dans le bien. Non que celle-ci ne se joigne souvent à la première ; non même que le beau ne soit aussi un bien, dès qu'il est une fin, et qu'il n'y ait en conséquence un désir, un amour pour nous y porter, et un intérêt particulier à l'atteindre: appelons-le l'intérêt esthétique; mais c'est plutôt le bien qui n'est pas toujours le beau, et qui est plus général, et dont les plus communs caractères mettent la beauté des choses à l'écart. Sitôt que l'utilité proprement dite, à plus forte raison la nécessité, tout ce qui intéresse directement la conservation et le développement indispensable de Tagent se présente et se fait écouter, la beauté, en cela, n'existe pas ou n'existe plus, et se trouve éliminée de la pensée. Ce n'est donc pas dans le bien ainsi entendu qu'elle consiste, et il est vrai de dire dès lors qu'elle est une /in désintéressée, quoique attachée profondément au bien en général par l'attrait d'un certain autre ordre d'intérêts \

Après la détermination de ce caractère essentiel, mais négatif, si nous cherchons quelle propriété commune appartient aux objets que nous aimons comme beaux, nous rencontrons d'abord en nous un sentiment original, mais confus, ou du moins indéfinissable, qui nous

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