‹ Science de la moraleChapitre 75 sur 147 · DU BEAU EN GÉNÉRAL J'JJ · texte numérisé non relu

DU BEAU EN GÉNÉRAL J'JJ

tement et comme essentiellement soumis à la raison^ils. se rapportent au beau qu'on appelle moral et qui demande à être distingué. C'est un sujet qui viendra plus loin.

Nous reconnaissons ainsi de nombreux éléments généraux de la beauté ; nous les trouvons non seulement multiples mais complexes, étroitement unis dans un. grand nombre de cas et dans tous les plus importants^ au contraire des philosophes qui les ont ordinairement séparés, cherchant à mettre les uns en évidence, puis à expliquer les autres ou à les bannir. Mais si tant d& caractères, sensibles, passionnels, intellectuels, moraux,, conviennent au beau, quand il se présente complet dans un grand objet, il n'est pas moins certain que beaucoup d'entre eux peuvent s'évanouir et laisser subsister le beau. On peut alléguer que plusieurs sont à l'état latent dans les cas en apparence très simples où tout semble se réduire à une sensation. Mais cela ne suffit pas, car alors on demandera lesquels sont nécessaires et lesquels accessoires dans l'objet, ou quels sont ceux qu'on peut en éliminer sans que la notion du beau cesse d'y être applicable. On serait conduit de cette manière à réduire la beauté à un minimum peu satisfais sant et d'ailleurs impossible à déterminer. Ainsi la question du caractère général, à la fois nécessaire et suffisant, se pose toujours, et les auteurs de systèmes d'esthétique sont justifiés de n'y pas renoncer. Par la même raison, le rapport intime de la beauté avec l'art est demeuré inexpliqué. Il y a donc là un desideratum dont la découverte devra résoudre à la fois deux importants problèmes.

Le principe radical du beau me parait dépendre d'une transformation, qui est en même temps l'explication du principe si important et si lumineux du désintéressement^ formulé par Kant. Puisque la beauté ne se rapporte aux fins et au bien dans les choses, aux moyens propres à atteindre un but, aux objets qui procurent uu plaisir, éveillent une passion ou une idée et révèlent un ordre naturel ou intelligent, qu'en tant que nous les

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contemplons et que nous nous en désintéressons, il est clair que ce n'est jamais la chose même qui nous touche dans le beau, mais l'image, la représentation, la production ou reproduction pure de la chose, ou encore du bien, de la passion et de l'idée qui conviennent à la chose, soit qu'on la réalise elle-même ou non. Le beau est toujours un spectacle, et son principe est la représentation pour la représentation même, la représentation qui a pour fin la représentation. On comprend sans peine à présent comment il se peut faire que la représentation de l'objet comme beau se forme d'éléments plus ou moins nombreux et de nature variable, fournis par toutes les fonctions que leur exercice réunit au fond et souvent aussi semble diviser en les appelant à primer les unes sur les autres : raison, passion, imagination, sensation ; sensation même réduite à une expression très simple ; et' que le fait seul de la contemplation continuée ou redoublée, avec la conscience que nous en avons, suffise pour maintenir le caractère essentiel du sentiment du beau jusque dans les cas où sa matière ordinaire a presque disparu.

La génération de l'idée de l'art est maintenant manifeste et achève d'éclaircir pour nous Tidée du beau. L'homme est artiste, en effet, par la fonction de reproduction de conscience et ensuite d'imitation sensible des choses par toutes sortes de moyens. Auteur de la parole, orateur, conteur, poète, mime, tragédien, comédien, il ne voue, pour ainsi dire, à ce qu'il cherche ou à ce qu'il fait pour son bien, que la moitié de ses œuvres ; il consacre l'autre moitié, s'il le peut, à la représentation pure qu'il se donne de ses actes ou états quelconques et de ceux de ses pareils, et enfin de la nature. Il s'empare des rapports symboliques dont il a rinstinct entre ses sentiments, ses passions, ses idées mêmes, et l'ordre des sons ou celui des formes, des mouviements et des couleurs que la nature lui offre ou qu'il sait arranger, et il devient artiste de langage, artiste musicien, artiste plastique ou peintre, inventeur de cérémonies, de danses, de processions et de fêtes. Que

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