‹ Science de la moraleChapitre 76 sur 147 · DU BEAU EN GÉNÉRAL I · texte numérisé non relu

DU BEAU EN GÉNÉRAL I

fait-il en cela que de se donner des représentations à lui-même et d'appliquer le principe du beau en vertu duquel il se satisfait de ses sensations, de ses sentimentSy de ses idées, de ses passions, de ses biens, de ses fins, non plus pour l'utilité qu'il en peut retirer, mais pour la pure représentation où il se complaît? Quand il considère ainsi les objets naturels comme représentations, simples d'ailleurs ou complexes, obscurs ou clairs que soient les rapports qu'il y sent avec lui-même, il les trouve beaux ; et quand il s'agit de ses propres œuvres, des œuvres d'art, il les trouve belles si la représentation qu'il a voulu se donner est fidèle, ou, plus généralement, si en les contemplant il se sent appelé à un état de représentation sensible, intellectuelle, passionnelle, morale, qui met en jeu, sans proprement les intéresser, telles ou telles de ses fonctions consécutives. De là cet intérêt, ce plaisir, cette jouissance esthétiques qui diffèrent des phénomènes ordinaires de même dénomination en ce q4i'ils atteignent leur but en eux-mêmes, ou sous une forme contemplative qui n'implique rien des biens et des maux actifs de l'existence.

En résumé, ni Tagréable, ni l'utile, ni le vrai ou le bien quel qu'il soit, nulle fonction intervenante de l'entendement ou de la passion ne constituent le beau, mais tous ces phénomènes y entrent comme éléments en diverse mesure, à la seule condition de s'y subordonner à la représentation prise en elle-même et pour sa propre fin. Ainsi les réalités, pour donner ce nom à toute la matière du vrai et du bien, n'appartiennent au beau que par leurs représentations, et un sentiment juste suggérait la formule, quoique obscure et enveloppée de métaphysique réaliste, qui définissait la beauté Vimage du bien, Schiller fut aussi profond philosophe et observateur plus exact, lorsque, s'inspirant en artiste des théories de Kant, il plaça dans le jeu l'essence des exercices qui se rapportent au beau et donna de si nobles développements à son idée par rapport à l'eudémonisme et à la fin de bonheur de l'huma-

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nité*. Qu'est-ce en effet que jouer, dans le sens le plus élevé que ce mot comporte, ou que du moins nul autre encore ne peut rendre, si ce n'est se donner toutes sortes de représentations en dehors du but de la vie et se complaire dans les formes de cette vie, dans sea formes pures incessamment reproduites et contemplées ?

On reprochera peut-être à la doctrine que j'expose de ne point se prêter à la distinction nette du beau et du laid, comme se flattent de le faire les systèmes qui s'attachent exclusivement aux caractères intellectuels de la beauté. Mais ce défaut, quand il s'agit d'esthétique pure, hors de toute direction morale, sera plutôt un mérite aux yeux de ceux qui savent combien les deux termes contraires pris dans toute leur extension, avec toute leur portée, sont diflBciles à appliquer à l'art, considéré en sa forme ou dans ce qui lui est propre* L'agent raisonnable et moral regarde en eff*et comme entachées de laideur des représentations qui ne seraient point telles nécessairement pour l'artiste pur. Je vais maintenant introduire les notions morales dans le sentiment de la beauté, non plus seulement è titre d'éléments de représentation, mêlés à beaucoup d'autres, mais avec un rôle directeur, et chercher si quelque distinction du beau et du laid en général peut résulter de cette étude.

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