DU BEAU ET DU LAID
parler, à réfléchir le sentiment de ces sentiments, noué met dans Tétat d'une personne universelle, d'une personne sœur de toutes les autres personnes et à quirien d'humain n'est étranger. L'art est donc éminemment moralisateur et l'agent peut-être le plus efficace, autant que le signe assuré de toute civilisation.
On peut dire davantage. L'homme n'est pas agent moral seulement, il est agent sensible et esthétique : esthétique ici dans le sens le plus étendu du mot ; et il tend au bonheur. L'idéal du bonheur est un état où toutes les satisfactions de l'être étant supposées atteintes, il arriverait logiquement que les divisions, les luttes, tout ce qui dans les déterminations particulières implique une opposition réelle s'évanouirait, en sorte que les mêmes émotions naturelles qui troublent ou altèrent dans la réalité, n'existeraient plus que dans la forme contemplative, et comme des images projetées par l'imagination et le souvenir sur le plan d'une sérénité inaltérable. Que ce rêve ait un objet ou non, là n'est pas la question, et il est certain d'ailleurs que tel n'est pas le but actuel et direct du travail humain, la morale étant précisément faite pour en montrer un autre qui s'impose à nous ; mais enfin ce n'est pas moins un idéal, et conforme à notre nature. C'est donc un bien situé dans nos songes, si ce n'est dans notre espérance, au delà de la justice, et dont il n'est pas déraisonnable de penser que la justice ouvrirait l'entrée, si jamais elle achevait son œuvre, et en supposant de plus un monde harmonique et consentant une nature transformée. Or, de ce bien idéal, le beau acquis, durable et constant dans toutes les représentations possibles, serait nécessairement la marque et la garantie. S'il est vrai que l'homme doit recueillir toutes les semences de son être, sous la seule condition d'ordonner selon la raison ses objets et l'emploi de ses forces, il ne doit pas lui être interdit de goûter dès à présent certaines jouissances d'un état éloigné et, si l'on veut, impossible,, mais qui néanmoins lui sont offertes. L'art développe en nous les passions de l'état paradisiaque^ et le para-
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dis est toujours bon, même en rêve et sur la terre, pourvu qu'il ne fasse pas négliger le travail. Mais il faut cultiver notre jardin.