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SANCTIONS A TITRE DE POSTULATS

En réclamant la conciliation suprême de la loi morale, motif premier et obligatoire des actes libres, avec la loi du désir du bonheur, mobile nécessaire et impérieux quoique rationnellement secondaire de tous les actes possibles, la science arrive au postulat de l'immortalité de la personne humaine (ci-dessus, chap. xxviii). La science demande une croyance, non pas pour se fonder^ mais pour se satisfaire en dehors d'elle-même et ne point se clore avant d'avoir conçu son propre rapport avec la nature. La croyance à l'immortalité, si jela suppose acquise, apporte une sanction transcendante à la loi, puisque la rémunération future des actes est précisément le moyen par lequel se peut faire la conciliation demandée, imparfaite ou nulle dans Tétat présent des

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choses. Il est d'ailleurs permis de voir dans cette même rémunération un prolongement naturel de la série des phénomènes qui dès à présent mettent les conditions fondamentales et même les conditions physiques du bonheur dans la dépendance de la moralité. Mais on ne doit pas oublier que Tordre des anciennes doctrines est changé, la méthode renversée, qu^en un mot le dogme, si ce nom pouvait convenir encore, mais il ne convient plus, se réclame de la morale, et non plus la morale du dogme.

A ce postulat et à cette sanction se joignent ceux de Texisteuce divine, au sens le plus indéterminé, matériellement parlant, et le plus purement moraP. A peine diffèrent-ils des précédents, auxquels ils donnent cependant une forme cosmique, la plus universelle possible; car on les énoncerait aisément ainsi : Textension de la loi morale au monde, la croyance en une nature et en un ordre tels des choses, que, sans pouvoir ni sonder l'origine de Tunivers ni le comprendre comme un tout, on puisse affirmer qu'il subit la souveraineté du bien et que les conséquences de ses lois sont d'accord avec les fins de la morale.

Les croyances particulières vont au delà de l'affirmation générale, sans doute, et trouvent des sanctions plus déterminées dans un ordre divin plus décidément anthropomorphique. Elles pensent en trouver aussi dans un ordre métaphysique dont je parlerai tantôt, qui les leurre. Mais elles ne sauraient en imaginer qui aient la probabilité, ni par conséquent la force que donne la raison à une hypothèse où toutes les fonctions de l'àme humaine se réunissent et se concilient sans rien admettre d'arbitraire. En eff'et, l'esprit ne peut sonder, moins encore déterminer l'ordre universel, même moral; mais il peut le supposer, et cette indétermination puissante où il se tient a toute la vertu qu'il faut pour assurer l'agent qu'en faisant le bien de sa conscience il fait le bien du monde, qu'en réalisant l'harmonie de sa na-

I • y. Es$ai$ de critique générale. Deuxième essai, § xx et xxiii.

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ture propre il travaille à l'harmonie de la nature entière, et qu'enfin celle-ci, toujours triomphante à la fin, promet une rémunération infaillible à ses propres efforts.

La liberté morale, en tant que réelle, est une autre espèce de sanction, un autre postulat. Nous suivons dans Tordre pratique une liberté apparente (ci-dessus, chap. Il et xxxix). Si de plus nous nous croyons effectivement doués de la puissance de donner un premier commencement à des phénomènes, et si nous pensons que les faits à venir qui dépendent de nous peuvent être imprédéterminés réellement, et non pas seulement d'une manière illusoire, ou à cause de notre ignorance, nous avons la certitude de posséder les moyens actuels d'atteindre nos fins morales et de nous rendre bons dans toutes les circonstances. Suivantla môme hypothèse, nous perdons la ressource de rejeter sur les défauts de la nature, sur ceux des hommes et sur les nôtres, la responsabilité du mal dans les choses qui se présentent comme de notre ressort; et nous renonçons au droit absolu d'arguer d'infidélité à la loi les agents quelconques aveugles ou clairvoyants, dans leur part, quand nous sommes nous-mêmes infidèles dans la nôtre. Comment accuserions-nous justement le milieu humain dont nous formons un des libres éléments, tant que nous ne parvenons pas à essayer complètement dans notre sphère ce que la justice de chacun peut pour l'ordre moral de tous? La liberté est donc une sanction de la loi parce que, si elle est réelle, elle nous rend réellement capables de l'observer, partant responsables et sujets d'une rémunération de droit autant que de fait. Ce n'est point une sanction de plaisir ou de peine, d'espérance ou de crainte, mais c'en est une fondée sur le sentiment de la responsabilité qui prend alors une force et une majesté inconnue dans les doctrines nécessitaires.

Cette responsabilité s'étend jusque dans le passé. Parmi les défauts et les vices de la personne actuelle, qui semblent si souvent excuser ses actes en lesrendant inévitables, il en est beaucoup, et l'ignorance môme peut ôtre dans ce cas, qui se trouvent acquis par un

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usage antérieur de la liberté, et reprochables à ce titre. Un étude rétrospective et suffisamment approfondie de la personne morale éclairerait souvent les raisons pour lesquelles une responsabilité sérieuse existe, encore que les éléments ne paraissent point en être donnés dans le présent. El la même loi expliquerait comment il se peut faire que la conscience se porte sans trouble à des actes que son état de bonne intention rend irréprochables et moraux dans le moment actuel, mais qui sont toutle contraire en somme, suivant le jugement éclairé d'autrui, et le seraient aux yeux de Tagent lui-même, si sa liberté s'était exercée avec assez de force et de droiture dans le passé.

La liberté est encore une sanction, en ce que se fortifiant et se développant par Fexercice constant des fonctions réfléchies, elle devient sa rémunération à ellemême. Les œuvres morales s'étendent et se facilitent et nous apprenons à trouver dans leur accomplissement une part considérable du bonheur.

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