‹ Science de la moraleChapitre 9 sur 147 · DIGRESSION SUR LA LIBERTÉ MORALE · texte numérisé non relu

DIGRESSION SUR LA LIBERTÉ MORALE

Autrefois, on croyait pouvoir démontrer l'existence d'une faculté du libre arbitre. La métaphysique passant avant l'éthique établissait ses axiomes et ses théorèmes sans lesquels il semblait que la morale fût condamnée à périr. On prenait alors l'expérience que nous avons de n'avoir pas le sentiment d'être contraints quand nous agissons, on la prenait, dis-je, pour un sentiment de n'être pas contraints ; et ce sentiment prétendu à son tour, la croyance où nous sommes effectivement de n'être pas nécessités à nos actes, on les alléguait pour de suffisantes preuves de la réalité de leurs objets. Comme si un sentiment, fût-il mieux constaté que celui de rimmobilité de la terre, par exemple, eût pu servir à démontrer un fait que nulle expérience interne ou externe n'est apte à atteindre I

A rencontre de ces faibles analyses qui ne pouvaient que compromettre les convictions saines, une autre métaphysique et la psychologie déterministe prétendaient prouver l'existence d'un enchaînement nécessaire de tous les phénomènes. Mais sur ce terrain on reconnaissait du moins la réalité mentale de l'illusion de la liberté. De plus, on constatait soi-même, dans le fait, la nécessité où l'on était d'employer l'illusion aux mêmes usages moraux que le font le commun des hommes et ceux qui croient à la liberté, et on demeu-

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