‹ Science de la moraleChapitre 92 sur 147 · PROBLÈME DE LA MORALE APPUQUÉE SI · texte numérisé non relu

PROBLÈME DE LA MORALE APPUQUÉE SI

des êtres raisonnables, ainsi que le voudraient la nature morale et la notion la plus profonde de la justice. Mais la théocratie et les autres pouvoirs dits (Ten haut n'ont jamais d'autre appui dans leurs entreprises que cette même conscience à laquelle ils tentent de se substituer, ni d'autre mérite en leurs œuvres que celui qu'elle leur prête pour un temps. Ils ne réussissent à rien qu'avec -elle, et échouent définitivement parce qu'au fond elle les condamne toujours.

D'autres systèmes prétendent refondre la société par une révolution brusque et la conformer tout d'un coup à la raison. 11 en est d'autoritaires dans leur conception et qui seraient du même genre que les précédents, si ce n'est qu'il leur manque précisément une autorité graduellement acquise, environnée de prestiges et qui tire sa force du temps et de sa conformité générale avec les habitudes des hommes. Et il en est qui entendent respecter la liberté et la mettre en œuvre-en modifiant seulement, et encore par son moyen, le milieu où elle s'exerce. Ce n'est plus ici le contresens d'une autorité qui a besoin de se supposer pour être, et qui n'est pas fondée à se supposer; mais c'est le contresens analogue d'une liberté qui ne peut se faire un bon milieu et ensuites'y tenir, qu'à la condition de s'exercer conformément à la raison, et qui, d'une autre part, attend pour se conformer que le milieu existe.

Le socialisme, dans la plupart des théories qui ont pris ce nom, est une espèce de médecine sociale qui se flatte de guérir radicalement et d'un trait les maladies constitutionnelles de l'humanité. Supposons un vulgaire médecin, faux savant, artiste sans génie, observateur sans précision, expérimentateur sans méthode, un de ces empiriques utopistes qui cherchent dans l'iatromécanique ou l'iatro-chimie un remède sûr et prompt pour une maladie quelconque. Il ignore que les constitutions pathologiques et leurs produits divers dérivent des maux antérieurs et des vices profonds des individus, des races et de l'espèce entière. Et il se fera cette illusion de pouvoir conduire tout malade à l'état sain, si

2l8 DES SANCTIONS DE LA MORALE

seulement il dispose des éléments qui environnent le corps et peuvent agir sur le corps. Tel est le socialiste dont je parle. Il se propose de guérir les hommes de leurs vices et de les préserver de leurs méfaits envers eux-mêmes et envers autrui, en construisant extérieurement un milieu social tout nouveau pour les y placer. Il ne voit pas qu'une société quelconque est bonne pour des associés bons, ou deviendra bonne, et que la meilleure société possible est ou deviendra mauvaise pour des associés qui ne sont pas bons. Il ne voit pas non plus que le malade social, pour consentir à prendre le remède et se l'administrer en bonne règle, a tout juste besoin d'autant de santé qu'on lui en promet après qu'il l'aura pris. Revenons à la morale. Faut-il donc qu'elle ne soit qu'un pur idéal, réduite à donner d'éternels modèles éternellement inimitables et à s'y tenir? Ou peut-elle» sans les abandonner, en proposer d'autres qui soient mieux adaptés aux conditions historiques de l'homme, et propres à lui offrir un idéal encore très élevé dont la poursuite assidue le rapprocherait de plus en plus du parfait idéal? Continuons l'étude de la morale en joignant maintenant aux notions de la raison ingénue la psychologie et l'histoire des passions. Essayons de nous rendre compte des difficultés, des antinomies, puis des modifications inévitables de l'éthique appliquée à un ordre moral troublé. Cherchons s'il existe pour cet ordre même, ou pour ce désordre, des principes qui aient aussi leur fondement dans la raison, et qui soient des lois impérieuses de la conduite humaine; s'il est possible, enfin, de formuler un droit naturel et historique, différent du droit rationnel pur, et adapté à cette humanité réelle qui n'a pas seulement formé le concept d'une éthique absolue, mais qui a produit, en dehors de cette éthique, les coutumes, les lois, les tribunaux, les religions et gouvernements que nous connaissons et la guerre, forme générale de toutes ces choses plus ou moins incompatibles avec le règne de la conscience sans trouble et de la justice sans mélange.

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