‹ Science des finances (volume 2)Chapitre 2 sur 38 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

science des finances, à laquelle il appartient de faire voir la différente application de ces principes à la multiplicité de relations dans lesquelles se trouvent des Etats existans en réalité. Car sa mission est d'être une science toute pratique. Les principes généraux sur les impôts, tels qu'ils sont développés dans l'économie politique, ne suffisent pas à beaucoup près pour établir un système de finances. La théorie générale peut avoir atteint un haut degré de perfection, mais il reste encore beaucoup à faire lorsqu'il s'agit d'appliquer cette théorie aux cas réels qui se présentent dans la vie pratique. La théorie part des faits les plus généraux, sur la vérité et l'exactitude desquels elle fonde ses argumens. Mais quelque vrais et justes que soient ces faits et ces argumens, la théorie générale ne peut cependant pas être appliquée derechef aux cas qui se présentent dans l'expérience. Car ces cas ont beaucoup plus de propriétés, et souvent des propriétés tout autres que celles qui ont été supposées dans la théorie générale. Pour appliquer celle-ci à ces cas, il faut donc connaître et peser mûrement toutes les circonstances qu'ils présentent, et qui n'ont pas été prévues par la théorie, modifier, circonscrire, compléter, avec le secours de cette connaissance, le principe général, et de cette façon, former en quelque sorte pour l'occurrence dont il s'agit une théorie toute particulière. Ici se montre daifs tout son jour la différence entre un pur théoricien, et un théoricien -praticien, entre un praticien, qui n'est que simple routinier, et celui qui exerce la pratique, guidé par les lumières

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de la théorie. Le pur théoricien fait abstraction des occurrences particulières, et s'en tient uniquement au général et à l'universel, parce que la théorie gagne en solidité et profondeur à mesure qu'elle marche progressivement vers des principes plus généraux, et qu'elle peut établir un système de thèses générales, réunies par un principe suprême et universel en un tout collectif. Cette théorie abstraite, le théoricienpraticien en facilite l'application aux occurrences qui se présentent dans la réalité. Car, tout en montrant quelles combinaisons et quelles comparaisons des principes généraux sont nécessaires pour trouver la règle applicable a plusieurs cas qui se présentent dans la réalité, accompagnés de plus de circonstances que n'en suppose la théorie générale, il enseigne la juste application de la théorie. Quiconque n'a saisi et conçu la théorie qu'à la faveur de sa mémoire, et ne possède d'ailleurs que peu de jugement, fera aisément dans l'application un faux usage de la théorie, parce qu'il ne sait pas saisir et apprécier les circonstances qui se présentent dans l'expérience, ni par conséquent trouver le juste milieu. Ce sont là les théoriciens qui décréditent la théorie chez les routiniers. Car pour peu que ceux-ci s'apperçoivent qu'avec leur routine et un peu de bon sens, ils réussissent mieux que le docte théoricien , ils s'imaginent, à tort, que c'est la théorie, ou le savoir, qui est cause des mesures et opérations vicieuses, tandis que la faute en est évidemment au manque de jugement de celui qui doit appliquer la théorie. Le théoricien sensé et intelligent ne tombera

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