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point dans de semblables méprises, parce que dans l'application il s'enquiert avant tout des circonstances que présente la réalité, et que par la connaissance de ces dernières, il entrevoit aisément, quels autres principes théoriques il faut rechercher pour trouver, au moyen de leur comparaison avec le reste des principes, ce qui convient au cas présent. Ceux qui ne possèdent le savoir que dans leur mémoire, ne semblent être érudits que lorsqu'ils étalent l'érudition d'autrui, parce qu'en ceci on napperçoit pas ce qui leur appartient, ou ce qui appartient aux autres. Mais des théoriciens sensés savent parfaitement jusqu'où les conduit la théorie; ils ne hasarderont par conséquent jamais d'appliquer la théorie à des cas qu'ils ne connaissent pas dans tous leurs détails, ou lorsqu'ils sentent qu'ils n'ont pas la dextérité, ni la routine qu'exige une juste application de la théorie. — Pourtant, on ne saurait considérer comme un mal, que quelques hommes ne cultivent exclusivement que la théorie, et refusent de descendre dans le champ de la pratique. Car il est bien rare que l'homme puisse gagner assez de temps pour apprendre à connaître, au même degré de perfection, le général et le concret. Voilà pourquoi il vaut mieux distinguer les différentes vocations, et que les uns aspirent plus à atteindre les hauteurs de la spéculation, tandis que les autres s'attachent plus à appliquer à la vie commune les théories dont la vérité a été éprouvée. Qui voudrait prétendre d'un Newton, d un Laplace etc. qu'ils ein«« ployassent leur temps à l'apprentissage de connaissances
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et de procédés empiriques nécessaires pour la confection dune montre, d'un métier de tisserand, d'un moulin, d'une machine à vapeur etc. et qui pourrait les blâmer de ne pas savoir fabriquer de telles machines, bien entendu qu'ils sachent que ce talent leur manque? Mais d'un autre côté, des constructeurs de moulins, des fabricans de métiers de tisserand, et d'autres artisans de cet ordre se tromperaient singulièrement dans l'appréciation de leurs connaissances en fait de mécanique , s'ils voulaient les considérer comme supérieures à celles d'un Newton et Laplacc, parce qu'ils entendent mieux que ces derniers la fabrication de semblables machines. Ce qui leur était indispensable pour devenir d'habiles mécaniciens, ils le durent aux résultats des profondes méditations de ces grands hommes. Ces résultats, ils savent bien les exploiter et en tirer parti, mais non les trouver. — Il faut une force d'esprit toute particulière pour découvrir les idées les plus générales ou abstraites, pour les réunir en propositions universelles, et pour combiner ces dernières de telle sorte qu'il en résulte un tout conséquent. Le talent d'introduire dans la vie les résultats de ces investigations, et de les mettre en pratique là ou cela est possible, diffère de beaucoup de cette profondeur de l'intelligence humaine, et se rencontre bien plus souvent dans le inonde que cette disposition de l'esprit aux méditations spéculatives; — arrangement souverainement sage de la nature, parce que le inonde a beaucoup plus besoin d'hommes praticiens, (pic de théoriciens profonds, et que les découvertes
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d'un Newton guident et dirigent toute une légion de praticiens.
Toutefois les esprits supérieurs laissent encore beaucoup à faire a ceux auxquels ils transmettent les résultats de leurs méditations. Car pour appliquer ces résultats à la vie, il faut faire abstraction des généralités que présentent beaucoup d'objets de l'expérience, et disposer de telle sorte le principe transmis par tradition qu'il s'adapte aux cas dont on a abstrait ces généralités empiriques. C'est là l'oeuvre des théoriciens -praticiens. Ils fondent et établissent les théories appliquées. Mais même l'usage de ces dernières exige pareillement beaucoup de prudence et de jugement, lorsque dans la vie il s'agit de les appliquer à des cas autres que ceux dont elles ont été abstraites. Car il est impossible de donner de telle sorte une théorie d'objets empiriques qu'elle fut applicable à toutes les occurrences, sans distinction, qui pourraient se présenter. Beaucoup reste toujours encore abandonné au jugement de celui qui doit faire application de cette théorie. Il doit ôter ou retrancher quelque chose ici, ajouter quelque chose là, et dans chaque occurrence particulière, tantôt suppléer à la théorie, tantôt la circonscrire de mille et mille manières. Voilà pourquoi tout bon praticien qui veut agir par lui-même, et ne pas être un simple instrument d'autrui, doit connaître la théorie, n'eût -il même pas la force de lin venter lui-même; il doit en un mot être praticien - théoricien. Ces considérations s'appliquent pareillement aux théories qui se rapportent à
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la nature inanimée, ou à des objets physiques, tels que la mécanique, l'architecture, la science des mines etc. — La différence de la nature propre des objets donnés auxquels les principes généraux de ces théories doivent être appliqués, leurs diverses propriétés dont ils sont redevables en partie à leur individualité, en partie à l'influence d'autres objets, exigent dans l'application mille et mille modifications de la théorie générale. Ceci est à bien plus forte raison le cas des théories applicables à la vie des hommes et à leurs actions. Car la variété de changemens des corps inanimés est fort peu de chose comparativement à la multitude infinie de nuances que l'homme, par son intellecte, sa volonté, ses passions, apporte dans les choses et les relations auxquelles les principes généraux de la théorie doivent être appliqués. Au nombre des sciences de cette dernière espèce appartient celle des finances, pour laquelle, dans la pratique, il ne suffit pas, à beaucoup près, de connaître les notions générales de bien, valeur, échange etc. ou de posséder à fond les résultats de l'économie politique. — Un principe de la théorie générale est, par exemple, que le plus grand produit net possible des Domaines de la couronne doit être versé dans les caisses publiques. Mais pour obtenir ce résultat, combien les mesures qui doivent être prises à cet égard dans un pays dépourvu de population, de richesse, et de lumières, ne diffèrent -elles pas de celles qu'il s'agit de mettre à exécution dans un pays où lagriculture est poussée jusqu'à la perfection, où il existe une grande concurrence d'économes
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opulens, qui cherchent à placer leurs capitaux dans l'agriculture! Combien ces mesures ne devront-elles pas être différentes même dans les diverses provinces d'un seul et même pays ! En Prusse, par exemple, ce qui sous ce rapport est convenable dans les provinces rhénanes, ne le sera point dans les provinces saxonnes, et ce qui peut être excellent dans celles-ci, ne le sera pas pour cela en Poméranie ou en Silésie. La théorie de l'utilisation des Domaines recevra par conséquent dans un pays une toute autre application que dans un autre, bien que le principe général soit valable pour tous les pays sans distinction. Modifiâton même la théorie pour quelques uns de ces cas, il restera toujours impossible de la modifier pour tous, et c'est ainsi que le praticien devra, par son propre jugement, suppléer à bien des choses. — Que le Gouvernement exploite rarement une profession quelconque avec plus d'avantages que le particulier, est un principe théorique d'une universalité relative, dont la vérité est évidente dans beaucoup de cas. Pourtant, des exceptions de cette règle sont possibles ; il peut même exister des empêchemens ou obstacles en raison desquels il vaut mieux que l'État conserve encore pour quelque temps l'exercice imparfait de sa profession, que s'il exposait cette profession à être exploitée plus imparfaitement encore par des particuliers, vu l'absence de toutes les conditions d'une pareille exploitation plus parfaite de cette profession par des particuliers. Il est possible de plus que le Gouvernement n'ait pas les mains libres, et qu'il soit tenu de conserver les méthodes vicieuses de percevoir son revenu, parce que