PRÉFACE. XXXIII
sur ceux que l'Etat avait l'intention den exempter — une pareille critique, qui démontre tout ceci jusqu'à l'évidence, pourrait- elle être repoussée sous quelque prétexte que ce fut? Non sans doute. Quelque peines et soins que Ton se soit donnés pour préparer un système financier qui développe d'aussi déplorables effets, on n'aura toujours fait qu'un méchant ouvrage, et un travail infructueux; l'affaire doit être mieux apprise et approfondie, et être améliorée davantage. Là où ne prévaut que la routine, on la simple empirie, là sans doute une critique solide et approfondie sera le moins comprise, et ne fructifiera que faiblement, mais partout où ceux qui administrent les finances possèdent des lumières supérieures, on se laissera d'autant plus volontiers rendre attentif aux méprises et funestes effets qui proviennent de la méconnaissance ou de l'ignorance des détails ou circonstances, et sont presque inévitables lors de la première introduction de nouvelles mesures financières, que les principes font trouver les moyens de remédier aux imperfections. Par ces motifs j'ai craint le moins d'appuyer mes observations générales par des exemples tirés de la Monarchie Prussienne et de soumettre à la critique ce qui dans son système financier me parut être vicieux; non pas parce qu'en Prusse le système financier offre plus d'imperfections que dans d'autres pays; il serait même facile de prouver le contraire; mais par les raisons suivantes: 1° parce que la Prusse est du petit nombre des Etats qui sont gouvernés suivant des principes, et une connaissance claire de ce que
XXXIV PBÉFACE.
l'on veut* Beaucoup de ses fonctionnaires supérieurs sont des hommes instruits dans les sciences, qui peuvent démontrer le peu de fondement d'une critique, autant qu'ils sont disposés à reconnaître ce qui s'y trouve de vrai. Dans ce pays les observations critiques peuvent donc fructifier le plus, soit en fournissant occasion de rectifier des reproches dénués de fondement, et de justifier de la sorte d'autant mieux les mesures adoptées, soit en remédiant le plus promptement aux fautes reconnues, s'il se trouvait que ces observations fussent vraies. 2° Parce que tout ce qui se fait dans un Etat où je vis et agis m'est le mieux connu. J'étais donc beaucoup moins exposé à citer de faux faits, et à en tirer de fausses conséquences que si j'eusse tiré mes exemples d'Etats étrangers. Enfin 3° parce que j'étais bien aise d'avoir une occasion de prouver par des faits à ceux qui aimeraient à mettre la loi Prussienne de censure en réputation d'être antipathique à toute publicité, que cette censure ne s'oppose nullement à la libre manifestation d'opinions sur les lois et les institutions publiques, dussent-elles même les critiquer ou blâmer.