PRÉFACE. XXI
que leur publication eut peut-être même été choquante. Il m'a donc paru d'autant plus expédient de les passer sous silence, que quiconque connaît un peu les ressorts secrets des Etats et l'histoire des finances pourra aisément deviner les faits que j'ai eu en vue, ou les trouver dans la sphère de sa propre expérience, ou dans l'histoire du jour. De cette façon, je crois avoir livré un manuel qui peut être d'une grande utilité 1° pour les hommes d'affaires qui n'ont pas assez de temps et de loisir pour lire les écrits les plus importans sur la théorie, ou pour s'enquérir de ce qui se passe hors de leur sphère d'occupation, et qui néanmoins voudraient pouvoir rester au courant des progrès de la théorie. Ceux-là trouveront dans mon ouvrage non seulement une exposition systématique des résultats des recherches les plus importantes sur les finances, mais aussi un certain nombre de faits tirés de différens pays, et qui peuvent servir, en partie, à éclaircir, en partie, à prouver les assertions et allégations générales. Rien n'induit plus à des jugemens étroits et exclusifs comme quand on n'a perpétuellement sous les yeux qu'un seul pays, qu'une seule méthode, qu'un seul mode de procéder. Car on n'est que trop porté à ne considérer comme uniquement vrai et juste que ce à quoi l'on s'est habitué dans la pratique, surtout lorsque le résultat en a été poulie moins passable. 2° Les Publicistes, qui ne font que débuter, pourront pareillement retirer fruit de mon ouvrage. Les jeunes têtes n'inclinent que trop à appliquer promptemcnt à la vie la théorie qu'elles viennent
XXII FRKFACK.
d'apprendre, sans ])cser avec soin, et dans tons leurs détails, les circonstances que les cas présentent, et sans examiner, si ces circonstances coïncident avec celles que suppose la théorie, qui sans elles manquerait de vérité. Par les exemples empruntés à un grand nombre d'États mon ouvrage fait voir de quelle prudence il faut user en faisant valoir dans l'application des thèses générales ; il offre par cela même souvent occasion aux lecteurs d'aiguiser leur jugement et de l'habituer à la circonspection. C'est par ce motif que je suis entré si souvent dans les détails. En effet rien n'est plus propre à rabattre l'orgueil et à guérir de l'erreur de croire que la science des principes de l'économie politique suffit pour réformer les finances, comme l'exposition des difficultés que présente l'application de la théorie à des cas donnés, et celle de la multitude de convenances auxquelles il faut avoir égard en mettant à exécution une mesure financière. Malheureusement plusieurs ordonnances récentes en matière de finances ne prouvent que trop, combien même des hommes, dont on serait en droit d'attendre qu'ils sussent par expérience tout ce qu'exige l'application de thèses générales, se trompent souvent quant à ce point, et ne procèdent que comme des débutans en théorie, bien qu'ils se glorifient de leurs connaissances pratiques. Car la promulgation d'ordonnances générales, dont on se voit bientôt contraint de statuer après coup des exceptions et des modifications, est une marque certaine que l'on n'a pas dûment pris au préalable des renscignemens sur toutes les occurrences auxquelles la loi