CAL AND AR
(( Le Schaïkh Scharaf bu Ali Calandar (2) naquit à Panipat (3), ville située à trente kos N.-O. de Delili. A l'âge de quarante ans, il vint dans cette capitale, et eut l'avantage d'être introduit auprès du kliajaCutb-uddin(4); mais néanmoins il ne pensa pendant vingt ans qu'aux sciences extérieures. Enfin la lumière divine vint éclairer le miroir de son cœur ; il jeta tous ses livres dans la Jamna et se mit à voyager pour son instruction religieuse. Arrivé en Asie-Mineure, il y retira de grands avantages de la société de Schams Tabriz (5) et de Maulavi Rum (6), ainsi que de plusieurs autres saints
(1) Araïsch-i mahfl, p. 166.
(2) On trouve une ode de ce spiritualiste dans les Transactions de la Soc. littér. de Bombay, 1. 1, p. 107.
(3) C'est près de cette ville que se donna, entre les musulmans et les mahrattes, en 1761, la bataille de Panipat, que remportèrent les premiers, et qui a élé célébrée en hindoustani dans un poème intitulé : Jang-namah, c'est-à-dire le Livre du combat. (Mackensie, Collection, II, 145.) Il y en a aussi une description en hindoustani et en anglais dans le Tuhfâé Elphinstone.
(4) Voyez plus haut l'article consacré à ce saint.
(5) C'est-à-dire Schamsuddin Tabrézi, célèbre poète persan, distingué par sa sainteté, qui fut le maître de Jalal uddin Rûmi. On trouve un fort beau gazai de lui dans les Transact. ofthe Bomba])-, Litter. society, p. 108. M. Jules Boilly, peintre distingué, a, dans sa jolie collection de manuscrits persans, un exemplaire correct du diwan de ce poète, copie qui a appartenu à Scheidius.
(6) C'est-à-dire le Maulawi Jalal uddin Rûmi, très-célèbre spiritualiste musulman, fondateur de l'ordre des Maulavi, et auteur
personnages. Il revint ensuite à son pays et vécut constamment dans l'angle de la retraite jusqu'au moment ofi Dieu daigna l'appeler à lui. Un grand nombre de gens ont été les témoins oculaires de ses miracles, et de nos jours encore son tombeau est un lieu de pèlerinage Irès- Iréquenté (1). »
Ce personnage, l'un des saints les plus célèbres de l'Inde musulmane, mourut, s'il faut en croire M. W, Ilamilton (2), en 724 (1323-24); mais si, à l'âge de quarante ans, il fut eiïéctivement en relation avec Cutb-uddin, qui décéda, ainsi qu'on l'a vu plus baut, en 630 (1232-33), la date donnée par M. Hamilton ne doit pas être exacte, car elle supposerait que Calandar avait plus de cent trente ans lorsqu'il mourut.
Dans sa jeunesse, Akbar II, sultan de Debli, fut conduit au tombeau de Calandar par son malbeureux père, Schâb 'Alam, qui consacra au saint une boucle de ses cheveux. Cette cérémonie impose l'obligation de laisser, sans la toucher, pendant un certain espace de temps, la portion de cheveux qu'on a taillée ; on doit ensuite venir couper ces cheveux au lieu même qui a été choisi la première fois pour cette consécration. L'empereur tenait beaucoup, disait-on, à consommer ce rite; mais comme ce pèlerinage aurait pu occasionner de grandes dépenses qu'il n'aurait pu se dispenser de faire sans que ce fût pour lui un sujet de confu-
d'un poème très-renommé, connu sous le litre vague de Masnavi. A l'époque dont il s'agit, il résidait à Cogni (Iconium). (D'Herbelot, Bibliothèque orientale.)
(1) Armsch-i mahfil, p. 64.
(2) Hamilton, East-India Gazetteer, t. II, p. 367.
sion, 011 lui persuada de renoncer à accomplir cette cérémonie (1).
On trouve le fatilia de ce saint dans l'Eucologe musulman {■'2) imprimé à Calcutta, il est conru en ces termes :
ce A cause du prince des contemplatifs, du chef des spiritualistes, l'illustre Schàli Scharaf bù Ali Calandar (que Dieu sanctifie son précieux tombeau), et aussi par l'âme puie de Schah Scharaf-uddin Yahya Muniri, d'Alimad khan et de Mubarak khan (que Dieu sanctifie leurs tombeaux), que le Très-Haut daigne accepter les oblations et les prières que je lui offre.
(( Dans cette intention, le fidèle dira le premier chapitre du Coran ; ensuite le verset du trône (3) trois fois; le quatre-vingt-quatorzième chapitre trois fois ; le premier trois fois ; le cent douzième dix fois ; la prière Durûd (Â) dix fois. »
AULIYA.
« Le prince des schaïkhs Nizam-uddin Auliyâ (5), fils d'Ahmad, fils de Daniel, naquit à Gazna en 630 (1232-33). Lorsqu'il fut arrivé à l'âge de raison, il se rendit à Badaun (6), et là il se livra avec le plus grand succès aux
(1) Hamilton, East-India Gazetteer, t. II, p. 367.
(2) Hidayat iil-islam, p. 269.
(3) C'est-à-dire les versets 255-258 du second chapitre du Coran, (i) Voyez Y Eucologe musulman.
(5) Auliyâ est le pluriel de wali, employé emphatiquement pour le singulier. Ce saint est aussi connu sous le surnom de Zarrîzar- Bakhsch, « donneur d'or en or. s (Préface du Bctg o Bahdr.)
(6) Ville dans la province de Dehli, qui n'est actuellement remarquable que par son antiquité. {Ayeen Akbery, t. II, p. 87 ; Hamilton, East-India Gazelteer, 1,291.")
394 RELIGION MUSULMANE DANS L'iNDE.
sciences extérieures. Commmc dans l'argumentation il triomphait presque toujours de ses condisciples, on le surnomma vainqueur de l'assemblée {malifii scinhan). A vingt ans il alla à Ajodhan (1), où il eut le bonheur d'être disciple de Farid-ud(Un Schakar-ganj (2), qui lui communiqua la science intérieure. L'ayant ensuite quitté, il se rendit à Dehli (3) pour la conduite spirituelle des hommes. Une foule de gens dévoués à la recherche des vérités religieuses trouvèrent en eiïet un grand secours auprès de lui. On peut citer entre autres les schaïkhs Wajh-uddin àChandéri (4), Nacir-uddinChirag-i Dehli (5), Alâ-ulhak et Raji Siraj dans le Bengale, Yacub et Kamal à Mahva, Huçâm-uddin en Guzarate, le schaïkh Burhanuddin et le khwaja Haçan dans le Décan, l'amir Khusrau à Dehh, les respectables Mujis à Ujjaïn, etGuiyâsà Dahar (6), etc. Ses descendants et ses héritiers spirituels continuèrent, jusqu'au temps d'Aurang-zeb, à diriger dans la voie de Dieu leurs coreligionnaires ; mais depuis celte époque on ne sait rien sur cette lignée.
(1) Ville de Moultan, dont il a déjà été parlé,
(2) Voyez l'ariicle consacré à ce saint personnage.
(3) On montre encore à Dehli un puits creusé, dit-on, par Nizàmuddîn Auliyâ en 1321. (Bhola Natith, the Traveîs of a Hindoo, t. II, p. 225.)
(4) Ville de Mahva.
(5) C'est-à-dire Vaide de la religion, lampe de Dehli, enseveli dans cette ville. {Ar. mahf., p. 166; Ayeen Akbenj, II, 87.) Il y a un autre saint nommé aussi Schàh Nacir-uddin, qui est enseveli à Jalindhar, ville de la province de Lahore. Une foule de pèlerins, surtout à l'époque des chaleurs, viennent déposer sur son tombeau leurs offrandes, et exprimer en même temps leurs vœux. {Araïsch-i ■mahftl,^. 172.)
(6) Ancienne ville de Malwa, qui a été la capitale de cette province.
SAINTS DE L'INDE MUSULMANE. '■.i{)5
« L'historien Firischta donne à la naissance deNizamuddin une date différente de celle que je viens d'indiquer. Selon lui, le père de ce contemplatif vint de Ga/.na dans l'Hindoustan et résida dans la ville de Badaun où naquit notre saint au mois de safar 634 de l'hégire (octobre 1230). Il avait à peine cinq ans lorsque son père, homme extrêmement recommandable, prit la route de l'éternité. Sa mère eut le plus grand soin de lui et le conduisit à Dehli, quand il eut atteint l'âge de discrétion. Ce fut en cette ville qu'il apprit ce qu'on enseigne ordinairement aux enfants.
« Nizam-uddin fut admis dans le paradis un mercredi 18 rabi l^f 725 (4 mars 1326), et fut enseveli à peu de distance de Dehli, où l'on voit encore son tombeau près de celui du khwàja Cutb-uddin (i). Cet ami de Dieu est, par sa grande piété, un des saints les plus éminents de l'Hindoustan. La chaîne de son initiation religieuse aboutit, en remontant, au schaïkh Abd-ulcadir Jilani (2). »
KABIR.
Kabir est un célèbre Hindou unitaire, vénéré par les musulmans aussi bien que par ses coréhgionaires. Il établit une nouvelle secte, c'est-à-dire celle des Kabir jmnthi ou « partisans de la secte (panth) de Kabir, » à laquelle Nanak, fondateur de celle des Sikhs, empruntais notions religieuses qu'il propagea avec plus de succès (3).
(1) Voyez YAyeen Akberu, II, 87.
(2) Voyez l'article consacré à ce saint personnage. La notice qui précède est extraite de VAraisch-l mahfil, p. 60.
(3) II. -H. Wilson, A sketch of the 7'eUgious sects of Ihe Hindus. (Asiatic Researches, XVI, 53.)
« S'il faut en croire, dit Afsos, un bon nombre de gens, c'est à Ratanpur, dans le royaume d'Aoude, que se trouve le tombeau du tisserand Kabir. Cet liommc célèbre, qui vivait sous le sultan Sikandar Lodi (1), demeura longtemps à Bénarès occupé de pratiques de piété. Les faquirs le considèrent comme orthodoxe et possesseur de perfection. Ils récitent sans cesse de sa composition des dohras (2) où respire la connaissance et l'amour de Dieu (3). »
Pendant sa vie il fut, comme après sa mort, égalelement vénéré par les Hindous et par les musulmans. Les brahmanes voulaient brûler son corps, les musulmans le mettre en terre, mais la légende rapporte que sur ces entrefaites le cadavre disparut (4-).