‹ Science des religions. L'lslamisme, d'après le Coran; l'enseignement doctrinal et la practiqueChapitre 112 sur 129 · FÊTE EN COMMÉMORATION DE LA GUÉRISON DE MAHOMET · texte numérisé non relu

FÊTE EN COMMÉMORATION DE LA GUÉRISON DE MAHOMET

« Dans le mois de Safar, Mahomet, l'ami de Dieu, fut malade. La véhémence de la douleur dura jusqu'au treizième jour ; alors seulement elle se calma, et par l'effet de la bonté du Créateur, le Prophète entra en convalescence. D'après ce motif, les musulmans considèrent comme malheureux les treize premiers jours de cette lune. Au treizième, qu'ils nomment tézi, « violence, » ils ont l'usage de faire au nom du Prophète des oblations de pois chiches et de froment qu'ils distribuent ensuite par portions (1), »

dernier mercredi (Akhir char Schamba).

a Le dernier mercredi de Safar est, d'une part, considéré par les schiites comme constamment de mauvais augure ; tandis que, de l'autre, les sunnites se réjouissent en ce jpur. Les premiers n'osent pas bouger de leur place ; les autres vont se promener ça et là dans les jardins, où l'on tient même des foires et où des spectacles variés charment la vue (2). »

On trouve dans l'Eucologe musulman imprimé à Calcutta, sous le titre de Hidâyat ul-islâm ou Guide de V islamisme (3), deux prières particulières à ce jour-là. La première se dit en faisant l'ablution ; elle est ainsi conçue :

(4) Bdrah Mâça, p. 104.

(2) ld.y ibid. "

(3) Hidâyat ul-islâm, p. 276.

(( Nous nous adressons à toi avec soumission et respect. Tu connais ce qui est dans leurs cœurs. Nous nous recommandons à ta miséricorde, ô le plus généreux des êtres généreux ! »

La deuxième se dit en buvant de l'eau de l'ablution, car il est d'usage de boire un peu de cette eau après s'être purifié (1); elle consiste dans les versets suivants du Coran :

« Salut à vous; entrez avec joie dans le paradis, pour y demeurer éternellement (2). Tel est le discours du Seigneur généreux (3). Salut parmi les créatures à Noé, salut à Abraham, salut à Moïse et à Aaron, salut à Elie (-4); paix jusqu'au lever de l'aurore (5). »

« Les Persans, dit Chardin (6), nomment ce mercredi Char chamba suri, « le mercredi de la trompette, » c'est-à-dire celui de la fin du monde, jour où les quatre grands anges Gabriel, Michel, Raphaël et Azraël sonneront de la trompette pour réveiller les morts. Ils croient ce jour malheureux; c'est pourquoi ils ne font point d'affaires ce jour-là et ne sortent pas même du logis lorsqu'ils peuvent s'en exempter, appréhendant que tout ce qu'ils pourraient faire n'eût un mauvais succès. lis tiennent, à l'occasion de ce mercredi-là, tous les mercredis malheureux; jamais les caravanes ne se mettent en chemin le mercredi, et

(1) Voyez mon ouvrage intitulé : Doctrine et devoirs de la religion musulmane, p. 148.

(2) Coran, XXXIX, 72.

(3) Coran, XXXVI, 58.

(4) Coran, XXXVII, 120, 130.

(5) Coran, XCV1I, 5.

(6) Voyages, t. IX, p. 90.

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bien des gens ne veulent pas ouvrir leur boutique. ))

Du reste, le 28 et le 29 de ce mois, quelque jour qu'ils tombent, sont considérés comme malheureux : le premier, à cause que ce fut à pareil jour que Haçan fut empoisonné par sa femme; le second, parce qu'on suppose que des végétaux nuisibles sont produits en ce même jour (4).

Mois de Rabi Jer.

fête de la mort du prophète (Bdrwin ivafât, « le douzième de la mort » ).

Le 12 du mois de Rabi Ier, on célèbre dans l'Inde la fête de la mort de Mahomet, et ce qu'il y a de singulier, c'est que les Turcs font ce jour-là même la fête du Mewlad ou de la naissance du Prophète (2) .

« La lune de Rabi Ier, nous dit Jawan, est nommée aussi Bahârîa, etparle vulgaire les douze de la mort. Selon les sunnites, l'ami de Dieu (Mahomet) quitta ce monde périssable le douzième jour de ce mois (3). Cette affreuse nouvelle s'étant répandue dans le monde y produisit une consternation générale, et chacun s'empressa d'offrir à Dieu ses vœux et ses prières pour le repos de l'âme du grand Prophète. Ces saints exercices durèrent douzejours, et de là vient sans doute la dénomination deles douze de la mort que l'on donne à ce mois. C'est à l'imita-

(1) Shakespear, Dict., p. 559.

(2) Mouradgea d'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, t. II, p. 358, édition in-8o.

(3) C'est-à-dire le 12 rabi, 1er de la dixième année de l'hégire (8 juin 632 de J.-C).

tion des premiers musulmans que ceux de l'Inde se réunissent à cette époque pour accomplir les mêmes devoirs.

« Toutefois les schiites (1) soutiennent que la mort du Prophète a eu lieu le 28 de sa far (treize jours plus tôt) ; il convient de connaître la différence des opinions à cet égard (2). »

Le nom de bahârî, « printanier, » qu'on donne à ce mois dans l'Inde, est la traduction du nom arabe du même mois RàbV qui signifie printemps. Il est bon de se rappeler ici que l'année des anciens Arabes était solaire et se divisait en six saisons comme celle des Indiens ; de là les noms de premier printemps (rabï cavwâl) et de second printemps ou rabi1 Sâni, donnés aux deux mois de printemps, lesquels désignent actuellement le troisième et le quatrième mois de l'année lunaire musulmane, qui peuvent se trouver dans toutes les saisons de l'année.

L'explication que donne Jawan de l'expression les douze de la mort n'est pas très-claire, mais je n'en ai pas d'autre à proposer. Cette expression se retrouve dans le proverbe fort usité : Le khichrî (3) des douze de la mort est pour aujourd'hui et non pour demain, ce qui indique une abondance qui ne doit pas continuer (4).

(1) Ou imamiens. L'auteur du Bârah Mâça appartenait à cette secle.

(2) Bârah Mâça, p. 19.

(3) Voyez plus haut en quoi consiste ce mets.

(i) Roebuck, en traduisant ce proverbe par les mots : This in the Ihichree of the twelfth of Safar, etc., a commis deux erreurs, la première en rendant incorrectement bârah wafât; la seconde en mettant le mois de Safar pour celui de Rabi' T. (Voyez Oriental Proverbs, part. II, p. 29.)

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Mois de Rabi 2*.

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