COMMÉMORATION DE LA MORT D'ALI
« Le 21 de ce mois est le jour de la commémoration du martyre du grand Ali, qui fut le successeur (3) et le frère (cousin germain) du Prophète. Tous ceux qui veulent rendre un hommage lugubre à cet élu de Dieu se réunissent en assemblée pour entendre la lecture du récit (4) circonstancié de cet événement malheureux, et
(1) Bed muschk. Voyez, dans l'ouvrage intitulé : Les Oiseaux et les Fleurs, la note p. 142 et suivantes, où j'ai expliqué ce qu'il faut entendre par bân, synonyme de bed muschk. Je renvoie avec d'autant plus de confiance à cette note, qu'elle a eu l'approbation des principaux orientalistes de l'Europe, et notamment de Silvestre de Sacy. (Voyez sa Chrest. arabe, nouvelle édition, t. I, p. 258.)
(2) Bar a Mâça, p. 74.
(3) On sait que les schiites ou imamiens considèrent les trois premiers califes comme illégitimes. L'auteur, qui est de cette secte, parle conformément à ces principes.
(4) Le même peut-être qui se trouve dans le Gul-i magfirat,
chanter l'hymne funèbre destinée à en conserver la mémoire. Un profond recueillement préside à la réunion ; des larmes abondantes coulent de tous les yeux, de froids (1) soupirs s'exhalent de tous les cœurs (2). »
Mois de Schawâl
ID FITR.
Dans tout le monde musulman, le 1er du mois de Schaivâl est consacré à célébrer YId fitr ou fête de la rupture du jeûne nommée aussi spécialement 'Id (fête). Après avoir exécuté, pleins de contentement, la prière nommée Dogâna (3), les fidèles s'adressent mutuellement des félicitations (4,) et, se réunissant dans des assemblées brillantes, ils se livrent à la joie et à l'allégresse. Chacun fait et reçoit des visites; mais "on ne va offrir ses congratulations aux personnes élevées en dignité que muni de présents (5), et celles-ci, en échange de ce qu'on leur offre, donnent un vêtement d'honneur ou font quelque autre cadeau. C'est ^ainsi que la journée se passe (6). »
p. 47 et suivantes, et que je ne donne pas ici, parce que les détails qu'on y )it sont dans d'Herbelot et ailleurs. La même fête se célèbre en Perse. (Voyez Chardin, t. IX, p. 208.)
(1) On a déjà vu cette expression.
(2) Bar ah Mac a, p. 74.
(3) Prière où l'on fait deux inclinations de corps.
(4) A peu près comme à Pâques dans plusieurs contrées chrétiennes.
(5) On ne se présente dans l'Inde, devant un supérieur, qu'une offrande à la main ; toutefois, cet usage a été aboli pour l'Inde britannique. (Asiatic Journal, t. XXVIII, p. 631.)
(6) Bdrah Mciça, p. 79.
Il est inutile de donner plus de détails sur cette fête, qui se trouve longuement et exactement décrite dans le Tableau de V empire ottoman de M. d'Ohsson (1) et dans plusieurs autres ouvrages.
Mois de Zi-cada.
(( 11 n'y a point de fête en ce mois (2) ; de là il est nommé Vide (Khâlî) et considéré comme malheureux. Aussi les musulmans ne se marient-ils jamais en ce mois et ne contractent-ils aucun autre engagement pendant sa durée (3). »
Mois de Zi-hijja.
ID COURBAN.
(( Dans le mois de Zi-hijja ou de pèlerinage, les musulmans ayant pris Ylhrâm ou manteau pénitentiel (4), font religieusement le tour de la Caaba. Ceux qui ne peuvent avoir le bonheur d'exécuter ces saintes cérémonies doivent, du moins, prendre part à la fête nommée Hdcurbân (fête du sacrifice), qui se célèbre le 10 de ce mois (5), en immolant dévotement une victime. Cette grande fête se distingue par la joie pure et la gaîté
(i) Sous le nom de beïram, qui en turc signifie fête, comme 3id en arabe.
(2) Chardin place par erreur Yid-curban le 10 de ce mois, erreur que feu M. Langlès n'a pas eu soin de relever. (Voyez les Voyages de Chardin, t, IX, p. 7 et ailleurs.)
(3) Bârah Mâça, p. 85.
(4) Voyez sur ce vêtement mon Exposition de la foi musulmane, p. 167.
(5) C'est la fête que les Turcs nomment Curbân-beïrâm.
franche qui y président. Nulle n'est plus agréable à Dieu (1). »
Il est tout à fait superflu de s'étendre sur cette fête qui est commune à tout le monde musulman. M. d'Ohsson et différents écrivains l'ont décrite avec exactitude. Toutefois il est essentiel de faire observer qu'il y a dans l'Inde un lieu particulier (2), attenant aux mosquées, destiné à la célébration de \"îd. C'est une sorte de chapelle sans toit, avec de petits minarets et un autel. Ce lieu, qu'il ne faut pas confondre MecYimâm-bârâ, dont il été question à l'occasion de la fête de Muharram, se nomme curbân-gâh, lieu du sacrifice, ou 'îd-gâh, lieu de Tîd, » place où l'on célèbre la solennité nommée par antonomase, 'îd, « fête (3). »
m GADIR.
« Il y a encore, le 18 du mois de zi-hijja, une autre grande fête, mais qui est seulement célébrée par les imamiens. Je veux parler deYid-gadîr (4), auguste solennité dont l'esprit se souviendra toujours volontiers, dont l'oreille entendra toujours avec plaisir l'heureuse mention. Tout le monde ne forme qu'une seule langue pour vanter l'excellence de cette fête établie en commé-
(1) Bdrah Mâça, p. 89.
(2) Le même qu'on nomme Minhar en arabe, et qui paraît différent du Mut ç alla placé en plein air, où le peuple se réunit pour faire la prière en certaines occasions. (S. de Sacy, Chr. arabe, t. I, p. 192.)
(3) Shakespear, Dict., p. 161; Rousseau, Dict., p. 90; Hamilton, East-India Gazetteer, t. II, p. 723.
(A) Ou fête de l'étang.
moration de la déclaration expresse que fit en ce jour Mahomet, par l'ordre de Dieu, qu'Ali, l'émir des croyants, le roi de la sainteté, devait être son sucesseur (1) ; comme le lieu où cet événement se passa se nomme gadîr khum (2), le nom de gadîr a été donné à cette fête. Quiconque se réjouira en ce jour méritera de placer les pieds dans le royaume de l'éternité (3). »
Six des fêtes que je viens de décrire sont reconnues par le gouvernement britannique ; c'est à savoir : le Schâb bavai, le 'Jd, le Bacr-'d, la fête de Muharram, YAkhîr chârschamba et le Bârivîn ivafât.