PRÉFACE. XI
religieuses que le philosophe de Ferney aurait fait sa tragédie (1)? On pourrait hésiter à répondre si Ton ne connaissait pas les vers qu'il adressa à La Noue, auteur de la tragédie de Mahomet II, en lui envoyant celle de Mahomet le prophète (2).
Néanmoins, je ne prétends point nie faire ici le champion du législateur des Arabes, ni le défenseur de la religion qu'il a établie.
Je prétends encore moins faire la plus légère comparaison entre le christianisme et l'islamisme (3), entre l'Évangile et le Coran. Comment, en effet, tout autre argument à part, pouvoir comparer le christianisme propagé, dans les premiers siècles, par la seule voix de la conviction, à l'isla-
(1) Voltaire, dans sa lettre au roi de Prusse, datée du 20 janvier 1742, avoue que le fait historique sur lequel repose sa tragédie est faux. « Je sais, dit-il, que Mahomet n'a pas tramé précisément l'espèce de trahison qui fait le sujet de cette tragédie. »
(2) Les voici :
Mon cher La Noue, illustre père
De T invincible Mahomet,
Soyez le parrain d'un cadet
Qui, sans vous, n'est point fait pour plaire.
Votre fils est un conquérant;
Le mien a l'honneur d'être apôtre,
Prêtre, fripon, dévot, brigand :
Qu'il soit le chapelain du vôtre.
(3) Le mot islamisme signifie proprement résignation a Dieu, et musulman^ résigné à Dieu.