‹ Science des religions. L'lslamisme, d'après le Coran; l'enseignement doctrinal et la practiqueChapitre 71 sur 129 · DES VICES · texte numérisé non relu

DES VICES

Les vices dont il faut s'attacher à purifier son cœur sont :

Le jugement téméraire contre les fidèles. C'est-à-dire

(1) J'omets ici une explication de Berkévi qui intéresserait fort peu le lecteur.

qu'il ne faut point penser, d'après une preuve légère, que quelqu'un a commis une désobéissance à la loi, ou une mauvaise action ; mais au contraire on doit, autant qne possible, interpréter tout en bien.

L'hypocrisie, vice qui consiste à ambitionner les biens du monde au moyen de la dévotion. Il faut surtout se garder de lire la parole de Dieu (le Coran) pour un salaire.

L'envie, vice qui consiste à désirer que quelqu'un perde des biens dont il connaît la valeur et dont il fait un bon usage , que ces biens soient de l'argent, de la science, de l'autorité, des emplois, de la santé, des enfants. Mais si le possesseur de ces biens n'en connaît pas la valeur, souhaiter qu'il les perde n'est point envie, c'est zèle. Par exemple : désirer que quelqu'un qui serait fort riche et qui emploierait ses richesses à des actions criminelles, ou qu'un autre qui serait très-savant et qui emploierait sa science à se procurer de l'argent et des places administratives; désirer, dis-je, que ces personnes perdent leur argent et leur science, dont ils font un mauvais usage, c'est une chose permise. Il est aussi permis de souhaiter d'avoir les mêmes avantages qu'un autre sans désirer que cet autre perde ceux qu'il possède. On nomme ce sentiment émulation.

L'orgueil, vice qui consiste à se considérer comme meilleur qu' autrui. C'est le vice de Satan, qui dit : « Je suis meilleur qu'Adam (1). » On ne saurait trop se prémunir contre ce vice.

La complaisance pour soi, ce qui consiste à consi-

(t) Voyez le chapitre IV, p. 143.

dérer ses œuvres et sa piété comme provenantes de soimême, sans faire attention qu'elles n'ont lieu que par la grâce et par la bonté divine.

La haine, vice qui consiste à avoir de l'aversion et à être fâché contre quelqu'un au sujet de choses temporelles. Mais si l'on n'aime pas cette personne parce qu'elle aurait commis des injustices, qu'elle aurait fait des actions irréligieuses ou contraires à la loi, la haine devient alors louable, et se nomme colère en Dieu.

L'amour du monde, vice qui consiste à désirer de jouir des plaisirs que ce monde nous offre, et à faire des efforts pour augmenter ces jouissances désirées. Ce vice est le principe de tous les péchés. Le monde est le séjour du malheur ; espérer y prendre du plaisir, c'est folie. Les vraies jouissances ne seront que dans le ciel. C'est vers cette habitation qu'il faut diriger tous les désirs de son cœur.

L'amour du commandement. Ce vice consiste à souhaiter, dans des vues purement humaines, d'avoir une place importante, telle que celle de cazi (juge), de professeur, de vaez (prédicateur), etc. Mahomet, l'ami de Dieu, a dit que pareilles vues ambitieuses portent à la vertu de quelqu'un plus de dommage qu'un loup affamé n'en porte parmi des moutons.

L'espoir exagéré. Il consiste à se persuader que l'on vivra longtemps, et à aimer à vivre beaucoup pour jouir des plaisirs du monde. Mais il est permis de désirer une longue vie pour exercer plus longtemps les actes de piété.

Suivre aveuglément les passions du cœur, vice qui consiste à faire tous ses efforts pour acquérir ce que

l'âme désire en fait de mets, de [vêtements, d'édifices, de femmes, etc.

Craindre la pauvreté, être chagrin des décrets de Dieu, aimer et désirer les louanges et les félicitations, se fâcher par rapport à des choses temporelles.

Enfin il est indispensable d'éloigner de son cœur l'opiniâtreté (vice qui consiste à connaître la vérité, à la repousser, et même à regarder comme un opprobre de l'admettre), l'avidité, la gourmandise, l'avarice.

Il ne faut pas non plus honorer les riches pour leurs richesses, mépriser les pauvres, chercher à connaître les fautes cachées du prochain, manquer de bonne foi à l'égard d'un dépôt, tromper quelqu'un, ni chasser de son propre cœur la crainte et la terreur de l'autre vie.

On ne doit jamais perdre de vue les motifs qui nous font un devoir de fuir les vices, et l'on sentira combien il est essentiel d'en purifier son cœur. Toutefois cela ne suffit pas ; il laut encore travailler à acquérir les vertus opposées aux vices dont on se sera corrigé.

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