PÉCHÉS DES DIFFÉRENTS MEMBRES
1° Il faut d'abord se garder des péchés qui ont lieu au moyen de l'oreille : ainsi il ne faut écouter aucun instrument de musique (1), ne point prêter l'oreille au mensonge, à la médisance, à des discours obscènes;
(1) Les musulmans, observateurs fidèles des pratiques les plus pénibles de leur culte, n'ont pas obéi avec la même docilité à Tinterdiction qui leur est faite du chant et des instruments de musique. En effet, on n'a pas de peine à concevoir les raisons qui ont pu déterminer le législateur des Arabes à condamner absolument le vin, les jeux (à l'exception des échecs, qui sont, selon les théologiens musulmans, le seul jeu légitime ; mais, fidèles observateurs de la tradition, les Turcs jouent avec des pièces toutes unies), la danse ; mais pourquoi comprendre dans cet anathème la musique, cet art de la nature, le premier et, peut-être, le plus beau qu'aient cultivé les hommes, cet art à qui nous devons celui de la poésie, si toutefois la poésie peut se séparer de la musique et en est réellement distincte ?
Les premiers sages furent des musiciens; leurs chants harmonieux annoncèrent aux hommes le culte de Dieu. La belle allégorie qui nous représente Orphée commandant à la nature par les sons de sa lyre nous montre ce que les anciens pensaient de la musique.
On attribue à Orphée cette formule de prière : « Marchez dans la voie de la justice ; adorez le seul maître de l'univers ; il est un, il est seul par lui-même ; tous les êtres lui doivent leur existence ; il agit dans eux et par eux ; il voit tout, et jamais il n'a été vu des gens mortels. » Au surplus, voyez, sur la musique chez les Turcs, Toderini, Lett.turch., t. I, p. 216 et suiv.
ne point entendre chanter des prières (1), le Coran, des vers, etc.
2° Il faut éloigner ses yeux des choses dont la vue est prohibée.
Il est défendu à tout fidèle, de quelque sexe qu'il soit, de regarder du nombril au genou les hommes.
Il est défendu à la femme de regarder, du nombril au genou, une personne de son sexe.
Il est également défendu au fidèle du sexe masculin de regarder, du nombril au genou les femmes pour lesquelles il est tnahrem; il ne doit pas même en regarder le dos et le ventre. Les femmes pour lesquelles on est mahrem sont : la fille, la petite-fille, la mère, l'aïeule, la sœur, la nièce, la tante, soit maternelle, soit paternelle, la belle-mère, la fille de la belle-mère, la mère nourrice, la sœur de lait (2). Quant aux femmes autres que les susdites, le fidèle du sexe masculin ne peut, sans se rendre coupable, en regarder autre chose que le visage, la paume de la main et les pieds, qu'il soit dirigé par la passion ou non, que la femme soit belle ou laide, qu'elle soit jeune ou âgée, et que celui qui la regarde soit jeune ou vieux. Il est même défendu à tout fidèle de regarder avec passion une per-
(1) On n'entend jamais dans les mosquées ni chant ni musique. Le chant n'entre dans aucun exercice de la religion. Toutefois, léchant et la musique sont admis dans les cérémonies particulières de quelques ordres de derviches. (M. d'Ohsson, Tabl. de l'Emp. ott., t.V, p. 423.)
(2) C'est-à-dire, dit le commentateur turc, celles à l'égard desquelles on est à un degré de parenté qui interdit le mariage avec elles.
sonne de quelque sexe qu'elle soit et quelque partie du corps que ce soit.
La femme légitime et l'esclave (1) sont exceptées des règles précédentes : il est permis de les voir sans aucun voile.
On doit aussi s'abstenir de regarder, par les fentes des portes ou par un trou, dans l'intérieur de la maison de quelqu'un, ainsi que de regarder d'un œil de mépris les musulmans.
3° On doit éviter de mettre la main sur les choses qu'il est défendu de toucher, de frapper quelqu'un hors de propos, de s'emparer de la nourriture de qui que ce soit, de toucher sans nécessité ce qui est essentiellement immonde, comme un animal mort, des excréments humains, etc.
4° Quant aux péchés dont le ventre est l'instrument : il faut se garder de ce qui est défendu, blâmable et douteux. Lorsqu'on achète quelque chose à la mesure ou au poids, il n'est pas permis de le manger avant de l'avoir mesuré ou pesé.
5° Les péchés dont les parties sexuelles sont les instruments, péchés qu'il faut soigneusement éviter, sont : la fornication, le péché contre nature, avoir commerce avec sa femme pendant le temps des infirmités périodiques, ainsi que pendant les couches, etc.
6° Quant aux pieds : il faut se garder d'aller dans de mauvais lieux, d'entrer dans la propriété d'autrui
(1) C'est-à-dire l'esclave avec laquelle on cohabite; mais, lit-on dans le Coran, xxiv, 33: « Ne forcez point vos femmes esclaves à se prostituer pour un vil salaire, quand elles veulent vivre dans la chasteté. Si vous les y contraignez, Dieu leur pardonnera à cause de la violence que vous leur aurez faite. »
sans sa permission, de donner sans sujet des coups de pied à quelqu'un ; de gâter son tapis, sa natte, la couverture de sa selle ou autre chose à lui appartenante.
7° Enfin quanta la langue: on ne doit point mentir. Il ne faut dire du mal de qui que ce soit , c'est-à-dire on ne doit point parler des défauts de quelqu'un en son absence, ne point le critiquer, etc. : l'attaquer sur des défauts qu'il a, c'est une médisance; s'il ne les a pas, c'est une calomnie, ce qui est encore plus criminel.
Il faut éviter soigneusement de se moquer de personne ; de se louer soi-même; de dire des paroles obscènes, ce qui consiste à nommer par leur nom les choses honteuses ; de molester ou de reprendre quelqu'un hors de propos; de violer un traité que l'on aurait fait; d'aller contre ses promesses, etc. (1).