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DE L'INFIDÉLITÉ

Il faut se garder aussi on ne peut plus fortement de parler contre Dieu et contre la religion. Si quelqu'un

(1) Pour comprendre ceci, il est bon de ne pas ignorer que, chez les musulmans, « il n'est pas toujours nécessaire, comme ailleurs, de recourir à des écrits pour engager les citoyens les uns envers les autres, et assurer l'effet de leurs stipulations. On peut dire, à la louange des Ottomans, qu'en général ils sont esclaves de leur parole, qu'ils se feraient scrupule de tromper leur prochain, de trahir sa confiance, de profiter de sa candeur. Ce sentiment qui les guide envers leurs concitoyens est le même àl'égard des étrangers, à quelque religion qu'ils appartiennent. » (Tabl. de l'Emp. ott., t. TV, p. 309.)

se permet une pareille faute, il perd tout le mérite de ses bonnes œuvres ; s'il est marié, son mariage est dissous, et l'usage qu'il ferait du mariage dans cet état est fornication; il peut être mis licitement à mort (1), et l'animal qu'il aurait abattu est impur. Ce qu'il fait dans cette position, comme prières et autres actions, n'est point fait d'une manière licite, lia beau articuler, d'après l'usage, la profession de foi ; sa foi n'est point réputée vraie tant qu'il ne revient pas du blasphème qu'il aura proféré, et qu'il n'en sera pas repentant. Toutefois, nier qu'on ait blasphémé équivaut, dit-on, à regretter de l'avoir fait.

Lorsque celui qui se sera rendu coupable d'infidélité viendra à s'en repentir, il devra être considéré comme un nouveau musulman, et sera obligé de renouveler la cérémonie de son mariage : s'il a fait auparavant le. pèlerinage de la Mecque, il sera également obligé, si c'est possible, de le renouveler; car les bonnes actions antérieures à un discours blasphématoire étant annulées, elles ne peuvent plus compter lorsque ensuite on se repent.

Il convient donc que chaque croyant récite matin et soir cette prière : « 0 Dieu, j'ai recours à toi pour que tu me préserves de t'assimiler jamais rien au monde, tandis que je sais que tu es au-dessus de tout. Je te demande pardon des fautes que je ne connais pas, ô toi qui connais les choses les plus secrètes. »

(1) La loi musulmane punit de mort le musulman qui marque en public du mépris pour la religion, ou qui profère le moindre blasphème non seulement contre Dieu, mais eDcore contre Mahomet et les autres prophètes. (Voyez le Tabl. de VEmp. oit., 1. 1, p. 331.)

Nous savons par tradition que le Prophète a assuré que Dieu préserve de blasphème la langue de celui qui fait avec persévérance cette prière. On doit même la répéter trois fois dans le jour, pratique qui nous a été également transmise par la tradition.

Il faut aussi chaque jour renouveler pour ainsi dire sa foi par ces mots : « 0 mon Dieu, si je viens à me rendre coupable de quelque infidélité, je m'en repens d'avance. J'appartiens à la religion musulmane. Je crois à tout ce que Mahomet, sur qui soit la paix, nous a révélé de ta part ; et je confesse que c'est certain et véritable. Je crois au Très-Haut ; je crois à tout ce qui nous est venu de sa part, adoptant le sens que Dieu a eu en vue. Je crois aux prophètes et à tout ce qui nous est venu d'eux, d'après le sens qu'ils ont eu en vue (1). »

Les discours blasphématoires sont en grand nombre. Nous nous contenterons d'exposer ici ceux qu'on se permet le plus ordinairement.

C'est blasphémer que de dire : 0 mon Dieu, ne me refuse pas ta miséricorde !

Si quelqu'un dit : Le jugement de Dieu sur cette chose est tel, et qu'une autre personne dise : Connais- je le jugement de Dieu ? ces paroles sont un mépris du jugement de Dieu, et en conséquence une infidélité.

Si quelqu'un dit : Je crois à tous les prophètes ; mais je ne sais pas si Adam est prophète ou s'il ne Vest pas, il est infidèle.

Si quelqu'un ignore que Mahomet, sur qui soit la

(1) C'est-à dire, selon le commentateur turc, que dans les choses obscures des livres révélés ou des paroles des prophètes, il faut croire le sens que Dieu ou ses prophètes ont eu en vue.

paix, est le dernier des prophètes, cet homme n'est poin* musulman.

On pense généralement que si quelqu'un dit : Quoique les paroles des prophètes soient vraies et justes, toutefois je m'en suis affranchi, il est infidèle. Je crois en effet que si l'on dit ces mots en doutant de la vérité des paroles des prophètes, c'est un blasphème.

On pense encore généralement que si quelqu'un dit à une autre personne : Rase-toi la tête et coupe-toi les ongles, attendu que c'est de tradition apostolique, et que cette persone réponde : Je ne le ferai point, cette parole est un blasphème.

On ajoute qu'il en est de même pour toutes les autres traditions, surtout pour celles qui sont connues, et dont la vérité est solidement établie et d'une manière successive, comme par exemple l'usage du cure-dents.

Pour moi, je pense que si l'on tient ce langage en refusant d'admettre cet usage comme traditionnel, c'est une infidélité ; mais si on a l'intention de dire : « Je n'agis pas d'après ton ordre, mais parce que c'est une tradition du prophète de Dieu, » il est évident que ce n'est point un blasphème ; tel est le sentiment de bien des théologiens.

La même distinction a lieu lorsqu'on dit à quelqu'un : Fais ta prière, et que celui-ci répond : Je ne la ferai pas.

Si un percepteur d'impôts croit que les impôts sont la propriété du sultan, il est infidèle.

Dire à quelqu'un : Si Dieu me donnait une place dans le Paradis, je ne l'accepterais pas sans toi, ou bien : Si Dieu me commandait d'aller en Paradis avec un tel,

je n'irais pas, ou encore : Si Dieu m'accordait le Paradis à cause de toi, je n'y entrerais pas, ou enfin : Si Dieu me donnait le Paradis, je ne le voudrais point, mais je voudrais voir ton visage, c'est se rendre coupable d'infidélité.

On pense généralement que si quelqu'un dit que la foi éprouve de l'augmentation ou de la diminution, c'est une infidélité : pour moi, je suis d'avis que si celui qui s'exprime ainsi veut dire que les objets de la croyance éprouvent des changements, c'est une infidélité, mais que ce n'en est point une s'il veut parler de la foi considérée par rapport à ceux qui croient ; car bien des docteurs des premiers siècles de l'islamisme parlent de l'augmentation et de la diminution de la foi.

On pense aussi que si quelqu'un dit : Il y a deux quittas, la Caaba et le temple de Jérusalem (1), c'est une

(1) Dans les premiers temps de ses prédications, Mahomet ordonna aux musulmans de se tourner vers le temple de Jérusalem en faisant leurs prières. Il abrogea ensuite cet ordre, et depuis lors les musulmans se tournent vers la Caaba (le temple de la Mecque).

Les musulmans ont la plus grande vénération pour Jérusalem, à cause de son ancien temple, du sépulcre de Jésus-Christ et des tombeaux des prophètes. On lit dans d'Herbelot que, dans le lVe siècle de lhégire, le pèlerinage de la Mecque ayant été interrompu par l'incursion des Carmathes, les musulmans firent celui de Jérusalem pour y suppléer. Les Carmathes étaient de purs déistes musulmans qui allégorisaient toutes les pratiques du culte, et même les usages les plus sacrés sanctionnés par la raison et par l'assentiment général des peuples. Lorsqu'ils s'emparèrent de la Mecque, ils y tuèrent ptus de 30,000 hommes; ils remplirent de cadavres le puits des Zemzem; ils souillèrent le temple en y enterrant 3,000 morts, et en enlevèrent la pierre noire dont ils couvrirent un lieu sale. On a vu de nos jours les mêmes scènes renouvelées en partie par les Wahabis au commencement de ce siècle.

(Voyez la Bibliothèque or. au mot Carmathe; et sur les Wahabis, le mémoire de feu le baron Jean-Jacques Rousseau.)

infidélité ; pour moi, je crois que dire qu'il y a actuellement deux quiblas, c'est une infidélité, mais que si l'on dit : « Jérusalem fut d'abord la quibla ; mais elle cessa ensuite de l'être et fut remplacée par la Caaba, » il est évident que ce n'est point une infidélité.

Si quelqu'un hait un membre du corps des ulémas (1), ou le reprend sans cause, il est à craindre que ce ne soit une infidélité.

Si quelqu'un dit : Faire du mal vaut mieux qu'étudier en droit et en théologie, c'est un blasphème (2).

Croire que les actions des infidèles sont bonnes, c'est une infidélité.

Si quelqu'un dit : Je suis musulman par la grâce de Dieu, sans pouvoir expliquer ce que ces mots signifient, il est infidèle.

Dire à quelqu'un : Dieu a eu besoin de ton enfant, c'est une infidélité.

Si une femme se ceint les reins avec une corde noire, qu'on lui dise ensuite : « Qu'est-ce que c'est que cette ceinture? » et qu'elle réponde : C'est un zonnar (3), cette

(1) Sous le nom général d'oulémas, on comprend les ministres de la religion ou imams, les docteurs de la loi ou mouftis, et les ministres de justice ou cazis.

(2) Le célèbre docteur Schafeï a déclaré que celui qui emploierait son temps à l'étude de la théologie scolaslique (Kàldm) mériterait d'être attaché à un poteau, et d'être ainsi promené par toutes les tribus arabes, en faisant crier devant lui ces mots : Voilà la récompense de celui gui, laissant le Coran et la tradition, s'attacha à l'étude de la théologie scolastique. (Pocock, Spect. hist. Ar.)

(3) Ce mot, dérivé du grec Çwvàptov, est usité en arabe, en persan, en turc, en hindoustan, etc. Il se prend proprement pour la ceinture de cuir noir que portaient les chrétiens et les juifs dans le Levant, et particulièrement dans l'Asie.

femmme est infidèle, et son mari ne peut plus avoir commerce avec elle.

On pense généralement que si quelqu'un dit, en prenant un mets défendu : Au nom de Dieu, etc. (1), il est infidèle. Toutefois, je crois que c'est une infidélité seulement lorsqu'on prononce cette formule en prenant, avec connaissance de cause, une nourriture essentiellement prohibée, comme par exemple le vin (2), la chair et la graisse d'un animal morl de mort naturelle, etc., attendu que c'est mépriser le nom de Dieu. D'après la tradition de nos imams, si quelqu'un prend malgré lui une nourriture, et qu'il dise : Au nom de Dieu, etc., ce n'est pas une infidélité. Du reste, Dieu très-haut saifc mieux que nous ce qu'il en est.

Les docteurs ne sont pas d'accord pour savoir si un

Motawakkel, dixième khaliphe abbasside, fut le premier qui obligea les chrétiens et les juifs de porter cette ceinture, pour se faire distinguer d'avec les musulmans. Depuis ce temps, les chrétiens d'Asie la portaient ordinairement.

Sous les khaliphes abbassides les évoques d'Orient excommuniaient encore les chrétiens quand ils violaient les canons. On coupait alors cette ceinture à ceux qui étaient frappés d'anathème, et on leur en donnait des coups sur les épaules. De là vient que le mot zonnar signifie, parmi les chrétiens d'Orient, ce que nous nommons la discipline. {Bibl. or., au mot Zonnar.)

On donne aussi le nom de Zonnar au cordon marque distinctive des brahmanes, qui le portent en écharpe de droite à gauche, placé sur la peau. (Voyez Marsden, Travels of Marco Polo, p. 662, 666.)

(1) Cette formule est le besmélé dont j'ai parlé page 00.

(2) Quelques princes, bon musulmans, ont poussé l'horreur du vin jusqu'à défendre, par des lois expresses, d'en prononcer le nom dans leurs États. (Voyez la Bibl. or. au mot Scharab, etc.)

Les musulmans nomment le vin la mère des péchés (le nom du vin est du féminin en arabe).

homme est infidèle pour faire une imprécation contre un autre en disant : Que Dieu très-haut s'empare de ton âme dans un état d'infidélité. Les ulémas reconnaissent tous ce principe, que c'est être infidèle que de consentir à sa propre infidélité ; mais consentir à l'infidélité d'autrui, c'est, selon quelques-uns, une infidélité absolue, et, selon d'autres, il faut, pour tomber dans l'infidélité, l'approuver réellement dans autrui. Si l'on consent à ce que des tourments éternels et violents soient décernés à l'injustice et à la méchanceté, ce n'est point une infidélité. Je suis persuadé de la vérité de cette dernière opinion ; car le Coran en renferme une preuve dans l'histoire de Moïse, sur qui soit la paix (1) !

L'opinion des savants est de même partagée pour savoir si celui-là se rend coupable de blasphème, qui dit: Dieu sait que je n'ai point fait une telle chose, tandis que lui-même sait qu'il l'a faite. Ce qu'il y a de plus certain, c'est qu'il se rend coupable d'infidélité ; car, selon moi, pour peu qu'on y réfléchisse, on voit évidemment que, par là, il attribue à Dieu une ignoranee crasse.

On pense communément que si deux personnes con-

(1) Voici ce passage ; il est tiré du chapitre x, verset 87 et suiv. : « Nous inspirâmes à Moïse et à son frère de bâtir en Egypte des maisons pour les Israélites, de les tourner vers le lieu où l'on fait la prière, de faire célébrer les louanges du Très-Haut, et d'annoncer nos récompenses aux croyants. Seigneur, s'écria Moïse, tu as donné à Pharaon et aux grands de son empire la splendeur et les biens terrestres. Écarte-les de ta loi ; anéantis leurs richesses ; endurcis leurs cœurs ; qu'ils soient fermés à la foi jusqu'à ce qu'ils voient fondre sur eux tes châtiments terribles. » (Trad. de Savary, t. I, p. 206.)

tractent mariage sans témoins, en disant : Dieu et le Prophète sont nos témoins, l'homme et la femme sont infidèles ; car c'est dire que le Prophète connaît ce qui est caché ; or, durant sa vie, il n'avait point cete connaissance; comment peut-il l'avoir étant mort?

Si quelqu'un dit : Je connais où sont les choses volées et perdues, il est infidèle, ainsi que celui qui croit à ces paroles ; et si le premier dit : Les génies me font savoir ce que je dis, et c'est par là que j'en suis instruit, il est également infidèle, parce que les génies ne connaissent point ce qui est caché ; Dieu seul, et ceux à qui il veut bien le communiquer, le connaissent.

Si quelqu'un veut faire à une autre personne un serment en invoquant le nom de Dieu, et que cette personne lui dise : Je ne vevx pas recevoir ton serment par le nom de Dieu, mais je veux que tu jures par le divorce et l'affranchissement (4), les docteurs ne sont point d'accord pour savoir si c'est un blasphème.

Si quelqu'un dit à un autre : Ton visage ressemble au visage de celui qui recevra mon âme, les docteurs ne sont également point d'accord pour savoir si c'est un blasphème ; mais la plus grande partie d'entre eux disent que c'en est un, parce que celui qui reçoit les âmes est un ange éminent de Dieu très-haut (2), et que faire peu de cas d'un ange, c'est une infidélité.

Si quelqu'un dit que c'est une bonne chose que de ne pas prier, il est infidèle.

(1) C'est-à-dire s'engager par serment à répudier une femme ou à affranchir un esclave, si... etc.

(2) G'est Azraïl dont il a été question dans le chapitre des Anges, p. 136.

Si l'on dit à quelqu'un : Fais ta prière, et qu'il réponde : Prier, c'est une chose qui m'est pénible, il est infidèle.

Si quelqu'un dit : Dieu, qui est dans le ciel, me voit, cet homme est infidèle, car il fixe ainsi à Dieu un lieu de résidence ; or, Dieu n'occupe point de place.

Si quelqu'un dit que le Prophète de Dieu, sur qui soit la paix, se léchait les doigts en mangeant chaque mets, et qu'une autre personne dise : C'est un manque d'éducation, cette personne est infidèle,

Dire : La nourriture nous vient de Dieu, mais il faut que nous agissions, c'est parler, dit-on, en polythéiste, car l'action de l'homme vient également, de Dieu.

Si quelqu'un dit : Il vaut mieux être chrétien que d'être juif, il est infidèle. Il faut s'exprimer ainsi : Les juifs valent moins que les chrétiens.

Abou-Casem (1), sur qui soit la miséricorde de Dieu, assure que celui qui dit qu'il vaut mieux être infidèle que d'user de perfidie est lui-même infidèle.

Si quelqu'un donne l'aumône d'un bien mal acquis, espérant s'en faire un mérite auprès de Dieu, et que le pauvre qui la reçoit, sachant que cette aumône provient d'une source illégitime, fasse toutefois des vœux pour celui qui lui donne, et que celui-ci réponde : Amen, on assure que l'un et l'autre sont infidèles.

Si quelqu'un dit : Qu 'ai-je à faire des assemblées scientifiques? ou bien : Qui peut pratiquer ce que disent les

(i) Docteur de la secte d'Hanifah, auteur d'un livre intitulé : Des points capitaux qui établissent V unité de Dieu. On le nomme plus communément Soffar, qui est son surnom.

docteurs? ou encore : Quel mal y a-t-il de fouler aux pieds les décisions juridiques (1)? cet homme est infidèle.

(1) C'est le mufti qui donne ces fetva ou décisions juridiques. Le mufti est le chef de l'ordre ecclésiastique, que personne, dans l'empire ottoman, n'égale en autorité (car le sultan même ne peut condamner personne à mort, ni infliger de châtiments sans avoir pris auparavant l'opinion du mufti). Le grand seigneur, le voyant venir en sa présence, se lève, dit Ricaut, et fait sept pas vers lui. Ses décisions sont relatives ou au droit public ou au droit particulier.

Les premières sont du ressort du gouvernement; s'agit-il de la paix, de la guerre, d'un règlement politique, etc., le ministère consulte le mufti et demande son fetva.

Les secondes se délivrent aux citoyens. Tout individu a la liberté de s'adresser au mufti, dans la personne de ses représentants, pour s'éclairer et s'instruire sur les points relatifs au dogme, au culte, à la morale, mais surtout aux lois civiles et criminelles.

C'est toujours sous d^s noms supposés que l'on consulte.

On aura une idée de ces fetva par les trois suivants:

DEMANDE

« Si, durant le jeûne du ramazan, et pendant le jour, Zéid, musulman, vient à boire du vin, à quoi doit-il être légalement condamné? »

RÉPONSE

a A un jeûne de soixante-un jours consécutifs, à trente-neuf coups de bâton, et à une réprimande sévère de la part du magistrat. « Et s'il commettait publiquement cette prévarication, à la mort. >

DEMANDE

« Que doit-on penser du suicide ? »

RÉPONSE

« Ce crime est beaucoup plus grave que l'homicide. » (M. d'Ohsson, Tabl. de VEmp. ott., t. V, p. 495-530.)

DEMANDE

« Supposé qu'un homme sache que son cheval est déferré, et qu'ayant le temps et le moyen ou commodité de le remettre en bon état, il manque de compassion pour la bête et la fasse ainsi marcher

Si quelqu'un nomme notre souverain actuel juste, il est infidèle (1).

Si l'on dit à quelqu'un : Viens, recourons à la justice, et que celui-ci réponde : Je ne le ferai point à moins que l'huissier ne me conduise, ou qu'il dise : Quelle loi connais-je ? il est infidèle ; mais si on lui dit : Allons trouver le juge, et qu'il réponde : Je n'irai point que V huissier ne m'y mène, il n'est point infidèle.

Si quelqu'un blasphème, et qu'une autre personne rie, celui qui rit est aussi infidèle, à moins qu'il ne rie malgré lui.

Si l'on dit : Il n'y a aucun lieu où Dieu ne soit présent (9), on est infidèle.

Si quelqu'un dit que les âmes des cheiks sont présentes, il est infidèle.

Dire : Je n'aime pas la loi, c'est être infidèle.

D'un commun accord, c'est être infidèle que de dire . Si le prophète Adam, sur qui soit la paix, n'eût pas mangé du blé (S), nous ne serions pas malheureux. Mais

sans fers jusqu'au soir au travers de chemins pierreux et raboteux, quelle punition mérite un maître si dépourvu de pitié? »

RÉPONSE

« Qu'il reçoive la bastonnade. »

C'est en effet ce que la loi ordonne en pareil cas. (Démet. Cantemir, Hist. ott., p. 40.)

(1) Parce que, dit le commentateur, il est difficile que le sultan n'ait pas fait quelque action injuste, et que pour être nommé juste, l\ faut l'avoir toujours été. Ainsi, il ne faut pas croire à la prétendue soumission des pachas, etc., qui comme on le croit vulgairement, livrent leur tête au cordon impérial. (Journ. des sav., 1823, p. 390.)

(2) Par la raison exposée p. 129 et ailleurs.

(3) Suivant beaucoup de musulmans, le blé est le fruit défendu que mangea Adam. (Voyez dans la traduction d'Azz-eddin, intitulée : les Oiseaux et les Fleurs, etc., une note à ce sujet, p. 167 et 168.)

si l'on dit : Nous ne serions pas dans ce monde, les docteurs ne sont pas d'accord pour savoir si. en disant ces mots, on se rend coupable d'infidélité.

On pense encore que si quelqu'un dit : Le prophète Adam faisait de la toile, et qu'une autre personne ajoute : Nous sommes donc fils d'un tisserand ? cette dernière personne est infidèle (1).

Si quelqu'un fait une petite faute, qu'une autre personne lui dise : Repens-t'en, et que le premier réponde : Qiïai-je fait pour m'en repentir? il est infidèle.

Si deux personnes sont en discussion, qu'une des deux dise à l'autre : Viens, allons nous instruire auprès des docteurs de la loi sur ce qui fait le sujet de notre dispute, et que celle-ci réponde : Eh ! quel éclaircissement en retirerai-je ? elle est infidèle, car c'est faire peu de cas de la science.

Si quelqu'un dit que ce qui est expressément défendu, comme par exemple: le vin, la chair de porc, etc., est permis, ou que les choses permises sont défendues, cet homme est infidèle.

Désirer que ce qui est défendu dans toutes les religions

(1) « Parce que, selon notre commentateur (Cazi-Zadé Islambouli Ahmed-ben-Mohammed Amin), les prophètes n'ont point exercé des métiers vils., tels que ceux de tisserand, de teinturier, de chirurgien, etc. »

Pour comprendre ceci, il faut savoir que, d'après les principes de la loi qui recommande le travail à l'homme, bien des musulmans se font un point de religion d'exercer un art quelconque. Ainsi, plusieurs califes et plusieurs sultans se sont livrés à des occupations manuelles. Les prophètes eux-mêmes, disent les musulmans, se sont soumis à l'obligation du travail. Adam était laboureur ; Enoch, tailleur; Noé, charpentier; David faisait des cuirasses; Salomon, des corbeilles de palmier, etc.

et que la saine raison réprouve soit permis, c'est infidélité, comme par exemple la fornication, manger lorsqu'on est rassasié, etc. Mais désirer, dit-on, que le vin soit permis, ce n'est pas être infidèle.

Enfin, c'est une infidélité que d'employer dans la conversation, et au milieu de la plaisanterie, l'auguste Coran, eomme par exemple, si l'on dit à Un homme nommé Jean : Jean, prends le livre (1).

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