‹ Science du bien vivre, ou monographie de la cuisineChapitre 9 sur 88 · UNE LEÇON DE MORALE A MES FILS · texte numérisé non relu

UNE LEÇON DE MORALE A MES FILS

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jour J’ai su chanter plaire aimer rire et boire J’ai donc compté bien plus d’un heureux jour .

Assis au frais, sous un riant ombrage,

J’aime à rêver à mes jeunes exploits.

Gais souvenirs sont si doux à mon âge Qu’en y songeant , je rajeunis , je crois.

De mon printemps conservez la mémoire, Jeunes amis que me donna l’amour :

J’ai su chanter, plaire, aimer, rire et boire; J’ai donc compté bien plusVl’un heureux jour.

Alice avait, dès sa tendre jeunesse,

Sur votre père exercé son pouvoir;

J’osai pour elle aborder le Permesse,.

Et j’essayai les chants du gai-savoir;

De mes refrains elle orna sa mémoire Et les reçut comme un gage d’amour.

J’ai su chanter, plaire, aimer, rire et boire; J’ai donc compté bien plus d’un heureux jour.

Sans vous parler de ma sotte figure,

J’eus mes vingt ans, je fus frais et dispos; De quelque esprit bonne dame nature M’avait doué: ce don vint «à propos

Si de mes traits on perdit la mémoire,

C’est que parfois est aveugle l’Amour.

J’ai su chanter, plaire, aimer, rire et boire; J’ai donc compté bien plus d’un heureux jour.

Mais à mon cœur il fallait autre chose :

Trois beaux enfants couronnèrent mes vœux , Et si l’Hymen fit alors une pause,

Ce fut, enfants, pour vous en aimer mieux ! Or, de tous trois, si j’ai bonne mémoire,

Vous le savez, doux fruits de mon amour!

* J’ai su chanter, plaire, aimer, rire et boire; J’ai donc compté bien plus d’un heureux jour.

J’ai ri des fous dont se peuple le monde ;

J’ai ri du fat, égoïste embourbé;

J’ai ri de l’or que répand à la ronde Le financier pour trouver une Hébé;

J’ai ri de ceux qui perdent la mémoire D’un mutuel et légitime amour :

J’ai su chanter, plaire, aimer, rire et boire; J’ai donc compté bien plus d’un heureux jour.

Quand de l’ai la mousse pétillante En fermentant me montait au cerveau,

La vie alors m’était douce et riante,

L’air toujours frais et le ciel toujours beau!

Des faux amis je perdais la mémoire ;

Tous les échos, pour moi, disaient : « Amour! » J’ai su chanter, plaire, aimer, rire et boire;

J’ai donc compté bien plus d’un heureux jour.

Au froid mentor dont la morale austère Ne se traduit qu’en stériles leçons ,

Chantez, enfants, les airs de votre père , Chantez-les même à vos jeunes garçons!

De ce refrain conservez la mémoire,

Et puissiez-vous redire avec amour :

J’ai su chanter, plaire, aimer rire et boire;

J’ai donc compté bien plus d’un heureux jour.

La Leçon de morale eut de l’écho, et le refrain en fut répété avec un entrain remarquable.

Un spirituel journaliste , dont le tour était venu , annonça des couplets sur la liberté. A cette annonce, toutes les oreilles se dressèrent, tous les regards se dirigèrent sur celui qui venait de prononcer ce mot. Ceux qui connaissaient particulièrement l’écrivain politique, et qui savaient à quel organe de la presse il prêtait l’appui de sa plume, redoutèreut qu’une trop libre expression de sa pensée ne produisît dans notre joyeuse réunion un conflit d’opi-

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