‹ Science et conscienceChapitre 10 sur 61 · LE PHÉNOMÈNE DE BORDET · texte numérisé non relu

LE PHÉNOMÈNE DE BORDET

Dans le langage rigoureux nous ne pourrons jamais séparer un facteur des autres facteurs, mais

si les autres facteurs varient assez peu pendant quelque temps, nous pourrons cependant, dans un langage très approché, parler, comme si elle était seule, de la fonction partielle défînie par le facteur partiel considéré, et définir ainsi un organe partiel qui se créera petit à petit, par assimilation fonctionnelle, si le facteur en question reste longtemps identique à lui-même.

C'est ce que Ton fait dans les expériences qui ont donné lieu à la sérothérapie.

Toutes choses égales d^ailleurs, c'est-à-dire sans que changent, par exemple, les autres conditions d'alimentation (oxygène, etc.), de température, d'éclairement, etc., on injecte dans le milieu intérieur d'un animal un colloïde défini, qui, à la dose employée, n'est pas mortel. Cela détermine un organe, l'organe de la résistance au colloïde considéré, et le résultat est, au bout de quelque temps, pour l'organisme, une modification qui est tpécifique par rapport au colloïde injecté^.

C'est ainsi que l'on définit approximativement des organes partiels dans un animal ; mais il est bien entendu que le résultat obtenu n'a aucune valeur si d'autres facteurs importants changent en même temps que celui sur lequel a porté Texpérience. Cette définition approximative a le grand avantage de permettre d'introduire l'analyse dans

(1^ V. Introduction à la pathologie générale et Éléments de philosophie biologique.

le langage trop synthétique de la définition des fonctions.

Les expériences dont je viens de parler sont en outre la meilleure démonstration directe de la loi générale d'assimilation fonctionnelle.

Une conséquence, fort grossière d'ailleurs, de ces expériences quand elles portent sur ^nousmêmes, est aussi que l'adaptation progressive fait passer du conscient dans Tinconscient,

Une première dose de toxine injectée peut donner une maladie caractérisée par des douleurs au point de vue subjectif. Si l'adaptation a été définitive à la suite de l'injection d'une première dose de toxine, une seconde injection identique à la première détermine une assimilation sans malaise, sans souffrance.

C'est que la seconde fonction définie par la seconde injection est différente de la première, quoiqu'étant le résultat de l'introduction du méfme facteur dans les conditions B de l'organisme. En d'autres termes, si (A^) est l'organisme avant l'injection, le facteur partiel {b) de l'ensemble (B|) détermine, dans l'ensemble (A^xB^), la fonction partielle (A^xô), fonction partielle qui est douloureuse, et s'appelle maladie ; si (A») est l'organisme guéri de cette première injection, une nouvelle injection [b) détermine, dans l'ensemble (AgXBg), une fonction partielle (A»xô), fonction partielle qui n'est plus douloureuse.

On voit quelle erreur on commettrait en disant que la même fonction est quelque fois douloureuse, quelquefois pas ; le facteur b est bien le même dans les deux cas, mais (Ag) diffère de (A^). Or la fonction n'est entièrement déflnie ni par (A) ni par (ô), mais par la relation symbolique [kxb).

Les deux fonctions considérées diffèrent donc parla différence des termes A| et A»; or ces deux termes diffèrent, par rapport à ô, en ce que l'un est adapté à 6 et que l'autre ne Test pas.

D'où la conclusion immédiate que la variation individuelle appelée adaptation a fait passer du coDscient dans Tinconscient.

L'exemple du colloïde injecté b est bien spécial ; il est particulièrement commode au point de vue expérimental ; mais, tout autre facteur b serait susceptible de produire des phénomènes qui, plus difficiles à suivre expérimentalement, se raconteraient de la même manière. Relativement à n'ira' 'porte quelle fonction partielle qui peut être définie partiellement avec quelque rigueur, V adaptation résultant de l'assimilation fonctionnelle fait passer du conscient dans Vinconscient,

Page 1