CONSCIENCE CELLULAIRE ; CONSCIENCE HISTOLOGIQUE
Il n'est pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre que cette formule est générale. Si. dans certains cas^ elle paraît en défaut, c'est que
Tanalyse a été fautive ; ce n'est pas la formule qui est mauvaise, mais la manière de l'appliquer.
En particulier, nous pouvons l'appliquer sans crainte, par continuité, aux êtres les plus simples que nous connaissions, et dans lesquels nous n'avions tout à l'heure aucune raison objective de supposer l'existence d'un (9).
Ces êtres les plus simples sont des cellules isolées, qui ressemblent profondément aux éléments de nos tissus*. Cela nous conduit à faire une analyse du fonctionnement total de notre organisme, non plus en séparant de l'ensemble extérieur (B) un facteur partiel (6), mais au contraire, en séparant artificiellement de notre organisme, l'un quelconque de ses éléments cellulaires constitutifs.
Etant donnée l'unité de mécanisme de notre individu, une telle séparation serait illégitime, si nous oubliions d'introduire tout le reste de l'animal dans l'ensemble des facteurs (B) extérieurs à l'élément considéré. Rien ne nous empêche d'attacher notre attention à l'étude des phénomènes qui se passent dans un élément cellulaire unique, pourvu que cela ne nous entraine pas, comme on l'a fait très souvent, à négliger pour cela les liaisons, les relations, qui existent entre l'élément cellulaire considéré. et le reste de l'organisme.
En d'autres termes, si nous séparons de Teri-
(1) V. Traité de biologie, op. cit.
semble (A) Félément (a), pour en faire une étude verbale particulière, nous ne devrons pas oublier d'introduire dans le facteur B correspondant à (a) tous les éléments de Tensemble A,
La formule {a x B) représentera donc exactement ce qui se passe dans Télément (a), parce qu'elle représente en réalité tout ce qui se passe dans (A), en montrant seulement que nous attachons plus particulièrement notre attention^ aux phénomènes qui ont leur siège dans le contour de l'élément (a).
Cela posé, nous pouvons sans rien changer à notre langage, parler de l'assimilation fonctionnelle pour un élément histologique quelconque, ou même pour une partie quelconque de l'organisme, conventionneilement limitée, comme nous avons parlé précédemment de l'organisme tout entier. Et si nous parlons objectivement de l'assimilation fonctionnelle pour cet élément conventionnellement limité, nous pouvons également lui appliquer notre remarque fondamentale, que l'adaptation fait passer du conscient dans l'inconscient.
Ainsi, descendant progressivement de l'homme tout entier jusqu'aux éléments ultimes dans lesquels nous savons décomposer artificiellement son
(1) C'est tout cequ'iudique le symbole (AxB).
mécanismes nous sommes conduits à appliquer parallèlement, à ces éléments ultimes, Tassimilation fonctionnelle et la particularité subjective correspondante qui est le passage, par adaptation, du conscient à Tinconscient.
Or, ainsi que j*ai essayé de le montrer dans un précédent ouvrage 2, Télément ultime auquel nous puissions ramener le phénomène vital objectif, ou phénomène d'assimilation, n'est autre chose qu'une résonance. La résonance une fois établie, l'adaptation est réalisée ; pendant qu'elle s'établit, les liaisons correspondantes sont contrariées. Le phénomène douloureux ou^ si Von préfère^ conscient^ c^est donc la dissonance qui contrarie les liaisons. L'établissement définitif d'une consonance fait disparaître la conscience qui avait accompagné la transformation du mouvement oscillatoire préexistant.
Nous voilà ainsi conduits, de proche en proche, en partant de l'homme conscient, et en descendant jusqu'aux éléments les plus lointains de son individualité, à cette notion que les liaisons existant à une certaine échelle^ possèdent l'élément de conscience (<p).
(1) Ces éléments sont peut-être de dimension inférieure à la dimension des cellulps, ainsi que je l'ai montré ailleurs pour Texplication Lamarckienne des fonctions cellulaires. [Éléments de philosophie biologique, op. cit.).
(2) De l* Homme à la Science, op. cit., chap. X.
Un tel résultat était à prévoir du momeut qu'on adoptait le langage de l'équilibre qui ne connaît plus de corpsj qui ne connaît plus que des liaisons. Dans le langage chimique que je parlais jadis ^, j'avais, à brûle pourpoint, considéré les atomes comme ayant une conscience atomique fixe, qui ne s'éveillait qu'au moment des changements intramoléculaires. Cela m'avait permis de faire un parallèle entre la construction physique du corps d'un homme et l'établissement concomitant de sa conscience d'homme.
C'était là une hypothèse qui ne se justifiait que par ses conséquences.
Le langage de l'équilibre me conduit, au contraire, par des raisonnements, à la conviction que certaines liaisons, à une certaine échelle, possèdent l'élément de conscience (?). Cette conviction n'est pas en contradiction avec mon hypothèse précédente, puisque, ce que nous appelions atome, c'était seulement un ensemble de liaisons que nous ne savions pas détruire.
L'existence d'éléments (ç) dans les liaisons qui réalisent les édifices atomiques et moléculaires nous force au contraire à admettre également des éléments (9) dans les atomes et les molécules, et comprend en même tempsja condition implicite que seuls les changements dans les dispositions de
(1) Le Déterminisme biologique cl la Personnalilé consciente^ op. cit.
SCIEIVCE ET CONSCIENCE
ces édifices s^aceompagnent de manifestations conscientes.
Notre langage de Téquilibre nous conduit en même temps à des considérations qui donnent aux phénomènes vitaux une place à part dans le domaine de là conscience universelle.
Des études objectives nous ont en effet conduits à considérer * le phénomène vital comme établissant, indépendamment des liaisons qui existent à chaque échelle, des relations très intimes entre des phénomènes se passant aux trois échelles différentes, chimique, colloïde et mécanique.
L'étude que nous ferons, au chapitre suivant, de la continuité protoplasmique dans l'espace et dans le temps, nous fortifiera dans cette conviction que les manifestations vitales doivent éveiller bien plus de conscience que toutes les autres manifestations de l'activité universelle ; et ainsi, tout en dépossédant la vie du privilège exclusif de la conscience, nous lui accorderons tout de même une place à part relativenjent à cette particularité inactive ; nous concevrons que, si la vie n'existait pas, la conscience universelle qui n'a déjà aucune importance objective, aurait, même au point de vue subjectif, une importance beaucoup moindre.
Maintenant- que nous sommes arrivés à nous faire une opinion justifiée sur l'existence probable d'éléments (f) dans les liaisons d'une certaine
1) Éléments de philosophie biologique, op. cit.
échelle, nous allons faire le travail inverse de celui que n(3u8 avons exécuté jusqu'à présent. Nous sommes descendus de Thomme à la cellule, de la cellule à ses liaisons, ses. affinités constitutives; nous allons maintenant remonter de ces bas-fonds de la conscience jusqu'à la conscience humaine, en nous efforçant d'appliquer sans cesse un langage psychologique ou subjectif à la narration du phénomène objectif de la construction matérielle de l'homme.
Nous devrons ainsi, malgré le petit nombre des considérations psychologiques qui nous ont servi de point de départ, retrouver petit à petit, en nous servant uniquement de ce que nous connaissons d'objectif relativement à la vie, toutes les particularités psychologiques que nous connaissons en nous-mêmes. Cela nous prouvera que nous ne nous sommes pas trompés dans cette analyse descendante de tout-à-l'heure.