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VIE ÉLÉMENTAIRE

Le corps protoplasmique ayant des dimensions finies, et les liaisons que nous connaissons se transmettant, sous forme de résonances, d^une manière qui n'est pas extemporanée, la continuité dans l'espace entraîne, forcément, une certaine continuité dans le temps.

Nos notipns d'espace et de temps, sur lesquelles les métaphysiciens dfscutent à perte de vue, sans qu'il y ait aucune raison pour que ces discussions finissent jamais, sont en réalité inséparables en nous, puisqu'il nous faut du temps pour mesurer de l'espace.

On pourrait dire (s'il n'était dangereux de parler de ces choses fondamentales au moyen d'un langage qui est lui-même dans l'espace et dans le temps), que c'est précisément notre continuité protoplasmique dans l'espace et dans le tenaps, qui, nous plaçant dans l'espace et dans le tennips, nous permet d'avoir la notion d'espace et de temps.

Le résultat des liaisons vitales du protoplasma est l'assimilation, c'est-à-dire que l'ensemble des résonances localisées dans un corps protoplasmique a pour résultat l'accroissement de ce corps protoplasmique, avec des variations tellement minimes

(assimilation fonctionnelle ou phénomène de Bor^ det*, que ces variations peuvent être comparées à des broderies insignifiantes ajoutées à un canevas persistant.

De la continuité dans le temps des liaisons qui déterminent l'assimilation, résulte, au point de vue sabjectif, la particularité appelée mémoire élémentaire.

Au point de vue objectif, l'individu protoplasmique conserve la trace, sur son canevas personnel; des luttes qu'il a soutenues contre les ennemis du dehors représentés par des vibrations dissonantes.. La mémoire est l'épiphénomène subjectif corrélatif de cette trace objective.

Il est facile de voir que la mémoire subjective est caractéristique de la vie au môme titre que Tassimitation fonctionnelle qui pourrait s'appeler mémoire objective.

Prenons, en effet, les deux phénomènes objectifs qui peuvent être comparés, à divers points de vue, an phénomène vital élémentaire ; j'ai nommé la vibration qui $e transmet et la réaction chimique.

La vibration qui se transmet, se transmet bien semblable à elle-même, sauf certaines variations qu'elle peut subir en s' adaptant aux milieux qu'elle traverse. Par exemple, une vibration de lumière blanche se transmet, semblable à elle-même, à moins qu^elle devienne bleue en traversant un

(1) V. Introduction à la pathologie générale^ op. <nï., § 26.

verre bleu, ou qu'elle change de direction en traversant un prisme, etc* ; mais à peine avons-nous saisi cette vibration en un point qu'elle n'y est plus ; elle n'est pas, deux fois de suite, aii même endroit; elle n'existe qu'à condition de se déplacer ; elle n'a pas d'unité de lieu comme l'orchestre protôplasmique ; elle n'est à chaque instant que ce qu'elle est au point où elle est, sans qu'aucun canevas lui rappelle c6 qu'elle était ailleurs et antérieurement»

On ne saurait parler de mémoire objective ou subjective dans ce cas.

Pour la réaction chimique, qui se produit entre corps bruts, c'est encore la môme chose*

Une réaction chimique se produisant entre des corps définis, détruit ces corps définis et les rem^ place par d'autres ; il y a donc là destruction de liaisons préexistantes, de liaisons intra-molécu^ laires du moiùs, puisque les liaisons intra-atomiques sont respectées dans nos réactions chimiques; et, par conséquent, ces liaisons étant à l'échelle des manifestations de la conscience, il y a vraisembla^ blement éveil de conscience pendant la réaction; mais cet éveil de concience n'entraîne pas de phénomène de mémoire, puisque, après la réaction, il ne reste plus rien des corps préexistants*

Si, avec du chlorure de sodium et de l'acide sulfurique, je fabrique de l'acide xîhlorydrique et du sulfate de soude, les deux produits que j'ob-

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LA CONTINUITÉ PROTOPLASHIQUE 109

tiens ainsi ne portent pas trace de leur origine ; l'acide chlorydrique eût été le même, provenant d*un autre chlorure ; le sulfate de soude eût été le même provenant d'un autre sel de sodium.

Il ne faut donc pas parler ici de mémoire possible ; réveil de conscience que réalise vraisemblablement la réaction chimique entre corps bruts doit être extemporané. La mémoire élémentaire est Tépiphénomène subjectif de l'assimilation fonctionnelle, et l'assimilation fonctionnelle caractérise précisément les corps vivants par rapport aux corps bruts.

Ce canevas que Têtre vivant conserve par assimilation, et sur lequel se brodent les variations légères résultant des adaptations successives, c'est précisément ce que j'ai appelé.* le facteur transportable ^ la transportabilité de l'être vivant. Cette trançportabilité, qui se manifeste malgré une activité chimique incessante, est plus célèbre sous le nom d'hérédité.

Les corps bruts n*ont pas d'hérédité; en d'autres termes, leur transportabilité n'existe que tant qu'ils sont à Fabri de réactions chimiques dans lesquelles leur existence est détruite.

L'hérédité ou assimilation ^ est le phénomène objectif nécessaire à l'existence d'une mémoire subjective. La vie se caractérise également par

^1) V. Éléments de philosophie biologique, op. cit., chap. XVII. .2 V. Traité de biologie, op. cit., chap. VII.

~JT^

l'hérédité et par la mémoire, suivant que Ton considère uniquement les phénomènes objectifs on que Ton songe aux éveils de conscience qui les accompagnent.

Certains auteurs ont essayé d'expliquer les phénomènes vitaux, et en particulier l'hérédité, par l'intervention d* éléments de mémoire que quelquesuns ont appelés mn^wons. Vouloir expliquer l'hérédité par la mémoire ou la mémoire par Thérédité, c'est une pétition de principe si la mémoire et l'hérédité sont deux aspects d'une même particularité. Mais ridée de mémoire nous est tellement familière que bien des gens ont pu voir là une explication; d'autant que le mot hérédité, au lieu de sa signification générale de transportabilité des corps vivants, a le plus souvent, dans les traités, une signification restreinte à Tune de ses manifestations, savoir la ressemblance des enfants et des parents*.

Il faudrait dire," pour éviter cette confusion, hérédité élémentaire, comme on dit mémoire élémentaire. L'hérédité, au sens des traités, serait une conséquence de l'hérédité élémentaire ou assimilation des protoplasmas, comme la mémoire de rhomme est une conséquence de la mémoire élémentaire qui accompagne dans les protoplasmas le phénomène d'assimilation.

De même, il ne faut pas confondre la conscience

(1; V. Traité de biologie^ chap. VIII.

de l'homme, qui est une synthèse, avec la conscience élémentaire des parties qui entrent dans la constitution de Thomme. J'ai étudié ailleurs la mémoire de ThommCi

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