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LA CONTINUITÉ NERVEUSE

Un élénaent nerveux ou neurone est une masse protoplasmique continue ayant souvent des dimensions très considérables. Le corps cellulaire d'un neurone est entouré de prolongements protoplasniiques plus ou moins nombreux qjii se mettent en relation de continuité ou de contiguïté avec d'autres cellules.

Parlons d'abord des relations qui existent entre les éléments nerveux et les autres éléments histologiques, muscles, glandes, etc. Ces relations sont réalisées par un prolongement protoplasmique très spécial, différencié par assimilation fonctionnelle de manière à être aussi apte que possible à transmettre aisément et rapidement l'influence d'une variation quelconque produite en l'un de ses points.

Ce prolongement différencié ou cylindraxe, se résout à son extrémité distale en fibrilles très ténues qui pénètrent dans la substance des autres cellules et entrent, avec cette substance, en relation de continuité. Ainsi, par l'intermédiaire du

cylindraxe, le protoplasma de chaque élément muscalaire est en continuité parfaite avec celui d'un élément nerveux. On conçoit Timportance de cette continuité, tant au point de vue du .fonctionnement qu'au point de vue subjectif.

Pour ce qui est des relations entre neurones voisins, les avis sont partagés.

Au moment où les nouvelles méthodes de coloration du tissu nerveux ont été appliquées dans les laboratoires, on a cru, un peu hâtivement peutêtre, que chaque neurone est isolé de ses voisins. L'ensemble des prolongements très déliés qui entourent le corps du neurone, ce que Ton appelle, dans un langage imagé, la chevelvre du neurone, serait entièrement séparé des neurones voisins; il n'y aurait entre les neurones voisins que des rapports de contiguïté.

Mais les chevelures de ces neurones seraient tellement intriquées les unes avec les autres que, les dislances qui les séparent étant très minimes, des phénomènes analogues à ceux que Ton connaît sous le nom d'influence électrique pourraient se produire de l'un à l'autre.

On donne le nom d'influx nerveux à la transmission de proche en proche qui se fait d'un bout à Taulre d'un neurone quand une modification s'est produite sur l'un de ses points. Si l'on admet* l'hypothèse de la simple contiguïté des neurones, on doit donc penser simplement que l'influx ner-

veux (qui s'accompagne, on le sait, de phénomèDes électriques ^) est capable, eo se répandant dans la chevelure d'un neurone, d'influencer l'état d'un neurone voisin auquel se transmet ainsi une modification correspondante. J'ai exposé ailleurs cette théorie de la contiguïté des neurones, théorie qui a donné lieu à une ingénieuse explication du sommeil 2.

Malgré l'engouement qu'a provoqué il y a quelques années la théorie de la contiguïté, dans laquelle le neurone formait en quelque sorte une individualité isolée, on semble revenir aujourd'hui à l'hypothèse, précédemment admise, de la continuité des chevelures des neurones voisins.

Dans cette hypothèse, une véritable continuité protoplasmique existerait entre des milliards et des milliards d'éléments histologiques considérés à tort, à cause de leur structure cellulaire, comme des éléments complets.

Au point de vue objectif, le phénomène connu sous le nom de réflexe ou d'association de réflexes s'interpréterait de manières analogues dans les deux théories. Un influx nerveux parcourant un neurone, se dirigerait toujours dans les centres nerveux, par telle ou telle voie, en passant par les points de moindre résistance ; et ceci serait vrai,

(1) V. Traiié de biologie, chap. X.

.2) V. Le Déterminisme biologique et la Personnalité consciente^ cliap. VI.

si les points de moindre résistance étaient dus à une contiguïté plus étroite entre deux cheveux de neurone, aussi bien que s'ils étaient dus à telle ou telle particularité de la structure des cheveux établissant entre les neurones des relations de coi^linuité.

Donc, pour l'explicatian des réflexes, il n'y a guère de raison d'adopter une théorie plutôt que l'autre.

Mais au point de- vue de la conscience individuelle qui résulte d'une synthèse des consciences élémentaires, il n'en est plus de même. Les raisons qui, nous l'avons vu précédemment, militent en faveur de cette idée que la sommation des cp est limitée par le contour d'une masse protoplasmique continue, nous amènent, suivant l'hypothèse que nous adoptons, à des conceptions différentes relativement à la nature de notre subjectivité.

Dans la théorie de Tindividualitédes neurones, il doit y avoir dans chacun de nous des milliards de consciences séparées que les influx nerveux éveillent successivement sur leurs parcours.

Au contraire, si l'on croit à la continuité, on conçoit plus facilement l'unité subjective individuelle d'une masse protoplasmique unie par continuité nerveuse malgré l'apparence d'isolement de ses divers éléments histologiques.

Aucune remarque psychologique n'autorise aujourd'hui à donner la préférence à l'une des

théories plutôt qu'à l'autre. C'est pour des raisons purement histologiques, et sans aucune considération relative aux conséquences subjectives qui en résulteraient, que les savanls paraissent aujourd'hui incliner plutôt vers l'hypothèse de la continuité. Nous l'adopterons donc pour fixer les idées dans l'exposé qui va suivre.

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