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DANS L'ESPACE

Notre corps est une masse volumineuse qui occupe dans l'espace une place finie, et c'est là évidemment une condition indispensable à l'acquisition d'une connaissance de l'espace. Dans cette masse volumineuse, il existe des liaisons vitales très étroites, qui donnent une unité réelle à l'ensemble contenu dans le contour de notre corps ; en effet, ce qui impressionne un point de notre surface, impressionne par là même tout le reste de notre individu, à cause de la continuité nerveuse.

En particulier, les centres nerveux qui sont en relation immédiate avec tous les neurones commandés par nos surfaces sensorielles, reçoivent à la fois, de divers côtés, des communications diverses.

Notre connaissance du monde est complexe, parce que notre corps est grand, et que sa surface occupe en même temps des points de Tespace où se passent des choses différentes. Ces choses différentes, ce sont des phénomènes très variés, que nous appelons d'après la partie de notre surface qu'elles impressionnent, des chocs ou impressions de contact, des impressions de température, des impressions chimiques (gustatives ou olfactives), des impressions sonores ou colorées.

Comment, d'éléments synchrones si complexes, tirons-nous une connaissance du monde ambiant qui soit utilisable pour nous? C'est là une question qui ressortit à l'étude de Torigine des espèces. J'ai montré ailleurs^ que, grâce à la sélection naturelle, notre connaissance du monde est précisément ce qu'il faut pour que nous ayons pu continuer de vivre jusqu'à présent, en évitant les dangers qui menaçaient la conservation de notre individu, et en utilisant au contraire les éléments utilisables.

Évidemment, si la connaissance du monde que possède une espèce animale est précisément adéquate à ses besoins, cela n'empêche pas que cette

(1) V. Les Lois naturelles. Paris, Alcari, 1904.

connaissance soit différente chez les différentes espèces ; au contraire, il est certain que les besoins d'une anémone de mer, d'une huitre ou d'un requin étant extrêmement différents, la connaissance du monde qui s'est développée petit à petit dans chacune de ces espèces est extrêmement différente de Tune à l'autre, et différente aussi de la connaissance que nous, hommes, avons acquise de notre côté.

Mais il est hors de doute que, dans un animal quelconque, la connaissance spatiale du monde résulte du synchronisme de documents divers arrivant par diverses voies dans les centres nerveux. Un seul élément sensoriel, surmonté d'un seul cylindraxe, nous donnerait bien une connaissance convenable de rythmes qui sont dans le temps, mais sans rien nous apprendre relativement à l'espace. En d'autres termes, en appelant organe des sens un tel élément, nous pouvons affirmer que notre connaissance spatiale du monde ne peut résulter que du fonctionnement simultané de plusieurs organes des sens.

Par exemple, un animal n'ayant que le sens du tact n'aurait aucune idée de la forme d'un objet extérieur s'il n'en recevait pas des impressions par un grand nombre de points à la fois. Si nous touchons avec la main une pointe unique d'un corps solide, nous n'avons par là même aucune idée de sa forme.

H est donc bien évident que notre organe de la vision, par exemple, ne saurait être un organe simple, pas plus que notre sens du toucher ne saurait être localisé en un point unique de notre corps. En réalité même, nous verrons que notre connaissance spatiale du monde extérieur n'est jamais complète quand nous employons pour l'étudier un seul de nos organes des sens, cet organe fût-il aussi complexe que notre œil. Si nous n'avions pas eu les documents de notre sens du tact pour faire l'éducation de notre œil, notre sens de la vision serait resté très imparfait.

Laissons de côté pour le moment cette question d'éducation de l'œil par le moyen du tact, et voyons comment l'œil, actuellement construit tel qu'il est, peut nous donner connaissance de la forme des objets extérieurs.

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