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RÉFLEXIONS A PROPOS DE LA RÉPONSE DE M. BERGSON

Je me suis permis de souligner, dans l'article précédent, les passages de la réponse de M.Bergson qui m'ont suggéré des remarques. El, d'abord, ceux qui ont lu ce livre depuis le commencement comprendront quelle satisfaction j'ai éprouvée en voyant que M. Bergson lui-même déclare que l'on ne peut traduire dans la langue que je parle les considérations qu'il expose dans V Evolution créatrice. Comme, pour moi, comprendre c'est traduire, je me. console de n'avoir pas compris M. Bergson. Je

l'ai si peu compris qu'à voir ce que j'en ai dit, Tauteur a pu penser que je ne l'avais pas lu ! « Même lorsque nous parlons la même langue, dit-il, je crains que nous soyons encore très loin de nous entendre ». Je ne prétends pas que ma langue vaille mieux que celle de M. Bergson, mais si la langue actuelle est telle que deux hommes instruits ne s'entendent pas en l'employant, il faut la changer. Il faut définir les mots, comme j'essaierai de le montrer dans le prochain chapitre. Et je ne crois pas qu'on puisse les définir d'une manière valable sans s'appuyer sur les repères que nous fournissent les choses mesurables.

D'abord, pour me montrer que j'ai mal compris sa phrase sur le mouvement absolu, M. Bergson compare un homme qui court à un autre homme qui est dans un fauteuil. Il fait ainsi allusion, non au mouvement proprement dit, mais à l'effort musculaire de locomotion. Il serait aisé de retourner son argument. Si je passe en ballon dirigeable au-dessus d'un monsieur qui fait des haltères sans remuer son centre de gravité, c'est moi qui me déplace et c'est lui qui a chaud ! Je ne crois donc pas « que la sensation intérieure de mouvement musculaire nous fasse pénétrer plus avant dans la nature intime du mouvement que la perception visuelle de déplacement extérieur ».

M. Bergson croit « fausse de tout point » la théorie de la conscience épiphénomène. Il n'a ce-

pendant pas fait les expériences qui, ainsi que M. Mesure le disait plus haut *, sont seules capables de trancher la question; son opinion n'a donc pas, à ce sujet, plus de valeur que la mienne.

Je crois d'ailleurs que, comme il Ta fait remarquer, nous ne nous comprenons pas plus là qu'ailleurs. Quand il dit que « la conscience est efficace et véritablement créatrice », il veut peut-être dire que les actes conscients sont des actes comme les autres ; et je suis de son avis. Ils ne sont pas plus créateurs que les autres, mais transformateurs comme eux. Et le fait qu'ils sont conscients ne change pas leur valeur objective. Le lecteur qui aura compris les premiers chapitres de ce volume, saura répondre aussi bien que moi à cette objection.

M. Bergson dit encore que, pour lui, la relation qui lie le fait psychologique au fait cérébral « n'a rien de commun avec la conception de la conscience épiphénomène ». Il en sait là-dessus plus long que moi, car si j'ai représenté par le symbole cp l'élément de conscience, c'est parce que je ne sais pas ce que c'est.

Enfin l'auteur dit que s'il pouvait s'expliquer en quelques lignes,» il serait inexcusable d'avoir écrit un volume de 400 pages ». Je serais donc encore plus inexcusable que lui, car j'en ai écrit plusieurs. Mais je crois que si des déductions longues de

400 pages ont conduit à une conception claire, cette conception doit pouvoir s'énoncer en quelques lignes.

Je me résignerai à ne pas comprendre M. Bergson, malgré l'admiration religieuse que professent pour lui la plupart de nos contemporains. Mais je crois, de plus en plus, qu'il est utile de définir les mots, et que, somme toute, la langue mathématique est la seule qui n'expose pas un auteur à être compris de travers.

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