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NÉCESSITÉ DE DÉFINIR LES MOTS

Si les mots ont évolué dans leur forme au point de rendre parfois très ardue la tâche des philologues qui se proposent de reconstituer leur histoire, le sens attaché par les hommes des diverses époques aux formes successives de chacun d'eux a souvent été l'objet de variations plus considérables encore. Sauf pour quelques noms de choses concrètes, nous sommes généralement très étonnés en constatant le peu de rapport qui existe entre le sens actuel d'un vocable et son sens étymologique, c'est-à-dire le sens qu'avait, pour les hommes de jadis, le plus ancien des ancêtres de ce vocable dont nous ayons gardé le souvenir.

Les valeurs attribuées aux mots par les hommes ont été de tout temps le reflet des croyances et des opinions de l'époque correspondante; celui qui saurait toute la philologie connaîtrait par là même l'histoire de toutes les philosophies. En apprenant à parler, nous adoptons un ensemble de doctrines, de théories, qui sont incluses dans le langage même; le langage est le plus important des auxiliaires de la tradition.

Mais si les mots ont pu changer de sens avec le temps, ils ont, en outre, conservé, à chaque époque de leur histoire, une certaine élasticité qui leur a permis d'être employés par des hommes diff*érents avec des acceptions différentes. La véritable confusion n'est pas née entre les hommes, comme le veut la Bible, de l'emploi de divers idiomes dont les mots correspondants eussent pu s'équivaloir; elle est venue surtout de la latitude nécessaire que les divergences des mentalités humaines introduisaient fatalement dans les sens des mots. L'on a employé les mêmes expressions pour dire des choses différentes; c'est à cette seule condition que la même langue a pu servir à des êtres aussi variés que le sont les hommes d'une même époque. Et c'est pour cela que le premier devoir de toute philosophie est de définir les mots dont elle se sert.

Définir un mot, c'est fixer artificiellement le sens de ce mot, à un moment précis de son évolution,

en convenant de lui attribuer désormais toujours la même signification.

Or, un mot se définit avec d'autres mots.

Une langue philosophique devrait être fixée à tout jamais pour que la philosophie correspondante fût durable ; mais par rapport à quels repères seront fixées les valeurs des mots au milieu des fluctuations de tout? Les mesures seules peuvent fournir ces repères, et c'est pour cela que la langue mathématique est la seule langue avec laquelle on puisse faire une philosophie dont les propositions soient k Tabri des interprétations subtiles des philosophes.

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