‹ Science et conscienceChapitre 42 sur 61 · LA SCIENCE NE NOUS DICTE PAS DE MORALE PRATIQUE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE NE NOUS DICTE PAS DE MORALE PRATIQUE

Ce n'est pas uniquement au point de vue des formules métaphysiques que la Science est une religion incomplète. Ceux qui ont créé les religions n'ont pas eu seulement en vue la satisfaction de notre curiosité, de notre besoin de savoir. Ils se sont proposé aussi d'établir des règles pour les

Tï*

relations des hommes entre eux; à côté delà métaphysique, chaque religion a contenu une morale; mais le tout était tellement mélangé qu'on a été longtemps à s'apercevoir de la coexistence, dans les dogmes, de propositions séparables ; de nos jours encore, beaucoup d'hommes très distingués ne conçoivent pas la possibilité d'une morale dégagée des croyances métaphysiques et théologiques. On est habitué depuis si longtemps à considérer les Dieux comme les promoteurs des lois morales et comme les juges chargés d'en surveiller l'application, qu'il est souvent difficile aux plus révolutionnaires d'entre nous de séparer l'idée de loi de l'idée de juge.

La science peut-elle remplacer les anciennes religions au point de vue de la morale? Peut-elle nous donner des règles de conduite? C'est là, à mon avis, la question la plus intéressante qui puisse se poser à notre époque au sujet de l'élablissement du règne de la Science dans l'humanité. C'est du moins celle qui me préoccupe le plus, et j'ai déjà publié à ce sujet, dans des ouvrages précédents, des opinions qui n'ont été goûtées de personne. Je crois cependant que, pour ces questions comme pour toutes celles qui touchent au domaine des choses mesurables, il est impossible de ne pas tomber d'accord ; mais la chose est délicate et difficile à exposer. Je veux m'efforcer une fois encore de mettre en évidence

le désaccord qui peut exister entre les vérités humaines et les vérités scientifiques.

Page 1