UNE MÉTHODE OBJECTIVE POUR UÉTUDE DE
Une fois réglée cette question de symboles et de langage, recherchons si, comme je l'annonçais précédemment, il y a un moyen objectif de découvrir, malgré l'impuissance effective des éléments (9), quels sont les phénomènes auxquels nous devons attribuer un (©): La question semble paradoxale et présente cependant une solution objective, grâce à la comparaison que chacun de
nous peut faire de lui-même avec ses congénères étudiés objectivement*
Je suis conscient de beaucoup de faits qui se passent chez moi, mais il y en a aussi beaucoup que j'ignore et qui se produisent néamoins, j'en ai la certitude objective.
J'ignore les battements de mon cœur; ils n' éveil* lent en moi aucune conscience, et je puis cependant les mettre en évidence pour moi-même, au moyen d'un cardiographe. Il y a donc dans mon organisme des phénomènes accompagnés de conscience et d'autres qui ne le sont pas.
Si je pouvais établir une distinction objective, une distinction mesurable entre ces phénomènes diffé-
rents, je serais par là même sur la voie de ce que je cherche, c'est-à-dire de l'établissement au moins partiel d'un catalogue objectif des phénomènes accompagnés de conscience.
Or, il y a des cas où les battements de mon cœur deviennent douloureux, c'est-à-^ire,où des phénomènes qui n'éveillent pas normalement ma conscience, se font connaître à moi par une douleur ; je dois chercher à établir entre ces deux formes différentes des battements de mon cœur une distinction mesurable.
Réciproquement, il y a certains actes que j'accomplis aujourd'hui inconsciemment et dont j'ai exécuté jadis les analogues consciemment. Je dis les analogues, car, la modification de leur valeur sub-
jective lé prouve, il n'y a pas identité entre deux actes qui se ressemblent extérieurement, mais dont Tun est conscient, l'autre ignoré.
De quelle nature est la différence qui sépare ces deux actes? Nous l'ignorons, quant au détail des faits; mais, chose curieuse, et dont la biologie nous a déjà offert des exemples, si nous Tignorons quant au détail, nous en avons néanmoins une formule générale qui est celle de la vie ellemême; c'est la formule que le génie de Lamarck a empruntée à la sagesse des nations, la formule de Vhabitude*
Vivre, c'est s'habituer; or, c'est précisément par l'habitude que nos actes primitivement conscients deviennent inconscients. Le phénomène essentiel de la vie est aussi le phénomène essentiel par rapport à ce quelque chose de mystérieux qui est la conscience, le (9) des choses.
. D'où la conclusion immédiate que, si rien ne nous empêche de croire à l'existence d'un (?) dans des manifestations d'une activité non vitale, nous savons du moins que les phénomènes vitaux se passent dans cette région particulière de l'activité universelle, où des consciences peuvent entrer en jeu.
Il y a des phénomènes vitaux conscients; il y en a d'autres qui sont inconscients et qui découlent des premiers par habitude.
Si donc nous pouvons savoir quelle est la nature
LA CONSCIENCE DES LIAISONS i i
objective du phénomène d'habitude, nous saurons parla même quelle est la différence objective entre les faits conscients et leurs analogues inconscients.
J'ai étudié longuement, dans de nombreux ouvrages, les phénomènes objectifs de la vie ; j'ai été conduit récemment* à une formule qui donne de l'habitude une définition particulièrement imagée. Voici en quelques mots les raisonnements qui m'y ont amené.