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PROTOPLASMIQUE

Le phénomène caractéristique de la vie est l'assimilation, c'est-à-dire l'atte par lequel un corps vivant préexistant transforme en substance semblable à la sienne des substances préalablement différentes.

Envisagée au point de vue chimique pur, cette formule a quelque chose de tout à fait mystérieux; il semble que rien, dans l'activité des substances brutes, ne puisse nous en donner une expUcation, ne puisse, en d'autres termes, nous fournir un exemple d'activité comparable. -4w contraire même, puisque toute réaction de la chimie brute est fatalement caractérisée par une destruction des réactifs qui y sont entrés en jeu.

(1) De l'Homme à l(t Science. Paris, Flammarion, 1907.

Par suite, rassimilation constitue une excellente définition de la vie, puisqu'elle établit entre la vie et la mort, non seulement une différence, mais une véritable antithèse.

En revanche, cette antithèse paraît établir une ligne de démarcation infranchissable entre les manifestations vitales et celles de la chimie ordinaire; elle semble s'opposer d'une manière absolue à l'application aux êtres vivants du langage de la mécanique universelle.

Cependant, si Ton cherche bien dans le domaine des faits non vitaux, on trouve, à défaut d'une assimilation chimique, qui n'y existe nulle part, une assimilation physique qui y est, au contraire, très répandue. C'est l'assimilation par le rythme, que l'on appelle résonance des mouvements oscillatoires ^

Des exemples d'une telle résonance nous sont connus à plusieurs échelons de l'échelle des faits.

Les vibrations dites sonores se transmettent, avec leurs qualités rythmiques, à travers l'air, à travers les corps solides et les corps liquides, c'est-à-dire qu'un corps, doué d'un mouvement vibratoire défini, et qui se trouve dans un milieu élastique, assimile^ à ce point de vue vibratoire, le milieu élastique ambiant en lui imposant son rythme.

De même les vibrations dites lumineuses se transmettent avec leurs qualités rythmiques à tra-

(1) De l'Homme à la Science, chap. X.

vers réther des physiciens, et c'est là le phénomène même de la propagation de la lumière. Voilà donc des exemples très familiers d'une assimilation physique extrêmement rigoureuse.

Cette assimilation ne se produit que relativement à la qualité isthme du mouvement oscillatoire considéré. Les autres qualités de ce mouvement, la qualité intensité^ par exemple, ne sont pas l'objet d'une assimilation analogue; c'est ainsi que, par exemple, une radiation calorifique impose bien son rythme coloré à un corps convenable qui la reçoit, mais qu'un corp» chaud ne communique pas sa température au corps voisin.

La température est du domaine des intensités.

Entre deux corps de températures différentes, il s'établit, non une assimilation, mais une moyenne de températures^.

La qualité rythme est donc la qualité la plus importante pour nous qui recherchons une comparaison des phénomènes vitaux avec des phénomènes de la nature brute. Or, le phénomène oscillatoire, dans lequel un rythme est défini, est le phénomène le plus fréquent dans le monde.

Il suffît, pour s'en rendre compte, de réfléchir à l'existence des liaisons que rend nécessaires le principe de la conservation de l'énergie 2. Toutes les fois qu'un corps, soumis à des liaisons, est dé-

(1) V. De l'Homme à la Science, § 44.

2} V. De l'Homme à la Science^ p. 90.

placé d'une* manière qui respecte ses liaisons, il tend naturellement à revenir à sa position première, et cela lui donne un mouvement oscillatoire analogue à celui d'un pendule, à moins que des résistances particulières n'amortissent immédiatement ce mouvement commençant.

Un mouvement oscillatoire est donc un mouvement qui respecte les liaisons d'un corps.

Et ceci reste vrai , si l'on remplace le mot mouvement, spécial aux déplacements dans l'espace, par le mot changement^ qui est plus général. Ainsi le changement brusque déterminé par Tétincelle dans l'oscillateur de Hertz produit une oscillation électrique.

Des raisonnements que je me contente de rappeler ici * m'ont conduit à considérer un colloïde quelconque, et surtout un protoplasma vivant, complexe de colloïdes variés, comme un merveilleux outil de résonance, capable d'être impressionné par les oscillations les plus diverses. Et cette opinion m'a donné même, sinon une interprétation définitive, du moins un modèle satisfaisant du phénomène essentiel à! assimilation.

Le corps vivant, complexe de colloïdes variés, et comparable à un orchestre qui produit à la fois un grand nombre de rythmes variés mais consonants, assimile physiquement les substances du milieu qui peuvent servir de résonnateur à l'un de ses rythmes.

(1) V. De l'Homme à: la Science, chap. X.

Et, d'autre part, si les substances chimiques qui constituent les aliments sont à un état d'équilibre tel que leur structure chimique dépende de leur état physique (ce qui arrive pour les composés chimiques définis quand ils sont au-dessus de leur température de dissociation), on conçoit, en gros, que l'assimilation physique entraîne l'assimilation chimique totale. Les éléments constitutifs des aliments sont, en effet, les mêmes que ceux des protoplasmas qui les assimilent.

Voilà donc le phénomène vital essentiel, l'assimilation, réduit aune superposition de phénomènes de résonance comparables à ceux dont la nature morte nous offre d'innombrables exemples. Or, qu'est-ce, par rapport à l'assimilation, que le phénomène d'habitude auquel nous avons attribué tant d'importance pour Tétude de la conscience? La solution de cette question va nous ouvrir des horizons imprévus.

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