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A cet égard, il existe chez certains écrivains et certaines classes un étrange aveuglement, une sorte de surdité volontaire, lorsqu'ils envisagent la science comme purement utilitaire , sans vouloir en apercevoir le caractère moral. La science est aujourd'hui, je le répète, le seul fondement inébranlable de la moralité des peuples, comme des individus.
Ces idées ont été développées avec des détails à la fois plus spéciaux et plus précis, tant au point de vue de leur mise en pratique immédiate et réalisée, qu'à celui des principes et des sentiments qui les inspirent, dans les discours que j'ai prononcés en 1899 et 1900 comme président de l'Association philotechniqne. J'y ai retracé l'existence utile et les services de cette grande Association parisienne, instituée en 1848 sous l'impulsion généreuse des fondateurs de la seconde République, et consolidée aujourd'hui par le concours volontaire de ses 600 professeurs libres et de ses 11.000 auditeurs adultes, et surtout par l'adhésion affectueuse des ouvriers et des patrons, fraternellement associés. C'est ainsi que notre Association, au nom de la science et des traditions humanitaires des philosophes du xviii^ siècle, — dont nous sommes les continuateurs, — concourt puissamment à l'affranchissement chaque jour plus étendu des travailleurs industriels et agricoles : je dis à la fois Taffran-
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I chissement matériel, en mettant entre les mains de I chaque citoyen, de chaque citoyenne, Tinstrument I de sa propre liberté ; et Taffranchissement moral, qui tend à les élever tous au niveau des classes et des individus les plus réputés. Nous enseignons avant tout que nos associés ont le devoir de réunir l'ensemble de nos concitoyens, dans un esprit de bonne volonté et de sympathie réciproque, afin de concourir au triomphe de la raison et de la justice, de la bonté et de la vérité.
L'enseignement des hommes faits doit être précédé par celui des enfants : c'est là un des problèmes auxquels j'ai voué une grande partie de mon existence, comme professionnel de l'instruction publique et comme homme politique. On trouvera la trace de mes préoccupations et de mes opinions dans deux articles du présent volume, consacrés à l'enseignement secondaire, sous sa double forme classique et moderne, sujet qui préoccupe aujourd'hui, à juste titre, toutes les nations civilisées. L'idéal de l'enseignement classique, essentiellement littéraire et contemplatif, repose sur la connaissance des langues et de la culture antiques ; ses partisans extrêmes prétendent même refuser une véritable vertu éducatrice à l'étude des sciences, i admises naguère encore à regret dans la culture i de la jeunesse, comme une concession faite aux nécessités de l'époque. Delà une résistance singu-
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liëre de la part de quelques-uns des membres de l'instruction publique aux réclamations de notre société laborieuse et créatrice, guidée par des besoins nouveaux. Elle est cependant animée d'une conception toute différente et, n^hésitons pas à le dire, plus élevée de l'éducation moderne, parce que celle-là touche à la fois aux nécessités matérielles de l'existence et au perfectionnement intellectuel et moral de l'individu humain. La méconnaissance de ces notions fondamentales a eu pour résultat de fausser la direction qu'on avait essayé d'abord de donner à l'enseignement moderne, en en faisant une sorte de décalque pâle et mutilé de l'enseignement classique. Tout en conservant ce dernier avec son caractère traditionnel, il convient, à mon avis, de revenir sur ce qui a été essayé d'une façon si incomplète pour constituer l'enseignement moderne ; il faut dans son organisation rompre des cadres vieillis et entrer franchement dans la voie d'une transformation radicale des méthodes.
Le rôle de la science dans l'éducation moderne se justifie en effet par ses résultats, à la fois pratiques dans l'ordre matériel et philosophiques dans l'ordre intellectuel. C'est à l'exposition de quelques-uns de ces résultats qu'est consacrée la seconde partie du présent volume, qui renferme les Notices académiques. Ces Notices n'ont plus le caractère un peu rhétoricien qu'elles affectaient