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DIRECTION DES SOCIETES HUMAINES

PRONONCéLE 16 MAI 1897 DANS LE GRAND AMPHITHEATRE DE LA SORBONNF, A LA SÉANCE SOLENNELLE DE L'UNION DE LA JEUNESSE RÉPUBLICAINE.

Mesdames, Messieurs,

Ma première parole doit être un remerciement à rUnion de la Jeunesse républicaine pour Thonneur qu'elle me fait en m'appelant aujourd'hui à présider sa séance solennelle, après tant d'hommes chers à la Pémocratie, tels que Brisson, Goblet, Bourgeois, pour ne parler que des plus illustres. Si je n'ai pas rendu à la République militante les mêmes services qu'eux,

SCÎENCIE ET éDUCÂTION. 1

c'est sans doute àtitrede serviteur éprouvé de laFrance, de la science et de la libre-pensée que votre Association m'a jugé digne de la représenter aujourd'hui. Tournons-nous donc ensemble vers le président de votre Association, M. Doumergue, si dévoué à la cause de la vraie République, et rendons hommage aux paroles élevées et éloquentes par lesquelles il a inauguré cette séance. Je salue également avec la plus vive sympathie votre ancien président et le mien, M. Bourgeois, ce représentant de l'initiative politique et humanitaire, toujours sur la brèche quand il s'agit de propagande et d'éducation sociale. Mais, avant qu'il n'expose ses idées sur ces graves questions, avec sa largeur et sa générosité accoutumées, peut-être me sera-t-il permis de vous présenter, sur un ton plus modeste, quelques courtes réflexions, relatives au rôle de la science dans le progrès des sociétés modernes.

Ce qui distingue le xix« siècle. Messieurs, et ce qui le caractérise déjà devant l'histoire, c'est qu'il a inauguré l'influence prépondérante de la science sur la direction des choses humaines, abandonnées jusque-là au hasard des instincts des peuples et des caprices de leurs prétendus pasteurs. Cette influence grandit de jouren jour, à mesure qu'augmentent l'instruction, la conscience des masses populaires et leur action réfléchie sur le gouvernement des Etats. Quelles que soient les critiques que Ton est encore en droit d'adresser aux orga- , nisations actuelles des nations civilisées, il est certain , que c'est à la science et à la liberté que sont dues les I profondes transformations qui ont tant diminué et qui j continuent à amoindrir incessamment le mal physique et le mal moral parmi les hommes, les souffrances sociales et les servitudes traditionnelles.

La science, à cet égard, remplit un double rôle, à la fois conservateur et évolutionniste. Je dis d'abord que la science est conservatrice, au sens le plus noble et le plus élevé du mot. C'est même le seul principe vraiment conservateur, dans Tadministration des sociétés, ainsi que dans celle des entreprises privées : car elle procède en vertu de règles et de lois fondées sur l'observation de la marche naturelle des choses, au lieu d'être déduites comme autrefois de dogmes prétendus révélés, ou de raisonnements purement logiques. Pour ne rappeler que Tun des bienfaits, et non des moindres, attribuables à la prépondérance croissante de la raison et des notions scientifiques d'intérêt et de justice qui en sont l'expression, ne pouvons-nous pas citer la rareté toujours plus grande de la guerre entre nations civilisées : la guerre, ce fléau des Etats antiques et de la féodalité du moyen âge, sans cesse déchaînée autrefois par les ambitions personnelles et les fantaisies orgueilleuses des souverains ! Aujourd'hui, l'opinion publique, c'est-à-dire la volonté des populations éclairées par une science éducatrice, se manifeste en Europe avec une force impérieuse, et elle impose aux gouvernants cette obligation de prendre comme objet fondamental le développement incessant par la paix du bien-être matériel, de la santé, de Tinstruction, de la moralité réfléchie des peuples qu'ils dirigent.

Il en est ainsi partout en Europe, et, ajoutons-le, en Amérique : à des degrés, divers sans doute, mais aussi bien dans les Etats républicains, régis par le libre consentement des citoyens, que dans les Etats monarchiques, dont les chefs subissent comme leurs sujets l'ascendant de la raison universelle, c'est-à-dire celui de la science elle-même.

Si la science est devenue une force conservatrice, et même la plus solide de toutes, hâtons-nous d'ajouter que la stabilité préconisée par la science n'est pas l'immobilité, fondée, — comme celle-ci Tétait, d'après les croyances inspirées du vieux temps, — fondée sur la résistance à tout changement et toujours prête à annihiler les progrès déjà accomplis.

Loin de prétendre maintenir avec une obstination aveugle les institutions anciennes, la science tend au contraire sans relâche à les transformer et à les améliorer : corrélativement avec l'agrandissement continu de nos connaissances. Nos sciences, dans l'ordre physique comme dans l'ordre économique, aussi bien que dans l'ordre moral, changent de figure avec le temps. Sans doute les faits acquis demeurent éternellement ; mais les représentations que nous nous en faisons et les conséquences pratiques que nous en déduisons se développent sans cesse.

Voilà pourquoi nous avons rejeté, comme contraire à la nature humaine, la conception des dogmes immuables.

Un changement, dont nous commençons à peine à entrevoir toutes les conséquences sociales, s'est produit dans les idées de l'humanité. Les hommes de l'ancien régime, dont l'esprit s'est conservé jusqu'au siècle présent au sein des gouvernements, n'avaient qu'un objectif : reposer leur esprit dans une conception définitive des choses : « une foi, une loi, un roi », disait-on en France, il y a 150 ans. Il existe encore bien des gens qui sont pris de vertige à la pensée de la variation perpétuelle des idées et des institutions. Mais ce sont là des illusions, que notre connaissance de plus en plus profonde de la nature et de l'histoire fait évanouir. Il n'y a de

repos définitif que par la cessation même de Texistence, pas plus dans la vie de Tindividuque dans celle de la nation et de l'humanité. Tout est mobile, tout s'écoule sans cesse, suivant le mot profond du philosophe antique. Dès lops, ce qu'il importe de connaître, c'est la loi même de cet écoulement, c'est-à-dire la science, afin d'y conformer le gouvernement de notre vie individuelle et celui de la vie sociale.

La politique et la législation, aussi bien que l'hygiène publique et privée, aussi bien que l'industrie et les ap" plications de tous genres, sont assujetties désormais à suivre pas à pas les progrès des sciences, et à faire subir incessamment à l'organisation de l'Etat les modifications qui sont les conséquences de ces progrès.

C'est en prétendant barrer le chemin à l'humanité, par des conceptions devenues surannées, que les pouvoirs d'autrefois ont amené, il y ^ cent ans, l'explosion révolutionnaire qui a transformé violemment le monde.

A l'avenir, une éducation plus complète des peuples et des chefs qui les dirigent préviendra, espéronsle, de nouvelles catastrophes : elle permettra de réaliser les conséquences pratiques de la science par des procédés mieux gradués et moins violents. Je dis une éducation plus complète : cela suffira, sans doute, car les hommes ont un sentiment intérieur de justice qu'il s'agit d'atteindre par la conviction. A un certain degré de culture, ils subissent en général l'effet d'une pénétration morale, qui finit par faire fléchir les gens intéressés eux-mêmes. Le Vrai et le Bien, la Science et la Morale sont ainsi liés d'une manière invincible, et leur liaison doit être envisagée par l'intelligence comme

par le cœur, en elle-même et dans toute sa pureté, en I dehors des symbolismes qui tendent à en atténuer la . clarté et la délicatesse. '

Gardez-vous en effet de croire, Messieurs, que la science dessèche le cœur et inspire aux hommes uae austère et égoïste vanité. Ce qu'elle inspire, c'est la modestie, la tempérance, le respect des opinions et d'autrui, c'est-à-dire la tolérance. La science n'a jamais élevé de bûchers pour anéantir ses adversaires ; elle ne les a voués à l'enfer, ni dans ce monde, ni dans un autre.

Le Dieu des savants n'est pas un Moloch, auquel ils offrent en holocauste les souffrances de l'humanité !

Ce que la science enseigne, c'est Tamour des hommes et de la vérité, le devoir de tendre à réaliser cet amour en conformant notre vie et nos actes aux lois de notre nature. Aussi la science n'invoque-t-elle pas cet ascétisme stérile, au nom duquel le moyen âge prétendait bannir du monde la joie et le plaisir. La joie et le plaisir sont dans la nature, aussi bien que la tristesse et la douleur : ce sont là des sentiments inséparables de notre destinée. Aimons donc l'art, aimons la beauté !

Sur ce point seulement permettez, Messieurs, à un vieillard de donner quelques conseils à la jeunesse. Dans le cours de vos joies, respectez toujours la dignité humaine ; ne sacrifiez jamais à votre personnalité celle d'autrui, celle de la femme surtout, qui doit être protégée contre sa propre faiblesse. Soyons sévères pour nous-mêmes, indulgents pour les autres, et n'oublions pas que les seuls souvenirs qui ne laissent point au fond du cœur quelque amertume, ce ne sont pas ceux de nos jouissances, ni de nos ambitions, trop souvent empoisonnées par le regret, mais les

souvenirs des services que nous avons pu rendre aux autres hommes î

La vie, Messieurs, n'a pour fin ni le plaisir, ni la tristesse ; elle ne doit pas plus être inspirée par l'orgueil et l'ambition .personnelle que par ce vague et énervant mysticisme, œuvre de décadence, que l'on essaie d'opposer aujourd'hui au clair idéal rationnel de nos pères. Nous devons sans cesse lutter, ne jamais tomber dans un état de résignation passive à la destinée . Loin de nous surtout ces doctrines égoïstes du laissez-faire et du laissez-passer, qui supprimeraient toute intervention des lois scientifiques dans la direction des sociétés ; aussi bien que le mot fatal prononcé jadis du haut de la tribune, comme le but suprême de la vie sociale : « Enrichissez-vous ». Ce sont ces doctrines maudites, si contraires au règne de la Justice et de la Raison proclamé par la Révolution française ; ce sont ces doctrines qui ont déchaîné dans le monde les haines et les conflits de classes dont il souffre si cruellement et que la science seule est destinée à concilier. Elle y tend à la fois par l'accroissement indéfini de la richesse sociale, qui résulte de l'utilisation chaque jour plus étendue des forces naturelles, et par les règles économiques que la science saura fixer, d'après une conception plus profonde de la solidarité nécessaire des intérêts et des sentiments des hommes, à quelque classe qu'ils appartiennent.

En définitive, la vie a pour but l'action scientifique, dirigée vers notre développement individuel le plus complet possible ; je dis surtout vers le développement corporel, moral et intellectuel des autres hommes ; d'abord celui de nos compatriotes, nos égaux et nos frères les plus aimés ; puis celui des membres des

nations civilisées, qui sont aussi nos frères très prochains; enfin, celui des membres de Thumanité entière. Voilà comment nous devons poursuivre Témancipation par la science de toutes les tyrannies matérielles et morales qui pèsent sur la race humaine depuis ses origines !

Nous avons à cet égard des devoirs d'autant plus pressants et plus étendusà remplir que notre condition sociale, nos fonctions, notre instruction, nos facultés personnelles nous ont placés plus haut.

Messieurs,

Telle est Toeuvre dont les ouvriers de la science sont les instruments. En la poursuivant, les hommes de mon âge ont parcouru une longue carrière, supporté la fatigue et le poids du jour. C'est à vous qu'il appartient maintenant de continuer : c'est à la jeunesse d'apporter à Tentreprise radicale de la société moderne le concours des énergies sans cesse renouvelées des générations qui se succèdent.

Vous connaissez le but pour lequel nous avons combattu, pour lequel nos aïeux ont souffert et sont morts. C'est au nom de ces idées que la France a grandi, triomphé de ses adversaires et dominé le monde. Si elle a paru faiblir par moment, cela est arrivé toutes les fois que ses gouvernants ont prétendu substituer à la propagande morale des idées, combinée avec une puissance défensive convenable, l'initiative exclusive et brutale des victoires militaires ; chaque fois, la France n'a pas tardé à devenir victime de cette fatale erreur : ne l'oubliez jamais I

La France, à Theure présente, est encore la nation dont l'organisation sociale est la plus avancée et tendle plus puissamment vers cette solidarité universelle des individus et des nations, qui sera la loi de Thumanité future. C'est à vous de maintenir la France à ce niveau supérieur. Soyons toujours et sans défaillance les promoteurs des sentiments jeunes et généreux, les organes de la justice, de la science, delà raison, indissolublement liées ; et nous ramènerons encore une fois à nous le monde, par la puissance et la sympathie irrésistible de ces idées, dont la France n'a pas cessé, ne cessera jamais, j'en jure par la jeunesse ici rassemblée ! d'être l'apôtre et le représentant.

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Le guerrier et le prêtre étaient autrefois les deux piliers de Tédifice social : la multitude laborieuse qui en supportait tout le poids faisait, disait-on, œuvre servile. Ainsijusqu'à notre temps,la force et la religion ont été les deux principes directeurs des sociétés humaines : la force garantissait Tordre matériel ; la religion, Tordre moral. L'une et Tautre avaient pour principal objet la stabilité perpétuelle des choses établies, dans un état déclaré définitif : la force, hostile à tout changement matériel, maintenait Texploitation du plus grand nombre, au profit de quelques-uns ; tandis que la religioû s'efforçait de calmer les haines et d'adoucir les mœurs par des sentiments de charité. Mais elle prêchait la permanence des servitudes sociales, et enseignait aux pauvres et aux humbles qu'ils devaient se résigner à leur destinée sur cette terre, par Tespérance d'une justice divine, réservée à un monde futur et surnaturel.

Ces conceptions d'une société immobile dans ses croyances et dans son organisation ont été ébranlées,

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depuis le xvi« siècle, par la révolte individuelle des libres-penseurs contre le dogmatisme théologique, et par la révolte collective des masses populaires contre Tasservissement féodal. Un nouveau principe directeur s'est élevé peu à peu en Europe : la science, c'est-à-dire la connaissance des lois du monde matériel et moral au sein duquel nous vivons, lois auxquelles nous devons conformer à la fois le règlement de notre vie privée et le gouvernement des sociétés humaines. Ce principe directeur, proclamé il y a un siècle par la Révolution française au nom de la justice et de la raison, devient chaque jour plus clair et plus puissant : il écarte à la fois les droits divins, empruntés au mysticisme des religions, les prétentions héréditaires des aristocraties anciennes, et les insolentes revendications des ploutocraties contemporaines.

Ce qui fait la force invincible du principe nouveau, c'est qu'il n'invoque d'autre autorité que celle qui résulte de la connaissance approfondie des faits et de leurs lois, révélée par l'observation et par Texpérimentation méthodiques, et poursuivie par le dévouement inépuisable des savants à la vérité. Cette autorité s'impose spontanément à la libre conviction de tous, et par là même à leur volonté. Elle est généralement acceptée chez les nations les plus civilisées ; elle pénètre de plus en plus dans les esprits des classes populaires, dont elle assure l'affranchissement progressif et qui lui fournissent en retour un point d'appui désormais inébranlable, et une force toujours grandissante. Certes, le triomphe de la science est loin d'être complet ; les anciens, principes jouent encore un rôle dominant dans la politique et l'économie sociale de la plupart des Etats : en réalité, les applications des méthodes scientifiques au gouver-

nement des peuples sont àpeine ébauchées. Cependant, ces applications augmentent chaque jour en nombre et en autorité, et sans qu'il soit possible à personne de restreindre maintenant, ni à plus forte raison d'étouffer le développement des vérités scientifiques, comme il l'a été malheureusement plusieurs fois dans le passé. S'il en estainsi, c'est parce que ce développement est devenu la base même de l'organisation industrielle et financière des sociétés modernes. Non seulement la science préside aujourd'hui à la fabrication de tous les produits utiles à la vie: aliments, vêtements, constructions, chauff'age, éclairage, ainsi qu'aux pratiques de l'hygiène et de la médecine ; mais c'est elle qui règle toutes les relations intérieures ou extérieures des peuples et des individus, par la construction et l'entretien des voies de communication, sur terre et sur mer, par l'érection des télégraphes, des téléphones, par les créations de l'imprimerie, de la photographie, des arts céramiques, par les œuvres grandioses des arts mécaniques et de l'Électricité. Je ne veux pas insister ici sur les arts de la guerre, qui sont aussi du domaine de la science.

Mais ce domaine n'est pas restreint à l'ordre matériel ; la science est maintenant une source d'action non moins intarissable dans l'ordre spirituel, pour parler le langage de nos ancêtres. Cet ordre, en effet, n'est plus livré comme autrefois à l'empirisme d'un conservatisme aveugle : les peuples commencent à comprendre que, dans la civilisation moderne, toute utilité sociale doit dériver de la science, parce que la science embrasse le domaine entier de l'esprit humain : domaine intellectuel, moral, politique, artistique, aussi bien que pratique et industriel. Partout intervient la connaissance des lois

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naturelles, régulatrices nécessaires de toute activité. En leur obéissant avec sincérité, en se confiant à elles en toutes choses, on est conduit à la fois à la recherche de l'utile, c'est-à-dire à Tamélioration continue de la condition du plus grand nombre, et à Tamour du bien particulier et universel, qui sont liés ensemble par une corrélation chaque jour plus évidente. C'est ainsi que la science, sans s'arrêter jamais, impose ses voies, par la seule force de la conviction : elle entraîne à la fois l'individu vers l'accroissement et le perfectionnement incessant de toutes ses activités, et les peuples vers cette unité de direction intellectuelle et morale, que l'humanité s'est toujours proposée comme idéal.

Ces vérités sont aujourd'hui reconnues de tous dans Tordre matériel, en attendant qu'elles soient acceptées avec le même empressement dans le monde moral ; leur reconnaissance se manifeste par le développement de l'enseignement populaire chez les peuples qui tiennent a tête de la civilisation. Je n'ignore pas quels efforts l'Allemagne et l'Angleterre ont tentés dans ce sens ; mais je parlerai seulement de là France, que je connais naturellement mieux. Un grand mouvement s'y est produit dans ce sens depuis quelques années, mouvement excité d'abord par l'initiative privée de quelques personnes dévouées au bien public. A Paris, par exemple, il existe plusieurs associations libres, qui ont institué des cours et des conférences d'enseignement scientifique populaire à Tusage des adultes : telle est notamment l'Association philotechnique, que j'ai eu l'honneur de présider pendant l'année 1899-1900. Elle comptait en ce moment six cents cours, auxquels ont assisté onze mille auditeurs des deux sexes, participant à l'enseignement, non seulement par leur présence, mais

par des exercices pratiques et professionnels. D'autres groupements, tels que l'Association polytechnique, la Ligue de l'Enseignement, l'Université populaire, tous créés, entretenus et développés par la bonne volonté des citoyens, poursuivent des œuvres parallèles, et leur ensemble dans Paris a instruit cette année (1900) plus de trente mille auditeurs. Ces œuvres ont été d'ailleurs aidées et encouragées de toutes façons par les municipalités, et elles ont reçu une aide notable du gouvernement, ainsi que d'un certain nombre de corps constitués et d'individualités bienfaisantes.

L'œuvre de l'enseignement scientifique populaire n'existe pas seulement à Paris ; mais elle est poursuivie avec un zèle non moindre dans les principales villes de France.

Cette œuvre belle et féconde est essentiellement pratique ; mais elle n'est pas limitée à une forme purement professionnelle. Elle comprend aussi l'exposé des faits généraux et des lois élémentaires des principales sciences applicables à la pratique. Quoique consacrée surtout aux applications industrielles et commerciales, elle s'étend dans une certaine mesure aux vérités morales économiques, tout en demeurant soigneusement étrangère à toute discussion ou intervention politique.

Le succès de nos associations montre à quel point les classes populaires ont compris la nécessité de compléter leur éducation scientifique, en s'imposant ainsi un travail volontaire, qui vient s'ajouter au travail, journalier de l'ouvrier et du prolétaire. C'est que le peuple a reconnu le profit qu'il pouvait en tirer, tant au point de vue personnel qu au point de vue collectif et national ; aussi bien dans Tordre matériel que dans Tordre

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