COLLÈGE DE FRANCE
Mais c'est dans les cours d'autres professeurs, devenus bientôt mes amis, que j'ai puisé les principes de mon œuvre scientifique personnelle. Les enseignements de Pelouze, qui a précédé au Collège de France Balard, dont j'ai été pendant près de dix ans le préparateur, les leçons plus anciennes de^philosophie chimique de Dumas, les conversations pleines d'un bon sens ironique et parfois arriéré de Biot, celles de mon ami Claude Bernard, qui était alors préparateur de Magendie — j'en passe et des meilleurs — et surtout les exemples et les méthodes de Begnault, alors dans tout l'éclat de sa gloire de physicien, étroit peutêtre en ses vues générales, mais qui a donné des modèles non surpassés de rigueur expérimentale, ont eu la plus grande influence sur mon éducation scientifique.
Voilà comment Renan et moi nous nous sommes formés dans ce grand Laboratoire de l'esprit humain et des méthodes libres de la science laïque ; comment nous avons été conduits à faire effort pour y entrer, à notre heure, et tâcher de rendre à nos successeurs les services que nous avions reçus de nos aînés : continuant ainsi la transmission perpétuelle de l'inextinguible flambeau !
Institué au xvi^ siècle, en opposition avec l'esprit toujours plus ou moins systématique et professionnel
de la Sorbonne et des Universités, le Collège de France n'a pas cessé de conserver le caractère indépendant, si fortement imprimé à ses origines par ses fondateurs. Si ce grand Établissement venait à être affaibli ou absorbé dans l'Université de Paris, comme ont tenté parfois de le faire des personnes imparfaitement renseignées sur les voies multiples et nécessaires de l'évolution de la libre recherche scientifique, en France surtout, mais aussi dans les autres pays civilisés, la culture générale en éprouverait quelque amoindrissement.