POUR L'ARMENIE
A Monsieur ***, Arménien.
Paris, le 5 juin 1894.
Le martyre de votre peuple émeut profondément tous les hommes dévoués au bien de l'humanité et à l'honneur de la civilisation moderne. Rien n'est plus tragique dans l'histoire que la destinée des Arméniens, dont les biens, l'honneur, la vie sont livrés sans fin aux pires violences de brigands, déchaînés par le souverain même qui aurait pour premier devoir de les protéger. Les atrocités commises contre des personnes inoffensives, des vieillards, des femmes, des enfants, et sans cesse réitérées par les Kurdes, avec le concours des régiments Hamidiës et des troupes et gouverneurs turcs, ont soulevé depuis dix ans l'indignation générale. Les réformes promises par le traité de Berlin et garanties par les puissances