FERDINAND BUISSON, HENRY BÉRENGER, VICTOR CHARBONNEL, GUSTAVE TÉRY
Réponse de M. Berthelot, M. Berthelot a répondu à M. Ferdinand Buisson. Paris, 3 janvier 1903.
Mon cher ami.
J'ai lu, avec un vif intérêt, l'appel que vous m'adressez au nom de l'Association Nationale des Libres Penseurs de France, et je suis très sensible à Ja proposition que vous me faites.
PRÉSIDENCE d'honneur. 19
Je n'ai pas besoin de vous dire que je sympathise tout à fait avec les partisans de la Libre Pensée. Les sentiments exprimés dans votre discours du Trocadéro sont les miens. Les déclarations contenues dans l'adresse signée de vous et de nos amis en date du 31 décembre me semblent correspondre aux principes d'une démocratie consciente de ses droits et de ses devoirs.
Pour moi, je ne craindrais pas d'insister sur les mesures à prendre contre toute déviation des idées qui doivent nous inspirer.
La Libre Pensée doit rester la pensée libre.
Il se trouvera, sans doute, parmi nous, quelques esprits disposés à retourner contre les cléricaux le langage de Veuillot, qui nous disait autrefois : « Je réclame de vous la liberté, au nom de vos principes; mais je vous la refuse au nom des miens ».
Il ne faudrait pas que l'Association qui se forme, fût exposée à se laisser entraîner dans ce sens. Les ardents finissent par conduire les autres. Ne nous laissons jamais mener à renier nos principes. Combattons, comme disent vos statuts, tous les dogmatismes et toutes les intolérances, avec la ferme résolution de ne nous prêter jamais ni à un dogmatisme nouveau, ni à une nouvelle intolérance.
Dans cet esprit qui, j'en suis sûr, est celui de l'As-
sociation Nationale des Libres Penseurs, et sans prétendre m'écarter de la modestie qui nous convient à tous, j'accepte la présidence d'honneur qui m'est offerte; trop heureux si mon nom peut être de quelque utilité pour la défense des principes auxquels ma vie entière est consacrée !
Agréez l'assurance de mes sentiments affectueux.