ENTRE L'HOMME ET L'ENFANT
On pourrait faire et Ton a fait des livres rien qu'en rassemblant les injures et les eloges adress^s k la femme par les misogynes et les philogynes. Dans le camp des premiers, nous entendons grincer des dents les vieux anachoretes decharnes, tout affol6s encore des rudes
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assauts que leura livres le demon dela concupiscence, lis ontpour allies les 16gislateurs theocratiques, toujours plus ou moins ascetes, les philosophes, qui, ayant depens6 en syllogismes, en abstractions tout ce qu'ils avaient de seve vitale, considerent naturellement la femme, l'amour et tout ce qui s'ensuit, comme les plus terribles causes de perturbations c6r6brales. Puis viennent quelques poetes satiriques : un Juvenal, que revolte la corruption du bas-empire romain, ou un Boileau-Despreaux, qui, dit-on, avait eu des malheurs dans son enfance. Le camp des philogynes est plus aimable : on y voit la plupart des poetes, surtout ceux qui gemissent des Elegies ou polissent des sonnets. Les romanciers font naturellement chorus ; puis viennent les amoureux, les artistes, en resume toute la gent sensuelle, impressionnable ; enfin un petit groupe d'ecrivains feminins, qui, se jugeant a bon droit superieurs a beaucoup d'hommes, concluent au moins a Tegalit6 des sexes.
Adorateurs et detracteurs ont atteint les limites extremes de Thyperbole. « II est dans la nature du sexe feminin, dit Manou, de chercher a corrompre les hommes (liv. n, verset 213). II ne faut pas demeurer dans un lieu ecart6 avec sa mere, sa soeur ou sa fille; les sens reunis sont bien puissants (liv. u, verset 245). » Saint Augustin, le moins forcene pourtant des Peres de TEglise, ecrit a Laetus, pour le detacher de sa mere, « que dans une femme, quelle qu'elle soit, nous devons toujours craindre de trouver une nouvelle Eve...; que la tendresse maternelle appartient a la ruse et a la fourberie du serpent, etc. » Un quatrain grec bien connu declare la femme petrie de fiel des pieds a la t6te. Elle n'est tolerable, dit-il, que dans deux cas : au lit et dans la tombe. Le verbeux Platon a fait pis encore. Dans ses moelleux dialogues sur Tamour, la femme est chastement et socratiquement supprimee. Ce sont lectures crue les superieurs de seminaires peuvent autoriser sans
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peche. Les amants ont repondu par des madrigaux, ou la femme cesse d'etre femme pour devenir une fleur, un parfum, une aurore, un arc-en-ciel, une brise, un sylphe. Enfin, voici que le debat devient une question sociale. En Am6rique, Elisa Farnham, emule Tie mistress Bloom, pr6che l'avenement de la femme. C'est a elle, 6tre c61este tres voisin du s6raphin et du cherubin, qu'appartient la direction de Thumanite. Ne lui parlez pas de l'homme, sorte d'animal, cousin germain du chien et de l'etalon. — Gependant il est intelligent. — Peut-6tre, mais d'une intelligence si grossiere, si sensuelle, tandis que la femme a une intelligence intuitive, penetrante. Qu'a-t-elle besoin d'apprendre? Elle sait tout, ou plutdt elle devine tout. Que l'homme sue, ahane et travaille ; que pourrait faire de plus ce bipede inferieur, trait d'union entre le gorille et la femme! Le labeur est le lot naturel de cette bSte de somme ; mais le lot de la femme, etre divin, c'est l'amour et le plaisir 4 .
En France, on est moins exalte. Pourtant misogynes et philogynes se prennent souvent aux cheveux ; des meetings gynocratiques s'assemblent. On entend dans Taircomme un frou-frou de bloomerisme.
Perplexe, hesitant, n'osant prendre parti a la legere dans ce grand debat, craignant d'un cote d'offenser la V6rite, notre seule d6esse, craignant d'autre part d'attirer sur nous les coleres feminines, dont Virgile signalait deja ^'implacable violence, nous nous sommes d6cid6, apres miire reflexion, a transporter la question sur le terrain scientifique. Nous avons fouille les anatomistes, les physiologistes, les anthropologistes, comparant l'homme a la femme, d' apres les regies observees. en anthropologic dans l'etude et la classification des diverses races humaines. Voici le resultat de nos recherches ; nous le publions sans trop trembler.
1 H. Dixon, La Nouvelle Amerique, chap. xvn.
Prenons les choses ab ovo, c'est-4-dire des la periode embryologique. Connaltre Tembryologie des races inferieures, c'est \i un des principaux desiderata de Fanthropologie. Les divers types humains se developpent-ils suivant une marche identique ? C'est peu probable; car d6j&, nous lesavons, l'ordre de solidification des sutures cr&niennes dififere chez le negre d' Afrique et FIndo-Europeen. L'examen embryologique pourrait done bien d6celer, entre les foetus europeen et australien, des differences analogues a celles que Ton a signalees entre les foetus simien et caucasique. Ges eomparaisons int6ressantes, que nous ne pouvons encore faire pour les races, nous pouvons heureusement les faire pour les sexes dans la race blanche, et il en ressort quelques pr6cieuses indications.
Au d6but, il n'y a naturellement pas de signes differentiels, puisque tous les citoyens duregne animal commencent par 6tre simplement une cellule microscopique. C'est une loi g6n6rale, a laquelle ob&ssent invertebres et vertebras. Un beau thfeme pour les hom61ies des predicateurs ; car les variations sur F6galit6 devant la mort sont bien rebattues ; au contraire, quels riants et magnifiques developpements fournirait T6galit6 devant la conception, devant Tovulation, etc.; huitre et carpe, lezard et dindon, kangourou et chimpanzS, homme nbgre et homme blanc, savetier et empereur, talapoin et grand lama: tout cela a eu pour origine une cellule ovulaire & peu pr6s identique. Lesdieux eux-m6mes, je dis ceux qui ont daign6 s'incarner dans Tlnde ou ailleurs, ont du passer sous cet humiliant niveau.
Mais cette phase 6galitaire n'a qu'une courte duree chez Fhomme. L'ovule se segmente, se multiplie ; d'autres cellules naissent spontanement dans la gangue
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einbryonnaire ; la colonne vertebrate se dessine ; autour d'elles se groupent les elements anatomiques nouveaunes ; le coeur bat, les membres se modfelent. On avait reconnu d'abord un vertebre, mais l'ebauehe se precise ; c'est maintenant un mammifere, puis un primate, homme ou singe; de sexe point. Notre homme futur (homo) a d'abord un triste aspect ; il est orne d'une longue queue ; il a un cloaque comme Tornithorynque. Puis des glandes apparaissent dans l'abdomen. Sont-ce des ovaires ou des glandes seminipares? On ne le saurait dire. Enfin, vers la cinquieme semaine de la vie intra-uterine, les organes genitaux externes s'ebauchent. lis sont imparfaits encore, mais quel que doive 6tre le sexe futur, la premiere forme a Fapparence feminine. G'est seulement vers la quatorzieme semaine que les contours se precisent, que le sexe s'accuse nettement, que les signes exterieurs evidents de la virilite apparaissent, si le foetus est male.
Horreur ! le sexe feminin resulterait done d'un arrSt de d^veloppement ? — Pasabsolument, missElisaFarnham, mais cette opinion misogynique se peut soutenir avec quelque raison. — Cette Embryologie n'est qu'une insolente. Passons vite a Fage adulte, ou certainement nous pourrons prendre notre revanche. — Soit. Comparons anthropologiquement Thomme et la femme, sans plus de prejuges que s'il s'agissait d'un Papou et d'un Australien.
Pas un os homologue qui soit identiquement pareil chez Thomme et le gorille. Pas un os homologue non plus, qui soit identique chez Thomme blanc et chez le negre d'Afrique. Les differences de dimension etant les plus faciles a apprecier, ce sont celles qui ont ete le plus rigoureusement determinees. Les dimensions relatives des os du bras et de l'avant-bras, par exemple, sont tel-
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lement constantes, qu'elles sont devenues un caractere de race. Le radius n£gre est tres sensiblement et tres constamment plus long que le radius Wane 1 . En effet. le rapport de la longueur du radius il celle de Fhumerus est en moyenne de 73,83 chez FEuropeen m&le, tandis que ee nieme rapport s'elevea 79,43 chezle negre m&le. Or, la meme comparaison faite sur FEuropeenne donne un chiffre intermediaire, 74,02, ce qui est deja inquietant.
Resultat analogue, si Ton compare les clavicules. La clavicule de rhomme blanc 6tant 100, celle de lafemme blanche est 101.62, celle du negre d'Afrique 103,64, celle de la negresse 106,94.
Autre caractere, qui, pour Stre quasi-fossile, n'est pas a dedaigner. II n'est pas besoin d'avoir examine longtemps Fextremite interieure d'un humerus humain pour remarquer a la face posterieure de cette extremite une cavite destinee a loger, quand Favant-bras est etendu, Fextremite du crochet cubital (olecrane). Or, le fond de cette cavite (fosse olecr&nienne), rarement perfore chez Fhomme de nos jours, Fest assez frequemment sur les humerus anciens, antehistoriques, exhumes des tombes de F&ge de la pierre ; il Fest a peu pres constamment chez les singes et chez beaucoup d'autres mammiferes. Cette perforation serait done un signe d'inferiorite anatomique. Mais voila que le D r Pruner- Bey croit pouvoir affirmer que les humerus antiques, ainsi perfores, sont pour la plupart des humerus de femme. D'ou Fon peut inferer qu'a cette epoque recuse la femme etait inferieure a son sauvage compagnon. Mais il y a de cela bien longtemps et les types organises sont muables. Y a-t-il, de nos jours, entre Fhomme et la femme, dans la race blanche, des differences anthropologiques analogues a celles qui distinguent les races superieures des races inferieures ? U etude com-
1 Bull, de la Societe" d'anthropologie, 1867.
MM
paree de la face et d u cr&ne dans les deux sexes peut seule permettre de repondre a cette question.
Occupons-nous vite du plus important, c'est-a-dire du poids cerebral dans les deux sexes, puisque tout le monde aujourd'hui reconnait le cerveau comme Torgane de rintelligence. Or, si nous consultons a ce sujet tous les anthropologistes et anatomistes modernes : Parchappe, Huschke, Sappey, Wagner, Broca, Welcker, Boyd, etc., ils nous r6pondront, avec une unanimite lamentable, que le cerveau feminin est inferieur en poids au cerveau masculin d'environ un dixieme *. — mais la femme est plus petite que l'homme. — On en a tenu compte. Selon Parchappe, qui a elucide ce point, le cerveau feminin est plus petit que le cerveau masculin, meme en tenant compte des differences de stature. En eifet, le rapport des tailles serait 0,927; celui des poids cer6braux 0,909 seulement; difference plus importante qu'elle n'en a Fair, car on a constate que le volume du cerveau decroit beaucoup moins vite que la taille et est proportionnellement plus grand chez les gens de petite stature. Tout cela est assez triste pour les gynophiles; ajoutons, pour les consoler un peu, que ces differences s'observent surtout a la periode moyenne de la vie, de trente a quarante ans. Aux periodes extremes, quand Thomme n'a pas encore atteint la plenitude de son developpement, ou quand il s'achemine plus ou moins vite vers la vieillesse et la mort, Fecart est moins grand.
Allons-nous maintenant nous rattraper sur la forme, car le poids n'est pas tout. Les diverses regions cerebrales n'ont pas la m^me dignite, et, a poids egaux, un cerveau richement developpe dans la region frontale est bien superieur a un cerveau epanoui, surtout dans les regions postgrieure et laterale. Mais a ce point de
1 Selon Wagner, le cerveau de l'homme pese l/&\: celui do la femme, 1,272, k trente ans. Selon Welcker, le cerveau d'homme pese 1,450; celui de la femme, 1,300.
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vue rinferiorit6 f&ninime, bien loin de s'attenuer, s'aggrave considerablement, et le D r Huschke, apres avoir rigoureusement determine les surfaces relatives des diverses regions crftniennes, nous apprend que, chez la femme europeenne, comme chez le n^gre, les regions cr&niennes lat£rale et posterieure ont une superficie plus grande que les mSmes regions chez l'homme Wane, d'ou Thonorable D r Pruner-Bey a intr6pidement d6duit la conclusion suivonte : la femme europeenne est a TEuropeen ce que le negre est au m6me Europeen.
Appelons encore un autre temoin. On n'en saurait trop entendre dans un proces de cette importance. Le voici : e'est le D r H. Welcker, un homme qui n'est pas leger, si Ton en juge par son style. Le D r Welcker a minutieusement compart les cranes masculin et femi- | nin dans la race allemande, et ses conclusions generales sont : que le cr&ne feminin est plus petit que le masculin, qu'il est plus 6troit et plus bas absolument et relativemeut, qu'en outre la reduction porte sur la region frontale; car Tos formant la paroi cr&nienne posterieure, cet os, que les anatomistes appellent os occipital et qu'un Ronsard appellerait aujourd'hui chez nos contemporaines l'os porte-chignon, a une longueur sensiblement la meme dans les deux sexes. En outre (et ceci est bien grave), l'occipital n'a pas la m6me direction dans les deux sexes. Chez la femme, il se dirige plus horizontalement en arriere, ce qui est un caract&re cr&niologique enfantin. Enfin, apr6s avoir constate (ce qui fait definitivement triompher les misogynes) que la femme est plus prognathe que Thomme, le Dr Welcker conclut que le crane de Thomme et celui de la femme different entre eux autant que les cranes de races diverses; que le cr&ne feminin n'est jamais une reduction simple du cr^ne masculin ; qu'enfin par la forme, les dimensions relatives, les courbures, les mesures angulaires, le crdne fiminin se place inva-
elui de ten-
lie generate, tions. II est rerse, helas!
ppelaient les ure; nous y n d'h6redite.
i de conceplaborateurs, ps et l'autre ivenons a la t plus qu'un nent qui fait 5 femmes ne ictere d'infSm t cette ter- >ureusement
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1 Ajoutons que, par la disposition plus simple des circonvolutions cerebrates, la femme, en general, se rapproche encore des races humaines interieures. (D r Richet. Structure des Circonvolu^ tions cerebrates. These d'agregation.)
tinguees, celles qui font l'honneur de leur sexe et meritent Tadmi ration de Fautre. G'est ordinairement dans le champ de la literature et des beaux-arts que poussent les lauriers qu'elles cueillent. Gomptez les femmes ayant cree quelque chose dans les sciences et dans la philosophic II en est, mais combien rares! (x6neralement elles refletent bien plus qu'ellesne creent. La plu part sont tellement asservies par leur impressionnabilit6 sensitive et morale, qu'elles ne trouvent guere le temps de penser.
Gertains anatomistes leur ont attribu6 des nerfs plus gros, une moelle epiniere plus volumineuse (encore un raractere d'inferiorite). Ce n'est pas suflisamment demontre, mais cela concorderait bien avec Facuit6 de leurs sensations, avec leurs goMs habituels. Quel amour du clinquant, des cailloux qui brillent, des couleurs qui crient, des plumes, des panaches, des rubans, des parfums, de la musique, de la soie, du velours, des robes qui trainent trop ou pas assez!
J'ose k peine continuer. Tous les voyageurs, en Afrique, ont remarque, chez le negre, une frenetique ardeur a la danse. On le voit, lui paresseux par nature, sauter ou plutot bondir, des heures entieres, au son d'une musique epileptique, jusqu'au moment ou il tombe harasse, demi mort de fatigue. Et ce D r Pruner-Bey qui compare TEuropeenne au negre... Lecteur, 6tesvous jamais alle au bal a Paris?
Mais arrStons-nous. Aussi bien j'ai peur d'en avoir dfyk trop dit. II y aurait pourtant a examiner bien des questions subsidiaires; par exemple, s'il est desirable que la distance entre les deux sexes diminue, et je declare en passant que je le crois *; si une education plus virile, plus scientifique, un mariage plus tardif pourraient amener ce rSsultat, ce qui est vraisemblable; car
1 C'est le contraire qui est arrive jusqu'ici. Plus une race se civilise, et plus le volume cranien de Vhomme Temporte sur celui de la femme. (G. Lebon, Variations du volume du cerveau, etc.)
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les differences craniennesdans les deux sexes sont beaucoup moins accentuees peuWtre dans les campagnes que dans les villes; enfin, au point de vue de Futilite sociale, nous pourrions nous demander si des ^tres inegaux doivent ou non jouir des mSmes droits civils et politiques; mais c'est la une question si grave, qu'on ne la saurait traiter au pied lev6.
Restons-en la; et puisse cet article ne point nous faire devouer aux dieux infernaux. Qne Ton daigne tenir compte de Finnocence de nos intentions. A tout hasard, nous affirmons qu'en ecrivant ce qui precede, nous n'avons voulu faire aucune allusion blessante ou satirique, a ce point que pas m6me un instant nous n'avons song6 & madame X. Cela, nous le jurons par Minerve aux yeux glauques.
L'horarae est le complement des ceuvres de Dieu, et, apres l'avoir fait comme son chefd'oeuvre, il demeure en repos.
Bossuet.
L'etre de fantaisie decrit sous 1' etiquette « homme » dans les traites de psychologie pure est de plus en plus malade. A la place de ce personnage de pure convention, modele par les psychologues d'apres la m^thode intuitive, et dans le cerveau ou plutot, pour parler leur langue, dans Tame duquel ils avaient plante comme une vegetation necessaire, les idees innees de l'infini, du beau absolu, du bon absolu, etc., nous ne voyons plus guereaujourd'hui, gr^tce aux progrSs de Tanthropologie, a Fetude scientifique des races humaines, qu'un mammifere primate, plus perfectible et plus intelligent que les especes voisines (je parle de la generalite), mais leur etant en tout parfaitement* comparable.
Pour se penetrer de cette v6rite, il suffit d'etudier moralement le negre d'Afrique, le premier est le plus intelligent des noirs. Pour cela,nous nous contenterons de grouper les observations faites a ce sujet par sir Samuel White Baker, un de ces intrepides voyiageurs, qui sont Thonneur de la race anglo-saxonne. M. Baker a eu
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occasion d'obsever toutes les peuplades noires, riveraines du Nil Blanc, jusqu'au grand lac Albert N'yanza, dont ce fleuve est le d6versoir, et grace a sa relation, on peut facilement decrire les instincts, les tendances du negre d'Afrique, et mesurer la portee de son intelligence *.
B&iigne Bossuet, si vous aviez lu ce livre et quelques autres analogues, vous n'auriez certainemnnt pas ecrit, en parlant de rhomme : « Les savants et les ignorants, s'ils ne sont tout a fait stupides, sont egalement saisis d'admiration en le voyant. » Et cependant, grand Benigne, il y avait de votre temps, m6me a la cour, quelques personnages bien propres a vous guerir de votre admiration chronique, si elle n'eut 6te tout a fait incurable. Mais ecoutons Baker, qui nous en apprend plus sur rhomme que toutes les puerilites de la psychologie sorbonnienne.
II est bien incontestable que rhomme, meme le plus intelligent, a en commun, avec tous les autres mammiferes, bipedes et quadrupedes, un bon nombre d'appetits purement nutritifs, aussi n6cessaires que peu releves. Ce cote humiliant de la vie humaine, la psychologie pure Toublie generalement, et cependant jusqu'a ce jour aucun psychologue n'a pu vivre d'entites qu'd la condition d'echanger ces produits imponderables contre des aliments honteusement grossiers. Mais il est non moins certain que rhomme, individuellement ou collectivement consider^, est d'autant plus inferieur qu'il est plus durement asservi aux besoins nutritifs, et que si ces besoins emplissent, accaparent toute Texistence, comme chez le negre d'Autralie, rhomme se
1 Becouverte de V Albert N'yanza, etc., par Sir Samuel White Baker.
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nipproche £normement du singe, du chien, etc., et s'ecarte dans une m£nie proportion des quelques glorieuses individualites qui font la gloire des races superieures. Bien entendu, nous n'entendons pas parler ici des grands homines porte-panaches, quelque fameux soient-ils, mais des hommes comme Newton, Bacon et quelques autres, dont la forte intelligence a penetre plus ou moins loin dans Finconnu de Tunivers ou codifle la pens£e scientifique.
Eh bien ! force est de reconnaitre que, chez le n£gre d'Afrique, abandonn6 & lui-meme et vivant selon sa nature, ^impulsion dominante part moins souvent du cerveau que de l'abdomen.
An milieu des rudes et nombreuses perip£ties de son exploration, sir S. Baker a dtipresque toujours mesurer le d^vouement des negres de son escorte au poids des aliments qu'il pouvait leur fournir. Le depecement d'un bceuf provoquait un acces de fid61it6 et de reconnaissance qui durait a peu pr6s autant que la digestion. MSmes besoins dominants chez la plupart des tribus rencontr£es par Baker. II en a vu devorer avidement une hure de sanglier putrtfiee, en se contentant de chasser k coups de Mton appliques sur le frontal les myriades d'asticots qui grouillaient dans ce morceau exquis. Aussi la capture d'un gros animal, d'un elephant, par exemple, provoque des transports d'allegresse; on se gorge de viande, surtout de graisse, qui est i\ la fois une friandise estimee et un cosm6tique pr6cieux.
Certaines peuplades cannibales ont pour la graisse humaine une passion irresistible, dont le fait suivant, raconte a Baker par un tSmoin oculaire, peut seul donner une idee. 11 avait 6t6 commis k Gondokoro, par une troupe de Makkarikas venus a ce comptoir comme porteurs d'ivoire :
« Une des esclaves femelles, ayant essay6 de s'echapper, son proprietaire lui tira un coup de fusil qui Tat-
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teignit dans le cote. Elle tomba blessee. Elle etait fort grasse et de sa blessure partait une grande quantite de graisse jaun&tre. Les Makkarikas ne Font pas plutot vue dans cet 6tat qu'ils se precipitent sur elle en foule, arrachant par poignees, de sa blessure, cette graisse palpitante de vie et se disputant cette horrible proie. D'autres la tuent a coups de lance et se la partagent, en lui coupant la tete et lui depegant le corps avec leurs armes, dont ils se servent comme de couteaux, en faisant des sections longitudinales apartir de rentre-jambes, le long de repine dorsale jusqu'au cou.
« Beaucoupde femmes esclaves et d'enfants, temoins de la scene, prennent la fuite et se refugient parmi les arbres. Les Makkarikas leur font la chasse et, arrachant les enfants de leur abri entre les branches, ils en tuent plusieurs : bient&t un festin gigantesque en resulte pour la troupe. »
II va de soi que, pour des gens pourvus d'une telle « ame », l'ivrognerie est un plaisir tres appreci6, m6me des rois ; aussi ces pasteurs des peuples, quand ils ont bien trompe, maltrait£, pressure leurs noirs sujets, aiment a chasser les soucis du pouvoir a Faide d'une espece de bi^re enivrante fabriqu6e dans le pays.
II faut pourtant 6tre juste pour le noir d'Afrique. Manger, boire et s'enivrer ne constituent pas la gamme tout entiere de ses plaisirs, et en cela il est bien sup6rieur a son frere d'Australie. Chez TAfricain, quand messire Gaster est convenablement distendu, quand on s'est, comme chez les Obbos , rinc6 proprement la bouche avec son urine, d'autres instincts, d'autres d^sirs s'eveillent, presque aussi puissants que les besoins nutritifs. (Test, entre autres, le desir de laparure, des ornements bariol^s. Tout ce qui brille, tout ce qui est peint
ou teint de vives couleurs, a, pour un vrai fils d'Afrique, un irresistible attrait. Les dames de la tribu des Shirs ont reduit le vStenient a sa plus simple expression. Tout leur habillement se compose d'une corde ceignant les reins et supportant en avant une espece de tablier de cuir grand comme la main et en arrifere une queue aussi en cuir, dont on ne peut malheureusement se servir pour chasser les mouches et qui a donn6 lieu a la fable anthropologique des hommes a queue, des Niams-Niams. Mais ces beautes si peu vGtues n'oublient pas de se charger les jambes de gros anneaux de fer poli, superposes en aussi grand nombre que possible; et dont Teclat et le cliquetis rejouissent a la fois Toeil et l'oreille.
Les Latoukiens m&les, une des tribus les plus civilisees et les plus intelligentes, s'en tiennent a la nudit6 la plus absolue, sans m§me ce noble vetement d'honneur natif, que Milton prSte a l'Adam biblique dans le paradis terrestre. Mais un de leurs princes, a qui Baker avait fait present d'un mouchoir en cotonnade rouge, en fut ravi d'aise et s'en servit immediatement pour orner ses fesses augustes. c< Ce n'etait pas la d6cence qui le poussait, mais il le plia de mantere k en faire un triangle, puis se l'attacha autour de la ceinture, de sorte que le bout pftt pendre exactement derriere lui. II passa une bonne demi-heure a se parer de la sorte, puis il partit avec ses gens, faisant tous ses efforts pour se tourner et admirer a son aise sa nouvelle parure. » Dans cette tribu des Latoukiens, les morceaux d'un tube thermometrique bris6 f urent consideres comme des objets de grand prix, des ornements tres recherches et destines a orner la bouche des dames du lieu, qui se font, & cet effet, percer de bonne heure la levre inf6rieure. Tout le monde sait que, dans certaines contrees de FEurope, des femmes parfaitement blanches traitent leurs oreilles comme ces noires beautes traitent leurs levres, et dans un but analogue.
Cet amour du clinquant, de la parure, du plaisir sen-
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sitif est le premier echelon que gravit l'homme pour s'elever au-dessus de la brute, et coincide toujours avec . un certain gout pour le plus universel des arts, pour la musique et pour la danse, qui Faccompagne d'ordinaire. Chez les Obbos, le vieux roi Katchiba, prince et faiseur de pluie, etait musicien, chanteur et po£te. II pingait agreablement du rababa, espece de harpe formee d'une base creuse, ajustee a un manche de bois qui s'eleve perpendiculairement, et auquel sont attachees huit cordes. En m6me temps, il chantait des melodies expressives. Parfois ilsepromenaitaccompagne, comme autrefois le consul Duilius, a Rome, d'un joueur de clarinette et meme d'un tambour.
Chez les Latoukas, les funerailles sont toujours Toecasion, quel que soit le rang du decede, de danses generales, auxquelles les princes et princesses mGme prennent part.
Dans d'autres tribus, toute victoire convenablement assaisonnee de meurtre et de pillage sur une peuplade voisine, est celebr6e par des chants, des danses, une ivrognerie generate, qui se renouvellent toutes les nuits. Ces peuples grossiers n'ont point encore imagine le Te Deum europeen.
Toutes les fois que chez Thomme un groupe d'instincts, de desirs, de besoins, vegete trop fort, il en resulte necessairement que les autres aptitudes sont faibles et atrophiees. Le negre africain n^chappe pas a cette loi generale. Son organisation est avant tout bestiale et sensuelle, par consequent les facultes morales et intellectuelles, que nos professeurs de psychologie aiment a considerer comme Tapanage brillant et necessaire de Thomme, sont chez lui debiles ou absentes.
D'apres le t^moignage de sir Baker, renouvele en vingt endroits de sa relation, le negre n'a guere de res-
pect que pour la force brutale, s'y soumettant docilement quand il est le plus faible, en abusant sans scrupule s'il est le plus fort. Son intrepidite, sa forfanterie loin du p6ril ne sont egalees que par sa poltronnerie, sa pusillanimite au moment du danger. II n'hesite pas a abandonner un ami, un compagnon, k la mort, afin de mettre en suret6 sa peau noire. Une troupe de foudres de guerre, le dos pare de peaux de leopards, le front diaboliquement orne de cornes d'antilopes, et qui avait ete donnee a notre voyageur comme escorte, est mise en une deroute complete par la detonation d'un coup de fusil.
Les negres condamnent l'esclavage, uniquement quand ils le supportent. Toujours prSts d'ailleurs a s'allier aux Turcs chasseurs d'esclaves pour piller et capturer leurs voisins. Devenus esclaves eux-mSmes, ils pourchassent leurs compagnons avec delices.
Parfaitement etrangers a toute id6e de devouement et de reconnaissance, ils oublient presents et bienfaits des qu'ils en ont profite. Ne pouvant comprendre le motif qui pousse certains peuples de l'Europe k vouloir abolir ]e commerce des esclaves, ils attribuent ces efforts a l'admiration, qu'eprouvent les blancs pour une race aussi importante, aussi remarquable que la race afri-
caine.
Les sentiments aflfectueux, les liens de famille sont naturellement Ws faibles. Un negrillon de douze ans apporta a sir Baker un formidable fouet d'hippopotame avec priere de Femployer a corriger son pere, qui s'opposait a son depart.
Un chef de la tribu des Nouers portait au poignet un bracelet orne de pointes de fer. « A mes questions, dit Baker, touchant Tutilite de ce bracelet, il repondit en me montrant le dos et les bras de sa femme couverts de cicatrices. Ces pauvres noirs sont des gens fort aimables, comme disent les negrophiles anglais, et mon chef ctait tout fier d'avoir dechire la peau de sa femme
ETHN0GRAPH1E GENERALE. 303
comme une bete feroce. » Du reste, partout chez les Africains du Nil Blanc, la femm^ est une chose venale, une b&te de somme servant a porter les fardeaux, a broyer le grain entre deux pierres, a procreer des petits. Chez les Latoukiens, une belle fille, bien musclee et sans tare, vaut juste dix vaches. En temps de guerre, d'invasion, on abandonne volontiers les femmes pour defendre aussi bravement que possible le troupeau, qui peut servir a acheter plus tard une famille neuve. Le capitaine Speke 1 fait une amusante peinture de la colere d'un pere negre dont la fille, seduite illegalement, etait grosse. Ge n'etait pas qu'il considerat le moins du monde son honneur comme terni, mais il songeait avec douleur au notable dechet qu'une aussi grave avarie allait faire subir a sa progeniture sur le marche conjugal.
^intelligence n'est pas plus developpee chez les negres d'Afrique que la moralite. Le grand roi Kamrasi ne peut compter jusqu'a vingt-quatre qu'en rangeant devant lui des brins de paille. Au-dela d'un vague souvenir de son grand-pere, il ne sait rien de Thistoire de son pays. Ailleurs, les riverains du lac Albert N'yanza neconnaissent absolument rien des peuples qui habitent la rive opposee. Les Latoukiens voulant attaquer nuitamment Baker, son escorte et une troupe de Turcs marchands d'esclaves, font resonner pendant des heures entieres leur nogara, ou grand tambour de guerre, puis renoncent a Tattaque, tout etonnes de voir sur leurs gardes des gens qu'ils ont pris soin de reveiller.
D'apres Tesquisse qui precede on peut facilement deviner quel est Tetat social de ces peuples-enfants, car en Afrique, tout comme ailleurs, les lois, les moeurs, les institutions, sont necessairement et rigoureusement en rapport avec le degre du developpement moral et intellectuel.
1 Les Sources du Nil.
Que Tetat social soit l'expression exacte des besoins et des penchants dominants, cest une v6rite trop vraie pour 6tre contestee, et d ailleurs on en trouve la preuve a chacune des pages de l'histoire. Mais ces besoins, ces penchants eux-m&nes, aussi bien que le degre de developpement cerebral auquel ils sont etroitement lies, dependent, pour une large part, du milieu au sein duquel la race vit et se developpe. Si la bataille pour vivre est trop rude, si elle absorbe toutes les forces de Thomme, alors les aptitudes, les facultes de luxe, les penchants moraux et intellectuels, meme les penchants sensitifs, brilleront par leur absence. Que si, au contraire, la nature ambiante est trop prodigue, le ciel trop bleu, la temperature trop douce, le sol trop fertile ou la chasse trop facile, l'homme acquiert rapidement et sans peine un certain developpement individuel et social, mais un developpement borne ; il n'est plus fortifie par la gymnastique de la lutte et se laisse alors captiver completement par les plaisirs sensuels. Ges diverses phases sociales se peuvent observer chez les riverains du Nil Blanc.
Nous trouvons d'abord la bestiale tribu des Kytches, campes dans de vastes marais periodiquement noyespar les eaux du fleuve. Mourir de faim est la regie chez ces pauvres gens. Plus decharnes qu'un tout petit creve parisien, ils passent leurs journees a creuser le sol humide pour chasser les taupes, ou bien a lancer dans le fleuve des harpons a Tadresse des poissons. Selon Baker, ces harpons seraient lances au hasard. La nuit, ils se groupent autour d'un grand feu, se blotissant dans la fumee pour echapper aux moustiques. Que le Nil deborde, alors ils se perchent sur les hautes constructions des fourmis blanches, qui ont parfois dix pieds de
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haut, car ils paraissent incapables de se construire un abri quelconque.
Ges malheureux sont a peine agreges en tribus, en troupeaux plutdt. Ils obeissent au plus fort, comme les quelques bestiauxqu'ils&event obeissent au taureau le plus robuste etle mieux encorne, sur lequel, d'ailleurs, les naturels se reposent absolument du soin de guider et de protSger le reste du betail. M6me ils ont Thabitude d'adresser chaque matin & ce roi de troupeau une petite allocution, comme a ufi camarade, pourl'exhorter a la vigilance. Chez eux, comme partout en Afrique, la polygamie est en vigueur, mais avec cette particularity bestiale, que le fils ain6 herite des prerogatives conjugates de son pere, devenu trop vieux. Pure affaire d'economie.
Plus au sud, de vastes regions fertiles et bois6es sont habitees par une race d'hommes plus intelligente, plus vigoureuse aussi, groupee en nombreuses tribus classees a la mode feodale. On est toujours nu ou a peu pres, mais c'est qu'il fait tres chaud, c'est aussi que les idees de decence et de pudeur sont encore a naitre. Uindustrie est plus avanc6e. On sait se Mtir des huttes bien construites, parquetees en bouse de vache bien polie, des pares ou etables pour de nombreux troupeaux, qui sont la grande ressource. On cultive aussi le millet, d'ou Ton sait extraire une biere enivrante, le pomte. On aime la danse, la musique, m6me la musique instrumental . Les huttes sont groupees en villages palissades, divises en rues. Ges huttes sont invariablement circulaires et a toit conique ; et, chose curieuse, cette forme circulaire se retrouve toujours en Afrique, depuis le pays de Hottentots jusqu'au Nil. Livingstone rapporte, qu'il ne put jamais determiner les negres de T Afrique centrale a construire une hutte carree. Que
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les peres uourriciers du regne humain viennent apres cela reprocher aux abeilles de ne jamais changer la forme hexagonale de leurs alveoles !
Les importantes tribus des Obbos et des Latoukas, sur lesquelles Baker donne de nombreux details , occupen t les regions dont nous parlons. La forme gouvernementale et chez eux le despotisme pur et simple. Ghaque village a son petit despote, obeissant ordinairement a un despote plus fort. L'un des chefs de second ordre alia un jour demander a sir Baker le petit service suivant : « Pretez-moi done, dit-il, vos hommes et vos fusils. L'un de mes villages, est infecte d'un liberalisme dangereux (p. 164). Je tuerai quelques-uns de ces droles: cela leur fera du bien. Et puis, en outre, ils ont beaucoup de betailetde molotes (houes en fer). Vous garderez le betail, et moi les molotes. Vous ne voulez pas ? vous avez peur ? Bien: je dirai aux Turcs de m'aider. » Neanmoins, Baker represente les Latoukas comme beaux, francs et braves, ayant meme une certaine probity. Pendant une excursion de sir Baker, Gommoro, roi des Latoukas, veilla honnetement et attentivement sur M me Baker et sur les bagages des voyageurs.
Une importante fraction de la tribune voisine des Obbos obeissait a un prince tres debonnaire, dont le pouvoir avait pour fondement solide, non pas le droit du plus fort, non pas le droit divin, mais Futility publique. Les Obbos sont peu superstitieux et meme peu religieux (les deux termes sont parfois synonymes) ; mais ils croient qu'en sifflantdans une come d'antilope convenablement preparee, on peut provoquer de bienfaisantes ondee de pluie. Or, leur monarque passait pour le premier faiseur de pluie du pays, et de plus il savait guerir par des charmes les maladies de ses sujets. Aussi, etait-il g^neralement respecte et genereusement pourvu, par son peuple, de vaches, de filles et Aepombd. II coulait done doucement ses jours, faisant le bonheur de ses sujets et cultivant tour a tour les belles, la biere
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et les beaux-arts. Pour mieux assurer son empire, il avait eu 1'heureuse id6e de se creer une famille dans chacun de ses villages, dont la vice-royaute se trouvait, par la, confiee naturellement a ses fils (ce patriarche avait cent seize enfants). Heureux Katchiba, vrai pere de ses sujets, qu'il visitait frequemment, porte sur les larges epaules d'un vassal, tandis que derriere lui, une jeune Hebebien potelee, a lapeau luisante, noire comme la Nuit, nue comme la main, portait sur Tepaule une jarre pleine de biere destinee a desalterer son seigneur !
Mais en ce bas monde le bonheur parfait est une chimere, et de temps k autre de facheux conflits entre le pays et la couronne viennent, dans cet beureux royaume, troubler la paix publique: « Comment,. disent les mutins, ne t'avons-nous par donne le mois dernier dix belles filles grasses et dix vaches, qui n'etait pas maigres, sans compter d'innombrables jarres depombd et d'autres menus presents ? et cependant le soleil cuit nos moissons, nos bananiers souffrent, nos troupeaux patissent, notre millet seche sur pied ! Roi, tu trahis ton mandat ; tu t'engraisses de la sueur du peuple. Vite a ton sifflet, et donne-nous de la pluie. »
« Impertinentes brutes, replique gracieusement le monarque, vos vaches avaient le typhus et vos filles etaient si decharnees, que toutes mes provisions de bouche ont a peine suffi pour les rendre dignes de moi. Qa 9 que Ton m'amene promptement des ch^vres, des vaches ; que Ton m'apporte du ble, des ignames, du vin de bananes, dont mon royal glosier est altere. Sinon, palsembleu, plus une goutte d'eau ne tombera dans Fempire; je ferme pour longtemps les 6cluses du ciel, et vous donnerai ensuite des orages a pertetuite. » Heureusement il pleut sou vent dans TObbo. Tout finit generalement par s'arranger sans convulsions sociales, et il y a lieu d'esperer que, la Providence aidant, Katchiba TAvise fera longtemps le bonheur de son peuple et le sien propre, par contre-coup.
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