‹ Science et materialismChapitre 30 sur 36 · Les procedures du grand juge H. Boguet , de · texte numérisé non relu

Les procedures du grand juge H. Boguet , de

Sainct-Claude.

Mais la rare sapience, le zele vrayment catholique du tres estimable H. Boguet reluyra especialement et avecque encore plus de splendide esclat aux yeux de ceulx, qui, curieux de bonnes lectures, estudieront soingneusement les pieces des procedures suyvies par luy, et lesquelles, par faveur rare, nous pouvons mettre icy en lumiere telles qu'elles ont este extraictes et collationnees emmy les archives municipales de Sainct- Claude par un s<?avant docteur tres expert es dechiffrement des grimoires anticques et generalement de tous escripts chirographicques. Nous le nommerons cyapres. Adonc lisez, bonnes gens.

Procedure suivie a Sainct-Claude (Jura) contre Claude Jancattin, dit Jattoz, du four de Plane, et contre Clauda Jancattin, sa fille, veuve de Claude Commoy, dit Gros Jean, de Chaumont, et contre plusieurs autres complices accuses de sorcellerie. Annies 1607 et 1608. Henry Boguet, juge d 'instruction.

4 aoiit 1607. Henry Boguet, docteur es droits, grand juge de la terre Sainct-Ouyan de Joux, savoir faisons que ce jourd'huy, quatriesme jour du mois d'aoust, Tan mil six cent et sept, ayant eu advertissement que le dimanche, vingt neuviesme jour du mois de juillet dernier, Jehanne Gros dit Patier, de Myjoux, possedee, et quelques autres demoniacquess'etoient jettessur Clauda Jancattin, fille de Claude Jancattin, dit Jattoz, et Tavoir, ladicte Jehanne, battue, et que par aprfes ladicte Clauda confessoit plusieurs actes de sortileges.

Nous avons faict venir en presence de nous , Claude Meusnier, procureur de ladicte terre, y appele pour scribe Jacques Michalet, greffier en la grant judicature, icelle Clauda, pour savoir d'elle la verite. Nous Tavons

faict conduire en la conciergerie dudict Sainct-Ouyan ou, aprfes avoir recu le serment d'elle, en tel cas requis, nous Favons interrogee, comme s'ensuit.

Interrogee. De ses noms, surnom, &ge, qualite, origine.

Respond, qu'elle se nomme Clauda, fille de Claude Jancattin, diet Jattoz, du four de Plane, veufve de feu (JUaude Comoy, diet Gros-Jean de Chaumont, Sgee d'environ soixante-six ou soixante-sept ans.

Interrogee. Par quelle occasion elle 6toit en ladicte conciergerie et par qui elle y a este reduicte.

Respond. Qu'elle y a este reduicte par la grace de Dieu et par Fauctorite de la justice, et que, peut-£tre, ses pesches en sont cause.

Interrogee. Quels pesches elle a commis.

Respond. Qu'elle ne s^ait avoir commis aultre pesche si non celuy duquel elle a este accusee par les demoniacques , et que son pere Fa menee vers la grange du Sr. deMayson, Tres-Bayard.

Interrogee. Combien de fois elle a este vers la dicte grange.

Respond. Qu'il Fa menee par deux fois vers la dicte grange.

Interrogee. Pourquoy son pire Fa men6e vers la dicte grange.

Respond. Qu'il luy disoit qu'elle allait avec luy et qu'il n'y auroit pas piti6 en elle.

Interrogee. En quel lieu il Fa men6e.

Respond. Qu'il la mena en Tres-Bayard vers la grange de Mons. de May son.

Interrogee. Quoi il la menoit faire vers la dicte grange.

Respond. Qu'il la menoit pour la donner au Mauvais et pour la perdre, mais qu'elle est retournee devers Dieu.

Interrogee. Comment* estoit le Mauvais.

Respond. Qu'il estoit moictie personne, moicti6 beste,

mais qu'elle ne luy vit aucuns bras, et qu'il se mit a rire, et luy voulut donner de l'argent, mais qu'elle n'a point voulu.

Interrogee. En quel lieu elle trouva le diet Mauvais.

Respond. Qu elle le trouva entre la fontaine Sainton yan et la dicte grange.

Interrogee. Quoy le Mauyais luy diet.

Respond. Qu'il luy diet qu'elle se donnast a luy et que, sur les poursuites qu'il luy fit, elle se donna a luL

Interrogee. Si Tors il la fit renoncer quelque chose.

Respond. Que oui , et qu'il la fit renoncer a Dieu , mais que ce fut seullement de bouche qu'elle le renon<?a et non de coeur. Dit et adjouste, que le Demon luy voulu donner certain papier et cedule, mais qu'elle ne le voulut.

Interrogee. Quel papier celuy dont elle entend parler.

Respond. Que e'estoit un papier, mais qu'elle ne scait s'il estoit escript ou non. Et, par apres, sollicitee, a dit que le dit papier estoit une cedule , qui contenoit qu'elle renon^oit a Dieu et au bapteme, mais qu'elle y renonga seulement de bouche et non de coeur.

Interrogee. Qui escrivit ce papier.

Respond. Qu'elle ne scait et que le dit Mauvais n'avoit pas de bras, ains seullement des jambes de bestes. Et depuis a diet que ce ne pouvoit estre que le malin.

Interrogee. Qu'est devenu le diet papier.

Respond. Qu'il est demeur6 en la grange susdicte et que, quand elle iroit en personne, elle ne le pourroitpas trouver.

Interrogee. Si le diet Mauvais la congnut charnellement.

Respond, aprds longue poursuite, que s'il la congnut ca este les deux fois qu'elle a este en ce pais-la.

Interrogee. Si le diet Mauvais

412 SCIENCE ET MATfoUALISME.

Xota. — I^e proces-verbal de Interrogation relate en <*ettuy point diverses particularites estranges et diabolieques, que nous ne cuydons pas debvoir publier. En teste epoque benie, alors que la vraye innocence hantoit les coeurs, Ton avait aceoutum6 de parler tout a trac et de piequer gentiment les vrayes etiquettes dessus les choses; ains en nostre temps corrompu on cele des gouffres sulphureux d'iniquite dessoubs le masque farde d'un languaige hypocrite.

Les leeteurs curieux de ce trouveront sans peine les diets details, dessus lesquels nous passons oultre, dedans le livre de H. Boguet (Ch. xi, xn, xni) et presentement poursuyvons.

Interrogte. Ce que Ton faisoit vers la dicte grange.

Respond. Qu'il y avoit une clarete de feu et que Ton y dansoit; mais que quant a elle elle n'y dansoit.

Intenrogte de rechief. Ce que Pon faisoit vers la dicte grange.

Resjxmd. Qu'elle n'y a pas mang6 de la viande, et neanmoins qu'il luy sembloit, quand elle estoit retournee en son lit, qu'elle y avoit mang6 des oeufs et de la chair.

Interrogte de rechief. Quoy Ton faisoit au diet lieu.

Respond. Que Pon alloit baiser.

Inlerrogte. Qui Pon alloit baiser.

Respond. Que Pon alloit baiser cette mauvaise beste, qui Pa voulu gaigner, mais qu'elle a toujours resiste.

Interrogte. En quel lieu Pon alloit baiser.

Respond... (Trop naifvement pour nostre siecle.)

Interrogte. Que Pon faisoit en oultre, lorsque Pon Palloit baiser.

Respond. Quelle ne s<?ait si Pon oflfroit des chandelles.

Interrog6e. De quelle couleur estoient les chandelles.

Respond. Qu'elle croit qu'elles estoient de couleur

bleue et non pas de semblable couleur a celle des nostres.

Interrogte. De quelle forme estoit le demon.

Respond. Q'il estoit moitie homme moiti6 beste, et a adjoust6 de nouveau, que le Mauvais vouloit qu'elle se donnast k luy. Et Ton y dansoit un bransle, comme Ton fait a Caresme entrant, et que tout le monde estoit masque, les uns avec des coiffes noires, les autres avec des blanches, qui estoient fourrees soubs la bouche et le menton.

Interrogte. Si la chandelle qu'elle portoit estoit bien grosse.

Respond. Qu'elle estoit mince comme une plume avec laquelle Ton escript et que le Mauvois la leur bailloit.

Interrogte. En quel lieu elle le baisa.

Respond... (Tousjours avecque une naifvete trop estrange.)

Interrogte. Avec quelle verge Ton battoit l'eau.

Respond. Qu'elle ne l'a vue battre. Et a l'instant a adjoust6, que Ton battoit avec une verge blanche et toutefois qu'elle ne l'avoit vue battre, mais bien que tous ceuxqui assistoient au diet lieu tenaient des verges.

Interrog6e. Combien de fois elle a este au diet lieu.

Respond. Qu'elle y a este par deux fois et que Nostre-Seigneur l'a gardee d'y aller par la troisieme.

Interrogte. Au quel temps elle y a est6.

Respond. Qu'elle y fut la premiere fois avant la Feste-Dieu.

Interrogte. Qui elle recognut au dictsabbat.

Respond. Qu'ils etoient plusieurs personnes, mais qu'elle n'y a recognu, si non son pere et la marchande avec son oeil.

Interrogte. Qui elle y a encore recognu.

Respond. Qu'elle y a recognu la Monstreuil nominee Francoise et sa fille, parce qu'elle y a recognu la

444 SCIENCE ET matSrialisme.

dicte Monstreuil par le moien de sa ditte fille qui ne cloche pas ; et qu'elle se regrettoit d6jj3t, comme elle respondit d'etre au diet lieu.

Interrogde. Si les susnomm£s out danse, offert des. chandelles au diable.

Respond. Que oui.

Interrogte. S'ils estoient beaucoup de demons au diet lieu.

Respond. Qu'ils estoient deux. Et par apres a diet qu'il y avoit autant de demons qu'il y avoit de femmes si elles n'y avoient leurs maris.

Interrogde. Quoi faisoient les diets demons avec les dietes femmes.

Respond. Qu'ils causoient, se mettoient a quarre et se voltilloient.

Interrogte. Comment s'appeloit son d6mon.

Respond. Qu'elle ne scait s'il s appelait Francois.

Interrogte. Comment estoit son diet demon.

Respond. Que, pour la premiere fois, il estoit moicti6 personne moictte beste, et avoit les yeux ^ardents comme une chandelle. Et que, pour la seconde fois, il estoit comme un mouton.

Cy finit la prime interrogation de Clauda Jancattin.

EXTRAICTS COLLIGSs EMMY LES PROCfcS-VERBAUX DES SUBSEQUENTS INTERROGATOIRES.

6° Ou la dicte Clauda Jancattin signale son p&re Claude Jancattin 9 sorcier, aag£ de cent ans.

Et depuis, le sixiesme jour du diet mois et en la dicte Clauda Jancatin a est6 d'abondance ouye en response, comme s'ensuit :

Interrogte. Combien de fois elle a est6 a la synagogue.

Respond. Qu'elle y a este deux fois.

Interrogte. En quel lieu elle y a este.

Respond. Qu'elle y a este vers la grange Blanchod, en la maison en Tres-Bayard.

Interrogte. Par qui elle a este menee a la dicte synagogue.

Respond. Qu'elle ne se doubte de personne, sinon de son pere.

Interrogte. En quel temps elle a este en la dicte synagogue.

Respond. Qu'elle y a este pour la premiere fois sur la fin du mois de mai, et la seconde fois le jeudy devant la Feste-Dieu.

Interrogte. Gomme elle alia en la dicte synagogue.

Respond. Qu'elle ne scait, si ce n'est que les maladicts, que son pere lui a donnes, en sont cause et adjousta, que son diet p6re ayant donne une certaine malediction a un fils d'elle nomme Claude, son diet fils devint incontinent boyteux d'une jambe.

Nota. II conste d'apres une gerbe de faits colliges par methode esperimentale, que les sorciers s<?avent bien endommaiger en bien des fassons par paroles simples, voire souventefois par souffle et par ainsy soudainement occire ou bailler maladie ou nouer aiguillettes. Ce est ainsy, que nous trouvons davantage dans Hom6re, que Circe changea par paroles les compaignons d'Ulysse en pourceaux.

7 e Ou le diet vieil sorcier Claude Jancattin est confondu en confrontation par un enfant sorcier, la nommtie Guillauma Vuillermoz, aag6e d'environ sept ans, et d'aultre part sa fille Clauda.

Henry Boguet, docteur 6s-droit, grand juge en la terre St-Ouyan de Joux, savoir faisons, que ce jour d'huy, huictiesme du mois d'Aoust de Tan mil six cents et sept, ayant este adverty, que Claude Jancattin, diet Jattoz du Four du Plane, sur ce que le jour d'huy

s'estant rencontre au devant de quelques femmes et lilies possedees, les dictes possGdees s'estoient jectees sur luy ; au mo'ien de quoy il venoit desja & quelques confessions, nous avons faict venir icelluy Jattoz en un lieu appele « au pre de Porci6, » et nous avons recongnu que desja il commencoit de confesser. Et, en oultre, pour ce que cy devant il a este accus6 par Glauda Jancattin sa fille, detenue prisonniere en la conciergerie de ce lieu, nous l'avons faict conduire a la dicte conciergerie et interroge, comme s'ensuit, apres avoir pris serment en tel cas requis.

Interrogt. De ses noms, surnom, aage, qualite, lieu de son origine.

Respond. Qu'il se nomme Claude Jancattin, diet Jattoz, tils de feu Claude Jancattin, du Four de Plane, laboureur, aage d'environ cent ans.

Intemogt. S'il a oncques este en la synagogue.

Respond. Qu'il n'y a point este, s'il n'y a est6 en esprit; et luy fut advis qu'il y dansoit.

Interrogi. S'il y avoit beaucoup de femmes.

Respond. Qu'il n'estoient femmes, a ce qu'il luy semble, que Clauda sa fille; et qu'il luy est advis qu'il la vit.

Interrogd. De quelle couleur estoit le feu.

Respond. Qu'il luy etoit advis que e'estoit une chandelle.

Intewogi. Si Ton demeura longtemps a danser.

Respond. Que non, et que tout aussitot les darises furent pass6es.

Interrogt. Si Ton demeura longtemps a baiser.

Respond. Qu'il ne Ta oncques baise et ne l'a jamais veu.

Interrogti. Qui est celuy qu'il diet n'avoir baise ni veu.

Respond. Que e'est le diable, qu'il a diet n'avoir jamais veu en face. Et a Finstant a adjouste, qu'il ne Tavoit jamais veu, sinon par une ruelle ou mur, mais

qu'il se signa aussitost et le diet diable disparut.

Interrogti. S'il y a longtemps qu'il le vit en la dicte ruelle.

Respond. Qu'il y a un an a ces moissons.

Interrogt. En quel lieu ce fut.

Respond. Que ce fut sur les champs de Bienne.

Inlerrogd. Qui estoit avec luy.

Respond. Qu'il estoit seul.

Interrogti. En quel temps il fut en la dicte synagogue.

Respond. Que ce fut Pan passe, lorsque Ton moissonnoit.

Interrogd. Comment firent les aultres, lorsqu'ils baiserent.

Respond. Qu'il n'en s^ait nouvelle, et, comme il estoit le premier, il ne SQait ce qui advint.

Interrogt. Si Ton y mangeoit.

Respond. Qu'il n'y mangea rien et n'y vit manger les aultres; et que tout aussitost que il fut passe, il se trouva en sa chambre ou il demeure aux Molins ; ou estant, il diet a la dicte Clauda, qu'il luy etoit advis que son esperit avoit est6 en la synagogue, et qu'il y avoit danse. Par quoy la dicte Clauda luy diet, que e'estoit un fol et que pour son trop parler il s'empeschoit de dormir.

Interrog6. Si le diable, qui estoit en la dicte ruelle, parla a luy.

Respond. Que non, et qu'il ne le vit jamais en face, mais bien que la dicte ruelle vint au deans de luy en contre le ciel.

Interrogt. Si la dicte ruelle estoit noire ou blanche.

Respond. Qu'elle estoit noire.

Interrogt. S'il mena la dicte Clauda avec luy. Respond. Que non, et qu'il ne la vist sinon lorsqu'il fut en la dicte synagogue .

448 SCIENCE ET MATKRIALISME.

Interrogi. Pourquoy il ne congnut les aultres.

Respond. Qu'il ne scait et que en passant il s'enfuit.

Interrog4. S'il a oncques sollicitS la dicte Clauda d'aller en la dicte synagogue.

Respond. Que non.

Sur ce, nous avons faict venir une jeune flllenpmmee Guillauma Vuillermoz, aagee d'environ sept ans, laquelle nous avoit diet, qu'elle avoit este portee par sa mere en la synagogue, riere Tres-Bayard et y avoit veu le diet Jattoz. Ge que elle luy a encores maintenu en nostre presence. Diet qu'elle Pavoit veu danser en la dicte synagogue, et qu'il menoit sa fille; et que apres les danses ils tirent les tours a Pentour de bas, et a en oultre adjouste, que le diet Jattoz n'estoit masque comme les aultres.

A quoy a repondu le diet Jattoz, qu'il n'avoit oncques veu la dicte Guillauma en la dicte synagogue, et que seullement il Pavoit veue devant la maison du sieur Ohambrier de Pabbaye de ce lieu, et qu'il n'avoit oncques est6 en icelle synagogue en corps, ains seullement on esperit, selon qu'il nous a diet cy devant.

Ayant toujours la dicte Guillauma diet, qu'elle Pavoit veu une fois en la dicte synagogue, et ce fut lors qu'elle y fut portee par sa dicte mere, et qu'elle Pavoit veu en la mesme forme que presentement il est. Et a de plus, la dicte Guillauma, diet, sur ce interrogee, qu'il n'y avoit femme qu'elle avoir veu le diet Jattoz en la dicte synagogue, et qu'elle n'y avoit passe que deux jours, lors qu'il son pere alia fener.

Subreciptement, nous avons faict venir la dicte Clauda Jancattin en absence du diet Claude son pere; laquelle, sur interrogatoire k elle faict, a diet, que, quelque temps apres Paque, elle entra en dispute avec son diet pere au regard de certaines chevres, qu'il avait vendues, et qu'il tenoit pour luy; diet qu'elle s'en repentiroit ; et que, des lors et mesmes des le dernier jeudy du mois de

May, elle a est6 par deux fois au sabbat Tres-Bayard vers la grange du Sr de Mayson.

Interrog6. Si son pere l'y a menee.

Respond. Que oui, et la voulut faire perdre et quand k Fasme et quant au corps. Et diet qu'elle ne s<?ait, si son pere la engross6e.

Apres ce, nous avons faict rentrer le diet Jattoz, auquel la dicte Clauda a maintenue, qu'il l'avoit men6e par deux fois au sabbat, au lieu sus-mentionn6,et que,l'orsque il y alloit, il faisoit sa barbe de mousse. Et a adjousts qu'elle n'eut jamais bonne opinion de luy, depuis qu'il maudict le diet Claude fils de la dicte Clauda, et que sur ee iceluy* Claude fut malade en une jambe, et que le diet Jattoz avoit diet a la dicte Clauda, qu'il avoit veu je ne sgais quoy es-champs de Bienne.

Ay ant le diet Jattoz respondu, qu'il n'avoit oncques est6 en corps en la dicte synagogue, ains seullement en esperit, et lors qu'il y dansa avec la dicte Clauda, et qu'il y avoit est6 deux fois sans avoit fait sa barbe de mousse et par apres a diet, qu'il museroit pour s<?a~ voir s'il y avoit este en corps.

Luy ayant au contre la dicte Clauda, maintenue qu'il l'avoit menee par deux fois en la dicte synagogue, l'exhortant plusieurs fois de se recongnoistre pour le salut de son asme et de crier mercy a Dieu.

Interrogi le diet Jattoz de nouveau. S'il a baise le Mauvais.

Respond. Que non; mais bien qu'il Fa veu en figure.

Interrogd. Comment estoit la dicte figure.

Respond. Qu'elle estoit noire et qu'elle avoit une queue, et avoit le devant comme un gros chapon.

8° Aultres extraicts.

Et le neuviesme d'aoust, de rechef interrogS, le diet Claude Jattoz a faict semblant et s'est efforce de pleurer,

sans n6antmoins verser aulcunes larmes : Et a diet, que le Mauvais ne lui avoit oncques faict renoncer Dieu, cresme et baptesme.

Sur ce, nous avons faict venir la dicte Clauda, laquelle a maintenu au diet Jattoz, son pere, qu'il l'avoit men6e par deux fois en la dicte synagogue, riere Tres- Bayard, voir la maison de M. de Mayson.

Ayant la dicte Clauda replique, qu'il l'avoit menee par iceluy jour en la dicte synagogue, et qu'elle avoit ouy dire, qu'il y avait voulu semblablement mener le diet Claude, fils d'elle : exhortant son diet p&re a se recongnoistre et lui disant, que s'il avoit dit la vSrite, il verseroit des larmes aussy grosses qu'elle.

Et le lendemain la dicte Clauda a este confrontee avec la marchande Francoise Perrotain, que elle avoit declare avoir recongnu au sabbat a ses jambes tortues et a son oeil.

Et, comme la dicte marchande a diet, qu'elle n'avoit oncques este en la dicte synagogue et qu'elle n'estoit de ces femmes.

La dicte Clauda a respondu, au contraire, que la dicte marchande avoit dans6 comme elle et les aultres en la dicte synagogue : disant a icelle marchande, qu'elle se alloit recongnoistre et retourner vers Dieu.

Et la dicte Clauda a diet, qu'il falloit qu'elles prins-: sent en patience, et que St Barthelemy avoit bien este escorche avec un coulteau de bois. Et adjouste, parlant a la dicte marchande, qu'elle veut dire la verite, ensuite de la confession qu'elle avoit faite a Thenon et ne devoit craindre le faire. Et diet, de plus, la dicte Clauda, que le feu de ce monde n'est que Fombrage de

Taultre Sur quoy la dicte marchande a use de

tels mots : Ah ! Friande ! tu te feras brusler aussi bien que moy.

9° Sentence contre Claude et Clauda Jancattin

diets Jattoz.

La suy vante piece ne ayant point est6 a nous communique par le tres sgavant docteur A. Chereau,lequel a collationn6 les precedentes, nous ne la pouvons en tons points garantir, ce neantmoins la forme en est louable, tres correcte et le style fort religieux :

Le saint nom de Dieu avant tout invoqutf.

En la cause pendante par devant nous, etc., et a nous renvoyee pour la decision dlcelle par Monsieur le grand juge en la terre de St-Ouyan; pour le procureur de la dicte terre impetrant et demandeur contre Glauda et Claude Jancattin diets Jattoz.

Pour les diets d6fendeurs s'estre donnSs au diable.

Item avoir renonce Dieu, cresme et baptesme.

Item avoir este au sabbat et assemble des sorciers au lieu diet Tres Bayard et illec avoir danse, mange, baise le diable au derriere, s'estre aydes avec aultres, leurs complices, a faire la gresle, en battant l'eau avec des verges.

Item. Pour tous deux estre communement tenus et reputes sorciers et Vauldoix par ceux, qui ont congnoissance d'iceulx.

Item. Pour ledit Claude Jattoz avoir jete des maladiets a Claude, fils de Clauda, sa fille, et avoir icelle menee au sabbat a seule fin de la perdre quant a 1'asme.

Item. Pour ladicte Clauda s'estre prostituee et avoir eu congnoissance charnelle de son propre aveu par deux fois, a tout le moins, avec le diable,

Vues les pieces du proces, etc.

Avons condamne et condamnons conjoin tement le diet Claude Jattoz et la dicte Clauda Jattoz sa fille, deffendeurs,a estre cejourd'hui conduicts par le maistre executeur de la haulte justice jusques au lieu du gibet ou signe patibulaire du diet St-Ouyan, et illec par le-

diet ex6cuteur estre Strangles tellement que mort naturelle s'ensuive (mort naturelle vraysemblablement pour les d6moniaques) et apres leurs corps estre brusles et rMuicts en cendres. Les condamnons en oultre conjointement et solidairement aux fraiset mise de justice.

10° Dan % enikres lamentations, lesquelles s'adressent unicquement aux bonnes asmes.

Ce est seullement aprfcs des cogitations autant abstruses que longues, que nous avons remis en lumifere, pour Pusaige de tous gens de bien et dSvoues k Pecclise de mftme que 4 la bonne morale, les faicts et gestes du tant religieux et preude homme H. Boguet. En ce nous euydons avoir pay6 un debvoir, sans neantmoins nous former des imaginations phantastiques relatifvement a la fin finale des abominations ex6crables, desquelles en cettuy temps odieux nous sommes maulgr6 nous temoins.

En ce jour d'huy les d^moniacques sont logics, comme simples fols,es maisons de Charenton et aultres pareils lieux pour estre la bien pans6s et, par mocquerie indigne, traictes par l'eau froide, au lieu et place des canonicques flammes, ou, selon la jussion de toutes loix divines et humaines, des innumSrables decisions des peres et docteurs, de tant d'ecclesiasticques anathesmes on les debvrait cuire tout vifs.

Bien plus,maulgre les querimonies et pieuses imprecations de tant de doctes prelats, d'une part, et, d'aultre part, de tant d'aucteurs catholiques, lesquels darreniers

espeeialement a seule fin de mettre a neant Timpiete et les impyes, en soustenant esravement le Createur, font devaller sans treve aulcune la boue des preudes injures dessus le chef hideux des mescreants, pyrrhoniens, Spicuriens, atheistes et toutes aultres pestes pareilles, ce nSantmoins, dis-je, aucun de ces dessus diets monstres et supposts de Lucifer ne est plus oneques ars, voire simplement et doulcement estrangle.

Aussy ne y a-t-il plus gueres de relligion, et ce jour d'huy mesme (chose horrifique avoir!) en la maistresse cite de la Gaule, laquelle contree estoit aultrefois, ainsi que nul n'ignore, la fille aisnee de Tecclise et une perle au front de la chrStiente, en un endroit de la cite de Paris denomme d'apr&s le nom d'une paienne deite le camp de Mars, sont colliges en tas mauldicts engins de luxe, d'epicureisme, de soy disant science, lesquels sont purement serviteurs et pourvoyeurs des sept peches capitaux, antennes, tentacules et palpes artificielles, imaginees a la suggestion du Malin, par Thomme pervers, a seule fin de mieux communier avecque la matiere en suppleant a la foiblesse des cinq sens de nature 1 .

En ce jour d'huy la cendre, le jeusne, la haire sont en oubly ; les cilices herissonnes de poinctes ferrees ne aornent plus gueres les reins sacr6s mesme des evesques et pasteurs du troupeau catholicque, ains un chacun se vautre a la maniere porcine dedans la fange des materielles voluptes, un chacun se rue aux coulpables jouissances de mesme que boucquins enfiebvrSs de rut. Les hSreticques bravent sans crainte aulcune les ecclSsiasticques decrets et, abomination epouvantable a voir et a ouyr, de mauldicts paiens circoncis font en l'honneur d' Allah, lequel n'est aultre que le diable, leurs execrables ablutions dedans les ondes Sequanaises.

1 Get article fut publie pendant Fexposition universelle de 1867. Les pieces, qui y sont citees sont authentiques, sauf la derniere.

454 SCIENCE ET MATERIAUSME.

(\e n£antmoins taschons encore de ramentevoir le vray remede, la salutaire potion capable de nous donner guarison pour tant de males iniquites.

11° Apologue trds precieux et conclusion finale.

Ores, amy lecteur, gravistes vous d'aulcune fois en ahanant une Alpe neigeuse ? Plus haut que les bois d'arbres a faisnes, plus haut encor que les sylvestres pins, jusques & ceste zone de pasturages estoiles de fleurs, laquelle au dessus des bois, mais an dessous des glaciers craquelds et des neiges, ceint la belle Alpe de mesme que une ceinture de Venus. Ha ! ce est la une region, laquelle rem£more a l'asme le celeste paradis oft fust croquee la pomme fatale. Ravissants pourpris de verdure florale et embaumee, ruisselets adamantins devallant en susurrant avecque doulce musique, aer tant vif et pur et net, pareillement a une conscience de sainct, et tant souef k respirer, clochettes des troupeaux tintinnulant en sons argentins, ce pendant que le berger fluste un virelai champestre, plaisant a ouyr. Dessoubs vos pieds, fleuves endormis paroissant rubans d'argent, grands lacs stillant la lumiere splendide comme miroirs, hameaux petits apparemment comme jouets d'enfants. En amont, dessus vostre chef la grande voulte coeruleenne, que bastit d'une parole Farchitecte de nostre univers et que s'en vont quasi crever les cimes rocheuses, portant amas de glaces vitrees, espaisses perruques de neige, ayant visage desole et ensemble superbe de mesme que une asine qui a perdu la foy.

Cependant que, tout estomire et esbaudi a la veue de ce beau visage de la nature, vous vous espandez en actions de graaces et cantiques, vecy que une arondelle, nageant toute folastre dedans le limpide aer, s'en va affleurer de son aisle tant mignonne le sommet neigeux ; chiquenaude empennee, laquelle ne sgauroit rougirtant seullement la joue dun enfantelet a la mamelle, mais forte assez pour detacher flocons de neige ayant volume

POLliMIQUE. 455

moindre que une noisette. Les dessus diets flocons divalent, premierement fort doulcement, bientost plus vite et toujours grossissant. Tout a Fheure ce estoit une grosseur de noisette, ce est tout aussi tost une grosseur de gourde, puis en moins de neant une roulante colline, entraisnant quant et soy pierres et blocs rocheux, guastant tout dessus son passage, abismant le berger, lequel s'en va parachever son virelay dedans les enfers, deracinant les pins centenaires, lesquels tombent en criant, et bientost, plus fougueuse que un coursier de Numidie, s'abattant en avalanche homicide dessus les hameaux de la vallee pour engloutir tout, et la caduque vieillesse et la jeunesse fleurie, et le juste aussi bien que l'injuste; car, quand la dextre de nostre grand Dieu courrouce poise yengeresse dessus les humains, elle broye tout sans nulle distinction, quitte par apr6s la divinite a recebvoir dedans son paradis Pinnocent, duquel la faulx Plutonienne a dechire, paravant le terme, la cedule du bail de ceste vie mortelle.

Chretiens, mes freres, qui lisez cecy, que ceste comparison vous illumine. I/avalanche, si chetifve en son principe, et en sa fin tellement espouvantable, ce est Fheresie, ce est toute cogitation coulpable, ce est Timmonde peche philosophique. Adonc, mes freres, faut occire Tarondelle de bonne heure, faut brusler la playe chancreuse selon les sages et saincts conseils de l'ecclise. Se doit coucher Thereticque et aussy l'impye dessus un bon lict de fagots flambant. Tout au plus pourroit-on, au lieu et place des fagots, user de charbon mineral, a seule fin de bien montrer, que Ton concede quelque chose au maulvais esprit de soy disant progres de cet aage de fer.

Mais, dictes vous possible, tant de buschers allumes au divin flambeau de la foy, tant d'herGticques et d'ath&stes estripes, selon le voeu de nos peres, par le bourreau n'ont pas este suffisants pour navrer et meurtrir Fhydre impye; vaut doncques mieulx laisser sans

entraves aulcunes le penser et le parler, d'autant que la vraye v6rit6 de mesme que un diamant est dure a la dent de l'impye.

Que ce languaige exhale une puanteur d'h&resie ! Ge sont li arguments fallacieux, suscit6s par le malin. Se doit, sans nul doubte, venerer moult la liberte du penser et du parler, mais a ceste condition sine quA nan que penser et parler seront conformes auxsainctes Ecritures. Sans cela que seroit-ce aultre que Pabomination de la desolation. Que si nos peres ont echoue, ce a este non par s6verit6 excessive, ains par trop de clSmence. Faut occire Tarondelle. Cuydez-le.

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