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PHYSIOLOGIE DE L'AMOUR

Pour ne pas trop deraisonner sur un sujet aussi epineux, il faut de toute n6cessite, negligeant les poetes, les mystiques, les platoniciens, se cantonner d'abord scrupuleusement dans Tobservation biologique, ne pas oublier, que, pour Stre le plus intelligent des animaux terrestres, Thomme ne differe pas essentiellement des autres citoyens du regne animal. Or, Tanalogie d'organisation entraine necessairement Tanalogie des besoms, des desirs, des sentiments, des passions, etc. ; aussi pour eclairer, ou plutot pour crSer la psychologie humaine, il est besoin d'abord de faire de la psychologie compare, en la reliant Stroitement a la physiologie, dont elle n'est qu'une branche. Chez Thomme, a cause de la complexity, de la variability, de Tintrication des ph&iomenes moraux et intellectuels, Tanalyse psycho-

logique est extrSmement difficile; mais prenons un fait moral ou intellectuel important et etudions-le dans la serie animale, aussitdt tout se simplifie. Le feuillage touffu, luxuriant, qui nous cachait les rameaux de Tarbre psychologique, disparalt; le syst&me de ramification lui-mSme devient de plus en plus rudimentaire, et sans peine nous d6gageons ce qui est accessoire de ce qui -est primordial. C'est ce que nous allons tenter de faire pour la tres inttressante question qui nous occupe, en jetant un rapide coup d'oeil sur la fonction de reproduction, de g6n§ration, dans la s6rie animale, depuis les ohalnons les plus humbles jusqu'au chalnon humain, de Palpha a Tom6ga.

Tous les 6tres organises se reproduisent, mais tous ne sont point amoureux. En effet, qui dit amour dit impression sentie, d6sir conscient; or, tout ce que nous savons en histoire naturelle, tout ce que nous savons en physiologie, nous autorise k affirmer que la condition anatomique d'un systeme nerveux est indispensable k la sensation, a la vie de conscience. Les amours des planetes n'ont pas d'existence en dehors d'une certaine mythologie fouri6riste. Les astres s'attirent, il ne s'aimentpasplusque Taimant,en dSpit de son nom, n'aime Taiguille aimantee. Chassons encore du domaine de Tamour tout le rfegne v6g6tal, malgr6 les reveries trop de fois imprimfees sur les pretendues amours des plantes. Les plantes se reproduisent : elles n'aiment point, car elles sont incapables de sentir et de desirer.

Le Cupidon hell&iique n'a rien k faire non plus chez ces etres infimes, log6s au rez-de-chauss6e du r^gne animal, chez la monade, la vorticelle, et mSme chez le polype a bras et chez beaucoup de radios, ou le systeme nerveux est absent, problematique ou rudimentaire. Ces Stres se multiplient souvent par bourgeonnement ou scissiparite; parfois, comme chez les polypes, une sorte d'ovulation s'associe k la reproduction par bour- € onnement, mais tout cela est veg6tatif et inconscient.

Plus haut dans la s6rie, nous trouvons le premier degre de specialisation generatrice. Voici bien des organes m&les et des organes femelles, seulement ils sont portes par le mSme individu, qui est androgyne et se suffit a lui-m6me (hultre). Nous pouvons accorder k ces androgynes inf6rieursune conscience plus ou moins vague du besoin reproducteur, mais d'amour point. II est d'ailleurs des androgynes mieux doues, superieurs aussi par Torganisation generale. Ceux-ci se f6condent reciproquement, jouant alternativement ou simultanement le role masculin et le rdle f6minin. Telles sont, par exemple, la plupart des hirudinees (sangsues). Chez certains androgynes, Faccouplement, la ftcondation r6ciproque seraient facultatifs seulement, si Ton en croit Baer, qui a trouv6, chez un Lymnceus auricularis, le penis engage dans Fovicanal de l'animal.

Chez les androgynes qui s'accouplent, les conditions primordiales de Tamour sont remplies, puisqu'il y a separation des sexes, besoin de la generation, d6sir de satisfaire ce besoin et necessity pour 1'assouvir, d'employer a la recherche d'un autre individu les facult6s extrSmement rudimentaires dont Tanimal est dou6. Besoin genital et contre-coup de ce besoin sur les centres nerveux, telle est, en effet, la formule psychologique de Tamour, du Lymnceus auricularis a Yhomo sapiens. Naturellement, la part intellectuelle est d'autant plus grande que les centres nerveux sont plus parfaits; mais du simple accouplement chez les animaux inf6rieurs a Tamour-passion de l'homme intelligent des races superieures, la transition est assez gradu6e.

II est d'abord une condition generale commune & tous les animaux sans exception, c'est que la phase amoureuse de leur existence carrespond au plein epanouissement de Tindividu : c'est la floraison animale, assez comparable en cela a la floraison vegetale, consacree aussi a la reproduction.

Chez beaucoup d'insectes, la duree de cette floraison

amoureuse est relativement trfes courte. Certains, comme le hanneton, vivent plusieurs ann6es dans cet etat quasi-embryonnaire, qu'on appelle 6tat de larve chez les insectes, et qui, k de rares exceptions prfes, est incompatible avec la faculty generatrice. Puis les organes, lesailes, d'abord rudimentaires et cach6es sous le tegument de la nymphe, se dSveloppent en faisant 6clater leur enveloppe ; Tinsecte parfait s'envole, s'accouple plus ou moins promptement et meurt apres avoir pourvu a sa descendance. Cette brievete de la p6riode amoureuse est surtout frappante chez l'ephSmere, qui, apres avoir v6cu et log6 un an ou deux, a T6tat de larve sans ailes, puis]de nymphe, pourvue d'ailes rudimentaires, dans les galeries, des trous creus6s dans les berges des fleuves, sort comme d'un fourreau de son tegument, qui se fend dans la region du thorax, s'envole, tournoie dans Tair avec une vertigineuse rapidite, aime, s'accouple et meurt, le tout en une ou deux heures, aprfcs avoir assure par une ponte de plusieurs centaines d'oeufs, la conservation de son esp6ce.

Ge besoin amoureux est tellement imp6rieux, chez les insectes, que Swammerdam a pu voir un papillon s'accoupler avec une femelle morte. L'accouplement, chez les insectes, a presque toujours lieu le jour, surtout quand un soleil Sclatant grise Tanimal et surexcite la fonction genesique. II a lieu habituellement quand la femelle est posee, pourtant Fabeille m&le, et plus g6n§ralement le male de beaucoup de dipt&res, emporte sa femelle dans les airs et s'accouple k de grandes hauteurs.

A Tenorme et rapide depense vitale, qui a prelude et preside chez les insectes a Tunion amoureuse, succ^de une depression non moins excessive, et bientot la mort, mort si prompte parfois chez le m&le qu'il succombe avant de s'Stre separe de sa femelle, et alors celle-ci porte quelque temps sur son dos le cadavre de son

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amant (abeilles) 4 . C'est la realisation du rSve hyperbolique de certains amants humains, « mourir dans un baiser ». L'accouplement est si bien Facte terminal de la vie pour beaucoup d'insectes m&les, que, chez certains, le penis se rompt et reste engage dans Fappareil femelle. Huber a constate chez les abeilles ce fait etrange, qui a aussi 6t6 observ6 chez les coleopteres et les 16pidopteres*. Mais la femelle, qui generalement ne s'accouple qu'une fois, survit assez pour effectuer la ponte.

Certaines esp&ces d'insectes, les fourmis et les abeilles, par exemple, chez qui Finstinct social, fils de Famour, est arrive a maitriser son pere, ont subordonn6 a Felevage des jeunes toute Forganisation de leur republique. Le plus souvent, une seule femelle, qui pond successivement des centaines, des milliers d'ceufs (la femelle termite pondrait 80,000 ceufs en vingt-quatre heures), est chargee de fournir des citoyens a la republique. Les m&les, une fois leur besogne accomplie, s'envolent, sont expulses ou mis a mort. La communaute est composee principalement d'ouvriers laborieux, dedaignant les plaisirs de Famour et ayant fait un vceu de chastete, dont Fobservance leur est facile, car ce sont habituellement des femelles, parfois des m&les, dont les organes reproducteurs n'ont pris qu'un developpement rudimentaire. Done point de lutte icientre le besoin et le devoir. Exemple instructif, qui profitera peut-etre un jour aux talapoins, aux mounis d'Asie, et memes aux moines d'Europe.

HMons-nous d'arriver aFembranchement, qui a Fhonneur de compter Fhomme parmi ses especes, a Fembranchement des vertebres.

L'intime liaison des faits cerebraux, des desirs amoureux avec certaines modifications physiologiques des

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