I. Que le présent siècle est corrominfy comme charongne
Pour seur l'antechrist est né ! Pour seur la fin de cettuy bas monde est prochaine ! Gela appert avec la plus lumineuse évidence des choses impies et des prodiges de tout point horrifiques, qui esclatent quotidiennement à nos yeulx, tant à la surface de ceste terre que dedans le vaste pavillon des cieulx.
Tantosi ce est la crouste terrestre, qui trépide et se trémousse dessous les pieds des coulpables humains, tantost ce sont les fleuves et rivières, qui, au lieu de s'en aller perdre doulcement, en hyménée, dedans le vaste sein du fleuve Océan, leur père, sortent tout enragés des licts profunds, creusés à eulx par la main de la divine Providence' et s'espandent furieux et rabiconds par les champs et les cités, détruisant les moissons plaisantes et noyant les benoits laboureurs. Tantost, prodige en tout plus omineux et espouvantable encore ! les rayantes estoiles, fichées comme clouz par Dieu à la concavité de la voulte cristalline du solide firmament, se descrochent et tombent sur ceste terre, abisme odieux et puant de vices tant énormes.
Ne fault croire avec un mécréant astrologue de cettuy temps pervers, c[ue ce sont là simples et naturels phénomènes, simples esclats d'astres virevoltant dedans
\Si SCIENCE ET :SIA.TÉRIALISME.
les espaces etliéréenset obéissant,comine varlets dociles, aux lois prétendues d'une certaine force universelle dicte gravitation. Ce sont là opinions estranges, damnables et hérétiques. Xe conste-t-il pas. en efîect, selon les sacrés livres, source et fontaine limpides de tout vray et bon sçavoir, que cettuy monde terrestre, sur lequel nous rampons, comme vermisseaux méprisables, est enclos de mesme que un fromaige par dessous la cloche vitrée du firmament, lequel de son dos bombé supporte et supportera jusques au jour de l'ultime jugement la masse gravide des mugissantes ondes, divinement triées, lors de la création, des ondes marines et de l'élément aride, ainsi que le dict sans ambages l;i Genèse de Moise.
Mais la véridique signification de ces choses estranges a esté apertement, quoique vainement aperçeue, il ne y a guères long temps de ce, par un prélat inclyte es sciences sacrées*. Ce sont là horribles préludes, vindicatifs monitoires, signes et prodomes encore légiers de l'ire céleste.
Mais quoy ! Nous sommes debvenus, en cettuy siècle lamentable, sourds et aveugles comme busches. Adonc ce est bien de nous misérables que il est convenable de dire avecque les paroles de l'auteur payen :
Quos vult portière Jupiter dementat,
entendant au lieu et place de Jupiter le vray et unique Dieu.
2. Que les temps anciens étalent moult préférables et la liaison.
Les choses ne se passoient point de cette sorte aultrefois, alors seulement c[ue les très pieux fils de Catherine de Médicis glorieusement resplendissoient dessous les lys du thrône de France. C'est que aussi, en cettuy
' Mgr Diipanloup, Athéisme et péril social.
temps béni, faisoit-on bonne et canonicque chasse aux exécrables suppôts de Béelzébuth, c'est à sçavoir aux hérétiques huguenots, desquels on escarbouilloit les cervelles caséeuses à bons coups de bonnes arquebuses, c'est <à sçavoir par dessus tout aux possédés, démoniacques, sorciers, loups garons, vray venin de Satanas, que il suscite méchamment en cettuy monde pour la régénération de la macule originelle et la perdition de nostre humaine espèce.
Voire encor du temps du bon roi Henry, quatriesme de nom, maulgré que le dessus dit prince aye esté véhémentement soubçonné de damnables accointances avecque l'hérésie, de quoy le chastia le coulteau de Ravaillac, ce néantmoins alors la saincte église, en ce soustenue par le bras séculier, vifvement pourchassoit les grands haineux de Dieu, et l'on vengeoit pieusement le sainct nom de nostre Saulveur en extirpant la pullulante vermine des sorciers exécrables, y