‹ Science et matérialismeChapitre 30 sur 35 · Du bon Juge Henry Boguet de Sainct Claude · texte numérisé non relu

Du bon Juge Henry Boguet de Sainct Claude

Parmi les eslus serviteurs de Dieu, qui, pour faire poine à Satanas, luctoient alors avec luy par le moïen de son propre élément, qui est le feu, dedans lequel ils brusloient ses féaulx amis, les sorciers et démoniacques, guidés en cela par deux columnes de nuées, la religion et la justice: car Dieu a-t-il point dict, voulant donner la règle aux magistrats pour bien fonder leurs jugements de mort contre les idolastres et apostats qui soyent au monde : « Quand il te sera rapporté et que tu auras entendu, que telle abomination a esté commise en Israël, lors tu t'enquesteras soigneusement si ce qu'on a dict est véritable et certain *, » (Dent. 17-2.)

Parmy, dis-je, ces eslus serviteurs de Dieu, ces zélés pourchasseurs de sorciers resplendit au prime rang le très excellent Henry Boguet, grand juge au comté de

> Bémonolotjie de F. Perreaiul.

4o() SCIENCE ET MATÉiUAJLlSME.

Bourgoiigne, auteur très s(;avant du Discours exécrable des sorciers, l'eiinemy juré des sorciers, comme il soy intitule luy mesme, en la préface de son docte livre.

Ha! quelle rude guerre lit, sa vie durant, ce sainct homme à l'ost de Lucifer ! Que de bons buschers il lit flamljer en la terre de Sainct Claude, buschers très agréablement odorants aux gens de bien, pour ce que il avait cure de mettre tousjours un ou deux sorciers à rostir dedans.

Je sçais, que d'aulcuns mécréants se gaussent de ce sainct juge de Dieu, disant en gabelant, que si tant est vray qu'il guerroyast contre le malin esperit, pour seur il ne avoit pas l'esperit malin, pour ce que. entre aultres bourdes, il cuydoit, que une troupe de diables pouvait bien se logier dedans une pomme de pommier *.

Ha ! mauldits, ruflians, hérétiques, athéistes et mesme épicuriens, fermez vostre bouche orde et impye. Vous faictes bien mine de ne point cognoistre la cautèle de Satanas, mais il vous guerdonnera selon vos mérites dedans l'infernale géhenne. Xe sçavez-vous pas bien, pervers excréments de cettuy siècle, ce qui est dict en Saint Luc (Luc, 8-2) d'une légion tout entière de démons, qui estoit dans un seul homme. Ores est il qu'en une légion y avoit 6,666 personnes-, et par ainsy peut bien en être contenue une troupe dedans une pomme, voire dedans un pépin.

A présent revenons, sans dadvantage nous écarter, au très digne juge Henry Boguet, lequel nous voulons proposer comme parangon en cettuy siècle impie, existimant pouvoir ainsi ramentevoir à d'aulcunes asmes desvoyées le bercail de la foi.

' Discours exécraJdes, p. 11.

î Bémonologie de F. Perrcauil, ]). IG.

4. Compendiuin ou '■moelle substantielle du discours exécrable des sorciers, par H. Boguet.

Combien ce ]ion juge catholique monstre de sapience et de vraye religion dans son Instruction pour unjuge en faict de sorcellerie !

A cause dict-il, de l'énormité du crime de sorcellerie, le jugement en doit estre traicté extraordinairement.

Présomptions, conjectures, accusations de complices, mesme bruict commun sont bastants pour l'arrestation (Art. 2 et 3).

L'accusé, si le juge ne peut de luy rien tirer, doit être resserré dedans une prison fort obscure et estroite, par ce que l'on a expérimenté. C[ue la rigueur de la prison contraint le plus souvent les sorciers de venir en confession, mesmement , si ce sont jeunes gens (Art. 17).

Il est bon aussi de supposer quelqu'un qui se dise prisonnier pour le mesme crime afin d'induire le sorcier par toutes voyes licites de confesser la vérité (Art. 18).

11 est loisible en ce crime d'appliquer l'accusé à la torture à un jour de feste, quand bien mesme le jour serait férié en l'honneur de Dieu.

Le bruict commun, joint à d'aultres indices, est bastant pour parvenir à la torture (Art. 32).

De mesme les indices légiers, comme si l'accusé, lors que l'on l'oit principalement en response, gecte les yeulx fixement contre terre. Il y en a qui disent le mesme, si l'accusé a le regard afi"reux.

De mesme si l'accusé est né de parents sorciers, s'il est ordinaire de se despiter, blasphémer (Art. 36) et faire aultres exécrations (Art. 38); s'il n'a point de croix en son chapelet ou bien si la croix manque en quelque chose (Art. 60).

Que si, après une confession, il se rétracte, il le faut

438 SCIIiXC.E ET MATÉRIALISME.

de nouveau applicquer à la torture, ce jusques à trois fois (Art. 63).

Selon le très sçavant Boguet, l'on peut passer à condemnation contre l'accusé, lors qu'il est légitimement convaincu par un suffisant nombre de tesmoins; et sont toutes sortes de gens reçues à tesmoigner en ce crime, comme les complices, comme le fils contre le père et le père contre le fils, comme les personnes infasmes, mesme les ennemys; aussi les enfants qui n'ont pas atteint l'aage de puberté (Art. 52, 53, 54, 55 et 56).

Puis, après la condemnation, doit-on passer à exécution de la peine ordinaire des sorciers, qui est qu'ils soyent bruslez ou bien tout vifs ou bien après avoir été premièrement estrangiés. Il y a des docteurs, qui ont tenu l'une et l'aultre partie (62).

Il est loisible et convenable de faire mourir l'enfant sorcier, si l'on recognoit qu'il y ayt malice en lu y, mais ne doit-on pas dans cettuy cas pratiquer la peine ordinaire], mais quelque aultre plus douce comme la corde, etc.

Et à ceulx lesquels, par sensiblerie ou possible impiété, rejecteraient cela comme trop rigoureux se peut très bien objecter l'exemple mémorable des quarantedeux enfants de la cité de Béthel, que deux ours dévorèrent pour ce qu'ils s'estoyent mocqué d'Elisée; car, si Dieu a eu à si grand contre-cœur l'injure faicte à son prophète (Reg. 4-2), que doit-il faire lorsqu'il est luy mesme indignement oultraigé et renié, veu qu'il est si jaloux de son honneur (Art. 63) , aussi est-il tout à fait congruent de passer souventefois à condemnation es crime de sorcellerie sur des indices et conjectures indubitables (Art. 67).

Telle est la savoureuse moelle contenue dedans le code anti-démoniacque de H. Boguet. Et présentement impyes, relaps, épicuriens, etc., bouche close.

5. Les procédures du graml Juge If. Boguet , de Sainct-Clcmde.

Mais la rare sapience, le zèle vrayment catholique du très estimable H. Boguet reluyra especialement et avecque encore plus de spleiidide esclat aux yeux de ceulx, qui, curieux de bonnes lectures, estudieront soingneusement les pièces des procédures suyvies pa:luy, et lesquelles, par faveur rare, nous pouvons mettr'j icy en lumière telles qu'elles ont esté extraictes et collationnées emmy les archives municipales de Sainct- Claude par un sçavant docteur très expert es déchiffrement des grimoires anticques et généralement de tous escripts chirographicques. Nous le nommerons cyaprès. Adonc lisez, bonnes gens.

Procédure suivie à Sciinct-Claude (Juraj contre Clcmde Janccittin, dit Jattoz , du four de Plane, et contre Clauda Janccittin , sa fille , veuve de Claude Commoy, dit Gros Jean, de Chaumont, et contre 2)lusieurs autres complices accusés de sorcellerie. Années 1007 et 1008. Henry Boguet, juge d'instruction.

4 août 1607. Henry Boguet, docteur es droits, grand juge de la terre Sainct-Ouyan de .Toux, savoir faisons que ce jourd'huy. quatriesme jour du mois d'aoust, l'an mil six cent et sept, ayant eu advertissement que le dimanche, vingt neuviesme jour du mois de juillet dernier, Jehanne Gros dit Patier, de Myjoux, possédée, et quelques autres démoniacques s'étoient jettes sur Clauda Jancattin, fille de Claude .Tancattin, dit Jattoz, et l'avoir, ladicte .Jehanne, battue, et que par après ladicte Clauda confessoit plusieurs actes de sortilèges.

Nous avons faict venir en présence de nous , Claude Meusnier, procureur de ladicte terre, y appelé pour scribe .Tacques Michalet, greffier en la grant judicature, icelle Clauda, pour savoir d'elle la vérité. Nous l'avons

440 SCIENCK ET MATÉRIALISME.

laict conduire en la conciergerie dnclict Sainct-Ouyan où, après avoir reçu le serment d'elle, en tel cas requis, nous l'avons interrogée, comme s'ensuit.

Inten^ogée. De ses noms, surnom, âge, qualité, origine.

Hespoml. qu'elle se nomme Glauda, lille de Claude .Tancattin, dict Jattoz, du four de Plane, veufve de feu Claude Comoy, dict Gros-Jean de Chaumont, âgée d'environ soixante-six ou soixante-sept ans.

Interrogée. Par quelle occasion elle étoit en ladicte conciergerie et par qui elle y a esté réduicte.

Respond. Qu'elle y a esté réduicte par la grâce de Dieu et par l'auctorité de la justice, et que, peut-être, ses peschés en sont cause.

Interrogée. Quels peschés elle a commis.

Respond. Qu'elle ne sçait avoir commis aultre pesché si non celuy duquel elle a esté accusée par les démoniacques , et que son père l'a menée vers la grange du Sr. deMayson, Très-Bayard.

Interrogée. Combien de fois elle a esté vers la dicte grange.

Respoiul. Qu'il l'a menée par deux fois vers la dicte grange.

Interrogée. Pourquoy son père l'a menée vers Li dicte grange.

Respoïul. Qu'il luy disoit qu'elle allait avec luy et ({u'il n'y auroit pas pitié en elle.

Interrogée. En quel lieu il l'a menée.

Respo'tul. Qu'il la mena en Très-Bayard vers la grange de Mons. de May son.

Intei-rogée. Quoi il la menoit faire vers la dicte grange.

Respoml. Qu'il la menoit pour la donner au Mauvais et pour la perdre, mais qu'elle est retournée devers Dieu.

Interrogée. Gomment estoit le Mauvais.

Respond. Qu'il estoit moictié personne, moictié beste,

mais qu'elle ne liiy vit aiiciins ])ras, et qu'il se mit à rire, et luy voulut donner de l'argent, mais qu'elle n'a point voulu.

Interrogée. En quel lieu elle trouva le dict Mauvais.

Respoml. Qu'elle le trouva entre la fontaine Saint- Ouyan et la dicte grange.

Interrogée. Quoy le Mauvais luy dict.

Respond. Qu'il luy dict qu'elle se donnast à luy et que, sur les poursuites qu'il luy fit, elle se donna à lui.

Interrogée. Si Tors il la fit renoncer quelc|ue chose.

Respond. Que oui, et qu'il la fit renoncer à Dieu, mais que ce fut seullemeut de bouche c|u'elle le renonça et non de cœur. Dit et adj ouste, que le Démon luy voulu donner certain papier et cédule, mais qu'elle ne le voulut.

Interrogée. Quel papier celuy dont elle entend parler.

Respond. Que c'estoit un papier, mais qu'elle ne sçait s'il estoit escript ou non. Et. par après, sollicitée, a dit que le dit papier estoit une cédule , qui contenoit qu'elle renonçoit à Dieu et au baptême, mais qu'elle y renonça seulement de bouche et non de cœur.

Interrogée. Qui escrivit ce papier.

Respond. Qu'elle ne sçait et que le dit Mauvais n'avoit pas de bras, ains seullemeut des jambes de bestes. Et depuis a dict que ce ne pouvoit estre que le malin.

Interrogée. Qu'est devenu le dict papier.

Respond. Qu'il est demeuré en la grange susdicte et que, quand elle iroit en personne, elle ne lepourroitpas trouver.

Interrogée. Si le dict Mauvais la congnut charnellement.

Respond, après longue poursuite, que s'il la congnut ça esté les deux fois qu'elle a esté en ce païs-là.

Interrogée. Si le dict Mauvais

4ï2 SCIENCE ET MATERIALISME.

Nota. — lie procès-verbal de l'interrogation relate en rettuy point diverses particnlarités estranges et dial)0licqnes, que nons ne cuydons pas debvoir publier. En <-este époque bénie, alors que la vraye innocence liantoit les cœurs, l'on avait accoutumé de parler tout à trac et de picquer gentiment les vrayes étiquettes dessus les choses ; ains en nostre temps corrompu on cèle des gouffres sulpliureux d'iniquité dessoubs le masque fardé d'un languaige hypocrite.

Les lecteurs curieux de ce trouveront sans jDeine les dicts détails, dessus lesquels nous passons oultre, dedans le livre de H. Boguet (Gh. xi, xn, xiii) et présentement poursuyvons.

Interrogée. Ce que l'on faisoit vers la dicte grange.

Respond. Qu'il y avoit une clareté de feu et que l'on y dansoit; mais que quant à elle elle n'y dansoit.

Intet^ogée de rechief. Ce que Ton faisoit vers la dicte grange.

Respond. Qu'elle n'y a pas mangé de la viande, et néanmoins qu'il luy sembloit, quand elle estoit retournée en son lit, qu'elle y avoit mangé des œufs et de la chair.

Interrogée de 7^echief. Quoy l'on faisoit au dict lieu.

Respond. Que l'on alloit baiser.

Inlerrogée. Qui l'on alloit baiser.

Respond. Que l'on alloit baiser cette mauvaise beste, qui l'a voulu gaigner, mais qu'elle a toujours résisté.

Inten^ogée. En quel lieu l'on alloit baiser.

Respond... (Trop naifvement pour nostre siècle.)

Interrogée. Que l'on faisoit en oultre, lorsque l'on l'alloit baiser.

Respond. Quelle ne sçait si l'on oiïroit des chandelles.

Interrogée. De quelle couleur estoient les chandelles.

Respond. Qu'elle croit qu'elles estoient de couleur

bleue et non pas de semblable couleur à celle des nostres.

Interrogée. De quelle forme estoit le démon.

Respond. Q'il estoit moitié homme moitié beste. et a adjousté de nouveau, que le Mauvais vouloit qu'elle se dounast à luy. Et Tony dansoit un bransle, comme l'on fait à Caresme entrant, et que tout le monde estoit masqué, les uns avec des coiffes noires, les autres avec des blanches, qui estoient fourrées soubs la bouche et le menton.

Interrogée. Si la chandelle qu'elle portoit estoit bien grosse.

Respond. Qu'elle estoit mince comme une plume avec laquelle l'on escript et que le Mauvois la leur bailloit.

Interrogée. En quel lieu elle le baisa.

Respoml... (Tousjours avecque une naifveté trop estrange.)

Interrogée. Avec quelle verge l'on battoit l'eau.

Respoml. Qu'elle ne l'a vue battre. Et à l'instant a adjousté, que l'on battoit avec une verge blanche et toutefois cju'elle ne l'avoit vue battre, mais bien que tous ceux qui assistoient au dict lieu tenaient des verges.

Interrogée. Combien de fois elle a esté au dict lieu.

Respond. Qu'elle y a esté par deux fois et que Xostre-Seigneur l'a gardée d'y aller par la troisième.

Interrogée. Au quel temps elle y a esté,

Respoml. Qu'elle y fut la première fois avant la Feste-Dieu.

Interrogée. Qui elle recognut au dict sabbat.

Respond. Qu'ils étoient plusieurs personnes, mais qu'elle n'y a recognu, si non son père et la marchande avec son œil.

Int engagée. Qui elle y a encore recognu.

Resprmd. Qu'elle y a recognu la Monstreuil nommée Françoise et sa tille, parce qu'elle y a recognu la

l'i't SCIENCE ET MATERIALISME.

dicte Monstreiiil par le moïen de sa ditte fille qui ne floche pas ; et qu'elle se re^ïrettoit déjà, comme elle resl>on(lit d'être au dict lieu.

IntetTogce. Si les susnommés ont dansé, offert des chandelles au diahle.

Respoml. Que oui.

Interrogée. S'ils estoient beaucoup de démons au dict lieu.

Respond. Qu'ils estoient deux. Kt par après a dict qu'il y avoit autant de démons qu'il y avoit de femmes si elles n'y avoient leurs maris.

Interrogée. Quoi faisoient les dicts démons avec les dictes femmes.

Respond. Qu'ils causoient, se mettoient à quarre et se voltilloient.

Interrogée. Comment s'appeloit son démon.

Respo7id. Qu'elle ne sçait s'il s appelait François.

Interrogée. Gomment estoit son dict démon.

Respfond. Que, pour la première fois, il estoit moictié personne moictié beste, et avoit les yeux ardents comme une chandelle. Et que, pour la seconde fois, il estoit comme un mouton.

Cy finit la prime interrogation de Clauda Jancattin.

EXTRAICTS COLLIGÉS EMMY LES PROCÈS-VERBAUX DES SUBSÉQUENTS INTERROGATOIRES.

6° Oii la dicte Clauda Jancattin signale son ph^e Claude Jancattin, sorcier, aagé de cent ans.

Et depuis, le sixiesme jour du dict mois et en la dicte Clauda Jancatin a esté d'abondance ouye en response, comme s'ensuit :

Interrogée. Combien de fois elle a esté à la synagogue.

Respcynd. Qu'elle y a esté deux fois.

Irderrogée. En quel lieu elle y a esté.

Respoml. Qu'elle y a esté vers la grange Blanchod, €11 la maison eu Très-Bayard.

Interrogée. Par qui elle a esté menée à la dicte synagogue.

Respoml. Qu'elle ne se double de personne, sinon de son père.

Interrogée. En quel temps elle a esté en la dicte synagogue.

Respotid. Qu'elle y a esté pour la première fois sur la fin du mois de mai, et la seconde fois le jeudy devant la Feste-Dieu.

Interrogée. Gomme elle alla en la dicte synagogue.

Respond. Qu'elle ne sçait, si ce n'est que les maladicts, que son père lui a donnés, en sont cause et adjousta, que son dict père ayant donné une certaine malédiction à un fils d'elle nommé Claude, son dict fils devint incontinent boyteux d'une jambe.

Nota. Il conste d'après une gerbe de faits colligés par méthode espérimentale, que les sorciers sçavent bien endommaiger en bien des fassons par paroles simples, voire souventefois par souffle et par ainsy soudainement occire ou bailler maladie ou nouer aiguillettes. Ce est ainsy, que nous trouvons davantage dans Homère, que Circé changea par paroles les compaignons d'Ulysse en pourceaux.

7« Où le dict vieil sorcier Claude Jancattin est confondit en confrontation par un enfant sorcier, la nommée Guillauma Vuillermoz, aagée d'environ sept ans, et d'aultre part sa fille Clauda.

Henry Boguet, docteur ès-droit, grand juge en la terre St-Ouyan de Joux, savoir faisons, que ce jour d'huy, huictiesme du mois d'Aoust de l'an mil six cents et sept, ayant esté adverty, que Claude Jancattin, dict Jattoz du Four du Plane, sur ce que le jour d'huy

4i(j SCIENCE ET MATÉRIALISME.

s'esttiiit rencontré au devant de quelques femmes et tilles possédées, les dictes possédées s'estoient jectées surluy; au moïen de quoy il venoit desjà à quelques confessions, nous avons faict venir icelluy Jattoz en un lieu appelé « au pré de Porcié, » et nous avons recongnu que desjà il commençoit de confesser. Et, en oultre, pour ce que cy devant il a esté accusé par Clauda Jancattin sa tille, détenue prisonnière en la conciergerie de ce lieu, nous l'avons faict conduire à la dicte conciergerie et interrogé, comme s'ensuit, après avoir pris serment en tel cas requis.

Interrogé. De ses noms, surnom, aage, qualité, lieu de son origine.

Respond. Qu'il se nomme Claude Jancattin, dict .Tattoz, tils de feu Claude Jancattin, du Four de Plane, • laboureur, aagé d'environ cent ans.

Interrogé. S'il a oncques esté en la synagogue.

Respond. Qu'il n'y a point esté, s'il n'y a esté en esprit; et luy fut advis qu'il y dansoit.

Interrogé. S'il y avoit beaucoup de femmes.

Respond. Qu'il n'estoient femmes, à ce qu'il luy semble, que Clauda sa fille ; et qu'il luy est advis qu'il la vit.

Interrogé. De quelle couleur estoit le feu,

Respond. Qu'il luy étoit advis que c'estoit une chandelle.

Interrogé. Si l'on demeura longtemps à danser.

Respond. Que non, et que tout aussitôt les danses furent passées.

Interrogé. Si l'on demeura longtemps à baiser.

Respond. Qu'il ne l'a oncques baisé et ne l'a jamais veu.

Interrogé. Qui est celuy qu'il dict n'avoir baisé ni veu.

Respond. Que c'est le diable, qu'il a dict n'avoir jamais veu en face. Et à l'instant a adjousté, qu'il ne l'avoit jamais veu, sinon par une ruelle ou mur, mais

qu'il se signa aiissitost et le dict diable disparut.

Interrogé. S'il y a longtemiis qu'il le vit en la dicte ruelle.

Respoml. Qu'il y a un an à ces moissons.

Interrogé. En quel lieu ce fut.

Respond. Que ce fut sur les champs de Bienne.

Inlerrogé. Qui estoit avec luy.

Re^potul. Qu'il estoit seul.

Inten^ogé. En quel temps il fut en la dicte synagogue.

Respond. Que ce fut l'an passé, lorsque l'on moissonnoit.

Interrogé. Gomment firent les aultres. lorsqu'ils baisèrent.

Respond. Qu'il n'en sçait nouvelle, et, comme il estoit le premier, il ne sçait ce qui advint.

Interrogé. Si l'on y mangeoit.

Respond. Qu'il n'y mangea rien et n'y vit manger les aultres; et que tout aussitost que il fut passé, il se trouva en sa chambre où il demeure aux Molins; ou estant, il dict à la dicte Glanda, qu'il luy étoit advis que son esperit avoit esté en la synagogue, et qu'il y avoit dansé. Par quoy la dicte Glauda luy dict, que c'estoit un fol et que pour son trop parler il s'empeschoit de dormir.

Interrogé. Si le diaJjle, qui estoit en la dicte ruelle, parla à luy.

Respond. Que non, et qu'il ne le vit jamais en face, mais bien que la dicte ruelle vint au déans de luy en contre le ciel.

Interrogé. Si la dicte ruelle estoit noire ou blanche.

Respond. Qu'elle estoit noire.

Interrogé. S'il mena la dicte Glauda avec luy. Respowl. Que non, et qu'il ne la vist sinon lorsqu'il fut en la dicte synagogue.

148 SCIKNCK ET .MATÉRIALISME.

Inten^ogé. Poûrquoy il ne congnut les aultres.

Resjwnd. Qu'il ne sçait et que en passant il s'enfuit.

hiterrogé. S'il a oncques sollicité la dicte Clauda d'aller en la dicte synagogue.

Respond. Que non.

Sur ce, nous avons faict venir une jeune tille npmmée Ouillaunia Vnillermoz, aagée d'environ sept ans, laquelle nous avoit dict, qu'elle avoit esté portée par sa mère en la synagogue, rière Très-Bayard et y avoit veu le dict Jattoz. Ce que elle luy a encores maintenu en nostre présence. Dict qu'elle l'avoit veu danser en la dicte synagogue, et qu'il menoit sa fille; et que après les danses ils firent les tours à l'entour de bas, et a en oultre adjousté, que le dict Jattoz n'estoit masqué comme les aultres.

A quoy a répondu le dict Jattoz, qu'il n'avoit oncques veu la dicte Guillauma en la dicte synagogue, et que seullement il l'avoit veue devant la maison du sieur Chambrier de Pabbaye de ce lieu, et qu'il n'avoit oncques esté en icelle synagogue en corps, ains seullement e.w esperit, selon qu'il nous a dict cy devant.

Ayant toujours la dicte Guillauma dict, qu'elle l'avoit veu une fois en la dicte synagogue, et ce fut lors qu'elle y fut portée par sa dicte mère, et qu'elle l'avoit veu en la mesme forme que présentement il est. Et a de plus, la dicte Guillauma, dict, sur ce interrogée, qu'il n'y avoit femme qu'elle avoir veu le dict .lattoz en la dicte synagogue, et qu'elle n'y avoit passé que deux jours, lors qu'il son père alla féner.

Suljreciptement, nous avons faict venir la dicte Clauda Jancattin en absence du dict Claude son père; laquelle, sur interrogatoire à elle faict, a dict, que, quelque temps après Pâque, elle entra en dispute avec son dict père au regard de certaines chèvres, qu'il avait vendues, et qu'il tenoit pour luy; dict qu'elle s'en repentiroit; et que, dès lors etmesmes dès le dernier jeudy du mois de

May, elle a esté par deux fois au sabbat Très-Bayard vers la grange du Sr de Mayson.

Interrogé. Si son père l'y a menée.

Respoml. Que oui, et la voulut faire perdre et quand à l'asme et quant au corps. Et dict qu'elle ne sçait, si son père la engrossée.

Après ce, nous avons faict rentrer le dict Jattoz, auquel la dicte Clauda a maintenue, qu'il Tavoit menée par deux fois au sabbat, au lieu sus-mentionné, et que, l'orsque il y alloit, il faisoit sa barbe de mousse. Et a adjousté qu'elle n'eut jamais bonne opinion de luy, depuis qu'il maudict le dict Claude iils de la dicte Clauda, et que sur ce iceluy Claude fut malade en une jambe, et que le dict Jattoz avoit dict à la dicte Clauda, qu'il avoit veu je ne sçais quoy ès-champs de Bienne.

Ayant le dict Jattoz respondu, qu'il n'avoit oncques esté en corps en la dicte synagogue, ains seullement en esperit, et lors qu'il y dansa avec la dicte Clauda, et qu'il y avoit esté deux fois sans avoit fait sa barbe de mousse et par après a dict, qu'il museroit pour sçavoir s'il y avoit esté en corps.

Luy ayant au contre la dicte Clauda, maintenue qu'il l'avoit menée par deux fois en la dicte synagogue, l'exhortant plusieurs fois de se recongnoistre pour le salut de son asme et de crier mercy à Dieu.

InteiTogé le dict Jattoz de nouveau. S'il a baisé le Mauvais.

Respond. Que non: mais bien qu'il l'a veu en figure.

Interrogé. Comment estoit la dicte figure.

Respond. Qu'elle estoit noire et qu'elle avoit une queue, et avoit le devant comme un gros chapon.

8° Aultres eœtraicts.

Et le neuviesme d'aoust, de rechef interrogé, le dict Claude Jattoz a faict semblant et s'est efforcé de pleurer,

450 S(^1ENCE ET .MA.rÉia\LISMi;.

sans uéantmoins verser aulciines larmes : Et a dict.que le Mauvais ne lui avoit oncques faict renoncer Dieu, cresnie et baptesnie.

Sur ce, nous avons faict venir la dicte Clauda. laquelle a maintenu au dict Jattoz, son père, qu'il lavoit menée par deux fois en la dicte synagogue, rière ïrès- Bayard, voir la maison de M. da Miiyson.

Ayant la dicte Clauda répliqué, qu'il l'avoit menée par iceluy jour en la dicte synagogue, et qu'elle avoit ouy dire, quil y avait voulu semblablement mener le dict Claude, lils d'elle : exhortant son dict père à se recongnoistre et lui disant, que s"il avoit dit la vérité, il verseroit des larmes aussy grosses qu'elle.

Et le lendemain la dicte Clauda a esté confrontée, avec la marchande Françoise Perrotain, que elle avoit déclaré avoir recongnu au sabbat à ses jambes tortues et à son œil.

Et, comme la dicte marchande a dict, qu'elle n'aivoit oncques esté eu la dicte synagogue et qu'elle n'estoit de ces femmes.

La dicte Clauda a respondu, au contraire, que la dicte marchande avoit dansé comme elle et les aultres en la dicte synagogue : disant à icelle marchande, qu'elle se alloit recongnoistre et retourner vers Dieu.

Et la dicte Clauda a dict, qu'il falloit qu'elles prins-. sent en patience, et que St Barthélémy avoit bien esté escorché avec un coulteau de bois. Et adjouste, parlant à la dicte marchande, qu'elle veut dire la vérité, ensuite de la confession qu'elle avoit faite à Thénon et ne devoit craindre le faire. Et dict, de plus, la dicte Clauda, que le feu de ce monde n'est que l'ombrage de

l'aultre Sur quoy la dicte marchande a usé de

tels mots : Ah! Friande! tu te feras brusler aussi bien (fue moy.

POLÉMlgUE. 4Ô1

9« Sentence contre Claude et Clauda Jancattin (UctsJattoz.

La suyvante pièce ne ayant point esté à nous communiquée par le très sçavant docteur A. Ghereau, lequel a collationné les précédentes, nous ne la pouvons en tous i^oints garantir, ce néantmoins la forme en est louable, très correcte et le style fort religieux :

Le saint nom de Dieu civciM tout invoqué.

En la cause pendante par devant nous, etc., et à nous renvoyée pour la décision dïcelle par Monsieur le grand juge en la terre de St-Ouyan: pour le procureur de la dicte terre impétrant et demandeur contre Glanda et Glande Jancattin dicts Jattoz.

Pour les dicts défendeurs s'estre donnés au diable.

Ileni avoir renoncé Dieu, cresme et baptesme.

Item avoir esté au saljbat et assemblée des sorciers au lieu dict Très Bayard et illec avoir dansé, mangé, baisé le diable au derrière, s'estre aydés avec aultres, leurs complices, à faire la gresle, en battant l'eau avec des verges.

y/e//^ Pour tous deux estre communément tenus et réputés sorciers et Yauldoix par ceux, qui ont congnoissance d'iceulx.

Item. Pour ledit Glande Jattoz avoir jeté des maladicts a Glande, fils de Glanda, sa fille, et avoir icelle menée au sabbat à seule fin de la perdre quant à l'asme.

Item. Pourladicte Glanda s"estre prostituée et avoir eu congnoissance charnelle de son propre aveu par deux fois, à tout le moins, avec le diable,

Vues les pièces du procès, etc.

Avons condamné et condamnons conjointement le dict Glande Jattoz et la dicte Glanda Jattoz sa fille, delfendeurs, à estre cejourd"hui conduicts par le maistro exécuteur de la haulte justice jusques au lieu du gibet ou signe patibulaire du dict St-Ouyan. et illec par le-

452 SCIENCE ET MATEHIALISME.

(lict exécuteur estre étranglés tellement que mort naturelle s'ensuive (mort naturelle vraysemblablementpour les démoniaques) et après leurs corps estre bruslés et réduicts en cendres. Les condamnons en oultre conjointement et solidairement aux frais et misq de justice.

en -^m^^î-

10'' Darrenières lamentations, lesquelles s'adressent unicquement aux Jjonnes asmes.

Ce est seullement après des cogitations autant abstruses que longues, que nous avons remis en lumière, pour l'usaige de tous gens de bien et dévoués à Tecclise de même que à la bonne morale, les faicts et gestes du tant religieux et preude homme H. Boguet. En ce nous cuydons avoir payé un debvoir, sans néantmoins nous former des imaginations phantastiques relatifvement à la tin finale des abominations exécrables, desquelles en cettuy temps odieux nous sommes maulgré nous témoins.

En ce jour d'iiuy les démoniacques sont logiés. comme simples fols, es maisons de Charenton et aultres pareils lieux pour estre là bien pansés et, par mocquerie indigne, traictés par l'eau froide, au lieu et place des canonicques flammes, où, selon la jussion de toutes loix divines et humaines, des innumérnbles décisions des pères. et docteurs, de tant d'ecclésiastlcques anathesmes on les debvrait cuire tout vifs.

Bien plus, maulgré les quérimonies et pieuses imprécations de tant de doctes prélats, d'une part, et, d'aultre part, de tant d'aucteurs catholiques, lesquels darreniers

espécialement à seule fin de mettre à néant l'impiété et les impyes, en soustenant esravement le Créateur, font dévaller sans trêve aulcune la boue des preudes injures dessus le chef hideux des mescréants, pyrrhoniens, épicuriens, athéistes et toutes aultres pestes pareilles, ce néantmoins, dis-je, aucun de ces dessus dicts monstres et supposts de Lucifer ne est plus oncques ars, voire simplement et doulcement estranglé.

Aussy ne y a-t-il plus guères de relligion, et ce jour d'huy mesme (chose horrifique avoir!) en la maistresse cité de la Gaule, laquelle contrée estoit aultrefois, ainsi que nul n'ignore, la fille aisnée de l'ecclise et une perle au front de la chrétienté, en un endroit de la cité de Paris dénommé d'après le nom d'une païenne déité le camp de Mars, sont colligés en tas mauldicts engins de luxe, d'épicuréisme, de soy disant science, lesquels sont purement serviteurs et pourvoyeurs des sept péchés capitaux, antennes, tentacules et palpes artificielles, imaginées à la suggestion du Malin, par Thomme pervers, à seule fin de mieux communier avecque la matière en suppléant à la foiblesse des cinq sens de nature^.

En ce jour d'huy la cendre, le jeusne, la haire sont en oubly ; les cilices hérissonnés de poinctes ferrées ne aornent plus guères les reins sacrés mesme des évesques et pasteurs du troupeau catholicque, ains un chacun se vautre à la manière porcine dedans la fange des matérielles voluptés, un chacun se rue aux coulpables jouissances de mesme que boucquins enfiebvrés de rut. Les héréticques bravent sans crainte aulcune les ecclésiasticques décrets et, abomination épouvantable à voir et à ouyr, de mauldicts païens circoncis font en l'honneur d'Allah, lequel n'est aultre que le diable, leurs exécrables ablutions dedans les ondes Séquanaises.

* Cet article fut publié pondant l'exposition universelle de 18«)7. Les pièces, qui y sont citées sont autlionli jues, suif ladernièri'.

i;j'l SCIENCE ET M\ lEI'.IArjSME.

Ce néantmoius taschons oncore de rainentevoir le vray l'emède. la salutaire potion capable de nous doiiiior giiarison pour tant de uiales iniquités.

Il» Apologue très précieux et conclusion finale.

Ores, amy lecteur, «^n-avistes vous d'aulcune fois en ahanant une Alpe neigeuse? Plus haut que les bois d'arbres à faisnes. plus haut encor que les sylvestres pins, jusques à ccste zone de pasturages estoilés de tleurs, laquelle au dessus des bois, mais au dessous des glaciers craquelés et des neiges, ceint la belle Alpe de mesme que une ceinture de Vénus. Ha ! ce est là une région, laquelle remémore à Fasme le céleste paradis où fust croquée la pomme fatale. Ravissants pourpris de verdure florale et embaumée, ruisselets adamantins devallant en susurrant avecque doulce musique, aër tant vif et pur et net, pareillement à une conscience de sainct, et tant souëf à respirer, clochettes des troupeaux tintinnulanten sons argentins, ce pendant que le berger tluste un virelai chanipestre, plaisant àouyr. Dessoubs vos pieds, tleuves endormis paroissant rubans d'argent, grands lacsstillant la lumière splendide comme miroirs, hameaux petits apparemment connue jouets d'enfants. En amont, dessus vostre chef la grande voulte cœruléenne, que bastit d'une parole l'architecte de nostre univers et que s'en vont quasi crever les cimes rocheuses, portant amas de glaces vitrées, espaisses perruques de neige, ayant visage désolé et ensemble sujjerbe de mesme que une asme qui a jierdu la foy.

Cependant que. tout estomiré et esl)audi à la veue de ce beau visage de la nature, vous vous espandez en actions de graaces et cantiques, vécy que une arondelle, nageant toute folastre dedans le limpide aër, s'en va aftleurer de sonaisle tant mignonne le sommet neigeux ; chiquenaude empennée, laquelle ne scauroit rougir tant seullemejit la joue d'un enfantelet à la mamelle, mais forte assez pour détacher flocons de neige ayant volume

moindre que une noisette. Les dessus dicts flocons dévalent, premièrement fort doulcement, hientost plus vite et toujours grossissant. Tout à l'heure ce estoit une grosseur de noisette, ce est tout aussi tost une grosseur de gourde, puis en moins de néant une roulante colline, entraisnant quant et soy pierres et IjIocs rocheux, guastant tout dessus son passage, abismant le berger, lequel s'en va parachever son virelay dedans les enfers, déracinant les pins centenaires, lesquels tombent en criant, et bientost, plus fougueuse que un coursier de Numidie, s'abattant en avalanche homicide dessus les hameaux de. la vallée pour engloutir tout, et la caduque vieillesse et la jeunesse fleurie, et le juste aussi bien que l'injuste; car, quand la dextre de nostre grand Dieu courroucé poise vengeresse dessus les humains, elle broyé tout sans nulle distinction, quitte par après la divinité à rece])voir dedans son paradis l'innocent, duquel la faulx Plutonienne a déchiré, paravant le terme, la cédule du bail de ceste vie mortelle.

Chrétiens, mes frères, qui lisez cecy, que ceste comparaison vous illumine. L'avalanche, si chétifve en son principe, et en sa lin lellement espouvantalde, ce est l'hérésie, ce est toute cogitation coulpable, ce est l'immonde péché philosophique. Adonc, mes frères, faut occire l'arondelle de ])onne heure, faut brusler la playe chancreuse selon les sages et saincts conseils de l'ecclise. Se doit coucher Fhéréticque et aussy l'impye dessus un bon lict de fagots flambant. Tout au plus pourroit-on, au lieu et place des fagots, user de charbon minéral, à seule fln de l)ien montrer, que l'on concède quelque chose au maulvais esprit de soy disant progrès de cet aage de fer.

Mais, dictes vous possible, tant de buschers allumés au divin flamljeau de la foy, tant d'héréticques et d'athéistes estripés, selon le vœu de nos pères, par le bourreau n'ont pas esté suflisants pour navrer et meurtrir l'hydre impye; vaut doncques mieulx laisser sans

entraves aulcunes le penser et le parler, d'autant que la vraye vérité de mesme que un diamant est dure à la dent de l'impye.

Que ce languaige exhale une puanteur d'hérésie ! Ce sont là arguments fallacieux, suscités par le malin. Se doit, sans nul double, vénérer moult la liberté du penser et du parler, mais à ceste condition sine quà non que penser et parler seront conformes aux sainctes Ecritures. Sans cela que seroit-ce aultre que l'abomination de la désolation. Que si nos pères ont échoué, ce a esté non par sévérité excessive, ains par trop de démence. Faut occire l'arondelle. Guvdez-le.

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