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De VEspèce dans les corps organisés, etc

Nombre d'espèces de chats, d'écureuils, de rats, etc., ne se distinguent que par la taille, par des taches, des bandes, des hauteurs de jambes, des longueurs de queue différentes. « C'est, dit-il, une bonne fortune, quand on trouve pourcaractériser les espèces, des feuilles nasales ou des formes bizarres de l'oreille, comme dans les chéiroptères; un nombre variable de dents, comme dans les ïanrecs : des différences dans la taille, comme dans les carnassiers digitigrades et les rongeurs ; des bandes en nombre variable comme dans les Tatous; des cornes capricieusement contournées, comme dans les antilopes, les chèvres, etc. Chez les oiseaux, on en trouve peu qui présentent des différences fondées sur d'autres caractères que le système de coloration, une forme particulière de la queue et de légères modifications dans le bec ou la longueur des tarses. » Examinant rapidement toute la série, il constate que les caractères dits spécifiques sont d'autant moins importants et d'autant plus muables, que l'on approche des limites inférieures du règne; que les caractères spécifiques des insectes, par exemple, sont la forme, la taille, la couleur, les différences, que présentent les articles des antennes, les stries, les points dans les élytres,les cellules des hyménoptères et des diptères, la coupe des ailes des lépidoptères, les différences d'habitat, etc.

C'est peut-être encore pis dans le règne végétal, où les caractères spécifiques se tirent de la nature ligneuse ou herbacée de la tige, de son glabrisme ou de sa pubescence, de la forme, de la position des feuilles, de la présence ou de l'absence de leur pétiole, du mode d'inflorescence, du nombre et de la forme des sépales, des pétales, des étamines, de la forme du stigmate, de la forme de l'ovaire, de ses divisions, de l'aspect de la graine, etc. Or l'influence des milieux, la domestication produisent chez les êtres organisés des modifications bien autrement importantes, et c'est le moment d'en dire quelques mots.

Ces écarts, ces variations dans la forme, tout à fait irrespectueuses pour les dogmes, on est bien obligé de les admettre ; mais on se tire d'affaire en distinguant par des noms divers des choses analogues ou identiques.

Les étiquettes, variété, anomalie, monstruosité, sont destinées aux êtres organisés, qui se différencient brusquement de leurs progéniteurs. Si, comme il arrive souvent, les différences se transmettent ensuite par la génération, la variété simple devient une variété constante ou une race. Or la seule différence réelle entre les races et les espèces anciennement cataloguées, c'est que l'on connaît la généalogie des unes, tandis qu'on ignore celle des autres.

Naturellement, ces écarts dans la forme s'observent surtout chez les espèces animales ou végétales domestiques, bénéficiant soit d'une culture, soit d'une alimentation, soit d'un climat que crée l'homme, soit de la protection, qu'il leur donne contre des concurrents ou des ennemis naturels. 'Mais comme en définitive rhoinme n'agit sur les autres êtres organisés que par des moyens naturels, température, aliments spéciaux, sélection, etc., on est parfaitement en droit de déduire des résultats qu'il obtient, les lois générales applicables à tous les êtres vivants.

Les variations les plus fréquentes s'observent naturellement chez les êtres les moins parfaits, les moins spécialisés, c'est-à-dire qu'elles sont plus communes dans le règne végétal que dans le règne animal.

Un certain nombre de nos plantes domestiques ne se retrouvent pas à l'état sauvage, par exemple le froment qui même parait incapable de vivre en se reproduisant indéfiniment, quand il est abandonné à lui-même. C'est qu'il est, depuis bien des milliers d'années, l'esclave de

l'homme. On le retrouve dans les habitations lacustres de la Suisse, mais ses épis sont petits, maigres, ses grains peu développés. Ce fait suffirait à lui seul, car la loi de l'invariabilité s'anéantit devant un seul fait de varial)ilité bien constaté. Une incertitude à peu près aussi grande voile l'origine du seigle , de l'orge, de l'avoine, qui pourrait bien être ancêtre ou descendant du froment.

11 est un bon nombre d'espèces, dont les origines sont connues, et dont les changements ont été énormes. Rappelons que le chou sauvage, à feuilles glauques, étroites, coriaces, est la souche des races si diverses de choux domestiques, que la chicorée sauvage a produit toutes les races de chicorées domestiques, que le maïs a engendré des races dont la graine même diffère.

La reine-marguerite, grêle et à fleurs plates à son arrivée de la Chine, a produit des races nombreuses, diverses par le port, la taille, la forme, etc.

Chez les dahlias, tulipes, œillets, iris, pelargoniums, rosiers, azalées, rhododendrons, camélias, radis, etc.. une seule espèce a engendré des centaines de variétés persistantes ou de races, etc. (Voir Considérations générales sur l'espèce, par Carrière.)

De curieuses modifications se sont produites dans le fruit de nos raves. La silique s'est oblitérée, le style s"est épaissi et c'est lui qui renferme les graines ; il y a là, suivant la remarque de M. Godron, une vraie grossesse extra-utérine {De l'Espèce et des Races, etc.). Il s'en faut que les caractères spécifiques, chez les végétaux, soient toujours aussi importants, surtout dans les genres bien naturels, par exemple le genre Mentha, qui a été divisé en 54 espèces et les genres Rubus, etc. M. Jordan a tiré du viola tricolor 24 nouvelles espèces.

Certaines espèces varient énormément et rapidement, dès que l'homme s'en occupe. Citons le pied d'alouette des champs {Delphiniuni consolida), le papaver RUeas, etc.

C'est par centaines que se comptent aujourd'hui les variétés de cépages, or Golumelle n'en connaissait que 58. (Chevreul, Considérations c/énérales sur les groupes appelés en zoologie et en l)otanique : variétés, races, espèces.)

Lamark signale déjà les modifications profondes d^s feuilles du ranunculus aquatilis, qui sont richement découpées, capillacées ou arrondies, ou bien élargies, simplement lobées, suivant que la tige plonge ou non dans l'eau.

Les terrains salés ont une végétation spéciale, modifiée. Certains types sont plus stables que d'autres, et il est permis de supposer que la stabilité est en raison de la force d'hérédité, proportionnelle elle-même à l'ancienneté des formes. Mais quand une fois une espèce est ébranlée, elle varie souvent avec une grande rapidité, chaque graine presque donnant naissance à une variété. C'est ainsi que naissent de temps en temps des variétés, des races, des espèces nouvelles. Citons le marronnier rouge, dont l'origine est récente et qui n'a jamais été rencontré à l'état sauvage; citons encore une espèce de noyer, intermédiaire entre le juglans nigra et le juglans regia; spontanément apparue vers 1820 dans les pépinières de Trianon, cette forme nouvelle s'est maintenue avec tous ses caractères.

Obligés de reconnaître la variabilité des formes chez un grand nombre d'espèces, les partisans de la fixité des types se sont rabattus sur des caractères tirés de la fécondité ou de l'infécondité. L'impossibilité de la fécondation croisée caractériserait les genres; la fécondation entre espèces serait possible, mais donnerait naissance à des hybrides à fécondité limitée ou nulle. La fécondation continue entre types divers indiquerait des races ou variétés, et dans ce cas les produits tendraient à revenir aux types originels.

A coup sûr, l'état de la science n'autorise point la rédaction d'un code aussi précis. Des types extrême-

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ment voisins par la forme ne peuvent se croiser (melon et concombre, espèces du genre Ribes). D'autres fois, le résultat de l'hybridation varie suivant que le pollen fécondant est emprunté à l'une ou à l'autre des plantes à croiser. Kœlreuter n'obtint que des hybrides stériles en fécondant VAquilcgia vulgaris par le pollen de YAquilegia Canadensis, mais il obtint, en intervertissant les rôles, des hybrides féconds, dont les capsules portaient jusqu'à 50 graines. Le Mirabilis Jalapa peut être fécondé par le M. Longiflora, mais Kœlreuter essaya en vain, pendant huit ans, d'obtenir le résultat inverse. Selon W. Herbert , qui opérait en seii^e chaude, la fécondité des hybrides serait souvent parfaite; parfois même l'hybridation augmenterait considérablement la fécondité.

MM. Denis et Naudin ont obtenu des produits féconds en imprégnant le Chamœrops hwnilis avec du pollen de dattier. Les fruits obtenus furent intermédiaires à ceux des parents et aussi les plantes qui en provinrent. Or le Chamaerops et le Phœnix appartiennent, non seulement à des genres, mais à des sections différentes de la famille (Darwin, Variations des animaux et des plantes. Consultez aussi l'ouvrage de M. Lecoq, de la Fécondation naturelle et artificielle desvégétaiiœ, etc.). Inutile de rappeler que les hybrides naturels se comptent par centaines.

Nous pourrions répéter presque textuellement pour les animaux ce que nous avons dit des végétaux.

Même obscurité relativement à l'origine de plusieurs de nos espèces domestiques, du cheval, du chien par exemple. L'examen de ce que l'on appelle nos races canines suffirait à lui seul pour démontrer combien est peu vraisemblable l'idée de la fixité des êtres organisés.

Le grand chien Danois peut avoir trois pieds et demi, du museau à la racine de la queue ; le bichon n'a plus que neuf à dix pouces de longueur. Entre eux deux s'intercalent tous les intermédiaires. Quant aux formes, elles sont aussi diverses que nombreuses (Lévrier, Dogue, Basset, etc.). Entre les très grandes et les très petites espèces, l'énorme différence de la taille rend la fécondité à peu près impossible, tandis que les types moyens se croisent facilement. Toutes ces races ou espèces descendent-elles d'un seul type sauvage ? Alors quel prodigieux changement de forme! Descendentelles de plusieurs canidés? Alors comment soutenir que le croisement indéfiniment fécond entre espèces diverses est impossible?

Notre porc domestique provient très vraisemblablement du sanglier; il se croise avec lui et il en reprend les caractères en retournant à la vie sauvage (porcs redevenus sauvages à Saint-Domingue , Gu]3a , la Jamaïque).

Le bœuf, introduit dans l'Amérique du Sud, en 1552, s'y distingue déjà en plusieurs races nouvelles (Pelones, Calonges, Chivos, Bœufs sans cornes, etc.). La plus curieuse de ces races est celle des bœufs lîatas, dont tout le squelette de la tête diffère de celui des races connues. Pas un des os crâniens n'est semblable à ceux du bœuf ordinaire ; les os nasaux sont atrophiés et le maxilliaire inférieur, énormément prognathe, déborde le supérieur. Cette curieuse conformation ne permettant pas au bœuf nata de brouter les branchilles des arbres, quand le soleil a desséché les pâturages des 2)amims^ et il succomberait presque infailliblement si l'on ne venait à son aide.

Il nous serait facile de citer maintenant nombre de cas de fécondation plus ou moins complète, plus ou moins hybride entre espèces et même entre genres (hybrides d'alpaca et de vigogne. Pellions et Léporides. Ane et hémione. Lion et tigresse. Singes, etc.), tous

faits, prouvant qu'il n'y a pas plus de barrière infranchissable entre les espèces animales qu'entre les espèces végétales, même quand il s'agit de types haut placés dans la série, à spécialisation très complexe, lixés depuis fort longtemps, et chez qui par conséquent l'hérédité a une grande puissance ; mais ces faits étant pour la plupart très connus, sans être plus probants que les faits analogues empruntés à l'étude du règne végétal, nous aimons mieux terminer ce travail en réfutant une théorie, dont les propositions principales ont été formulées et publiées dans la Revue de philosophie X)OSitive (janvier-février 1868).

Les idées et les définitions de l'habile zootechnicien, que nous allons critiquer, ont un mérite, c'est d'être nettes, claires, par suite faciles à comprendre et à combattre.

M. Sanson croit avoir enfin trouvé le roc solide, sur lequel on peut bâtir en granit indestructible les définitions du genre, de l'espèce et de la race. Nous ne sommes point de ceux qui considèrent ces groupes ultimes comme le fondement de la classification des êtres organiques. Les divisions maîtresses sont bien autrement importantes. Ce ne sont pas les feuilles et les ramuscules d'un arbre qui en soutiennent le tronc et les branches; mais enfin il est utile d'éclairer vivement même les détails. Voyons donc les définitions de M. Sanson.

Le genre, c'est pour lui la collection de tous les êtres, entre lesquels la fécondité est possible, mais hybride, limitée.

Les types pouvant s'unir par une fécondité durable, illimitée, mais sans pouvoir transmettre sûrement à leurs descendants leurs formes caractéristiques, sont de la même espèce.

Enfin, la fécondité parfaite, d'une part, et la transmission sûre, nécessaire, des formes typiques, de l'autre : voilà les caractéristiques de la race.

Cette race, c'est le terme extrême de l'analyse, l'unité.

l'atome zoologique. Invariable dans le présent, dans le passé et dans l'avenir, elle peut s'éteindre, mais ne changera ni n'a jamais changé.

Néanmoins, M. Sanson donne aussitôt une grave entorse à son principe si simple. C'est que, de toute évidence, le produit ne ressemble pas toujours identiquement à ses parents, ceux-ci fussent-ils aussi pareils que possible, c'est qu'aussi les éleveurs ont, maintes et maintes fois montré que l'on peut imprimer à nos animaux domestiques des déviations héréditaires; aussi notre zootechnicien, après s'être fortement moqué de la variabilité limitée, ne manque pas . de l'admettre aussi; seulement, c'est une justice à lui rendre, il en précise les limites ; car il a démêlé d'un œil sûr le contingent et le nécessaire. Taille, pelage, volume des muscles, direction des leviers osseux, amplitude du thorax, etc.: voilà les caractères secondaires et par suite muables. Quant aux caractères fixes, inébranlables, ils sont simples et peu nombreux. Ce sont : 1° le rapport des longueurs crâniennes, longitudinale et transversale, c'est-à-dire la brachycéphalie ou la dolichocéphalie; 2° la forme des os de la face, telle que la saillie plus ou moins grande des arcades orbitaires et zygomatiques, l'angle et la courbure des maxillaires, probablement le nombre des vertèbres. Voilà la doctrine. Hors de là, il n'y a plus que rêveries et chimères. Aussi, notre auteur critique impitoyablement tous les naturalistes, qui s'écartent plus ou moins de ces faits fondamentaux. Ce sont des songe-creux, portassent-ils les plus grands noms.

Quelques mots sur les bases de ce système, quelques mots aussi sur ses conséquences nécessaires. Les conséquences sont un excellent microscope pour scruter un dogme.

Les bases sont étroites. Ce n'est guère que la propre expérience de l'auteur dans un champ très restreint. M. Sanson n'a observé que nos animaux domestiques.

c'est-à-dire certains de nos animaux domestiques ou plutôt certaines races spéciales. C'est là un point d'appui bien faible pour supporter une large induction applicable atout le monde vivant. Mais au moins, dironsnous à cet apôtre de l'immuabilité absolue, puisque vous empruntez votre méthode à l'anthropologie, vous devez avoir, avant de vous prononcer sur la dolichocéphalie ou la brachycéphalie d'une race, dressé des tableaux riches de milliers de mensurations exactes et scupuleusement relevées sur un grand nombre d'individus appartenant aux groupes que vous admettez. Point. M. Sanson, ne donne pas une seule mesure, et il est fort à craindre qu'il se soit contenté le plus souvent de pures appréciations artistiques. Et que penser de ces petits caractères tirés de la face, et qui, chez l'homme, varient dans chaque individu?

Que deviennent d'ailleurs les assertions dogmatiques de M. Sanson devant les faits de variation évidente, comme celui des bœufs natas, comme celui des lapins, chez qui M. Darwin, en donnant, lui, des mesures précises, a constaté des variations considérables dans la dimension, les diamètres des os du crâne et de la face? En etïet, dans son traité sur La vcuHation des animaux et des plantes, M. Darwin, comparant la tète des lapins domestiques à celle des lapins sauvages pris dans diverses parties du globe, trouve, que, chez toutes les races artificielles, le crâne s'allonge en se rétrécissant, ce qu'il attribue, non sans raison plausible, à ce que les races captives n'ont pas occasion d'exercer comme les raées libres, leurs sens, leur intelligence, leurs muscles volontaires, d'où un amoindrissement des centres nerveux et du crâne. Comment admettre, en effet, que ces parties du corps échappent seules à l'entraînement, à l'éducation, etc.? Si la tète de nos animaux domestiques varie peu, c'est qu'elle est rarement objet de sélection pour les éleveurs.

Et que deviennent les formes crâniennes, prétendues

fixes, chez les races précoces, quand une ossification hâtive consolide les os crâniens, assez tôt par exemple, pour que les cornes de certaines races ovines ne puissent pluspousser'?Ghezrhomme,desphénomènespareils s'accompagnent nécessairement d'une atrophie des lobes frontaux, d'une réduction de la capacité crânienne, d'une modification dans les formes de la tète, etc. Pouvons-nous admettre qu'il en soit autrement chez les mammifères supérieurs, si comparables à l'homme ? Et comment appliquer ce système au règne végétal ou même aux invertébrés ?

Les conséquences générales et inévitables du système de M. Sanson sont celles de toutes les théories basées sur la fixité absolues des espèces. C'est une immense série de générations spontanées et instantanées. Tous les êtres organisés, vivants ou éteints, seraient apparus spontanément et à l'âge adulte nécessairement. Gela est vrai pour l'homme aussi bien que pour le protococcus. En outre, ce n'est plus lentement, progressivement, que les êtres se sont adaptés aux milieux, en se perfectionnant peu à peu. Nous voilà obligés d'admettre une prédestination magique. C'est elle qui a enroulé les volutes de l'ammonite, allongé le cou du plésiosaure, construit le poisson pour vivre dans l'eau, l'oiseau pour planer dans l'air, l'autruche pour courir dans le désert, et les amateurs de dogmes pour construire des systèmes solides comme des châteaux de cartes.

YII.

En résumé, la doctrine de la fixité ne s'accorde ni avec la taxinomie, qui nous montre dans la distribution des êtres une disposition graduée, sériaire ; ni avec la paléontologie et l'embryologie, car ces deux sciences prouvent que l'empire organique tout entier a eu des phases de développement comme l'individu ; ni avec les

procédés de génération et de développement extra-ovulaire, où la disposition graduée et sériée est encore visible ; ni avec des faits de variation observables encore sons l'influence des changements de milieux, des croisements de l'éducation, etc. Et il est bien important de noter que ces variations organiques n'ont guère été observées ou sollicitées que chez des êtres haut placés dans la hiérarchie organique, par conséquent plus stables ; car l'histoire naturelle tout entière nous apprend que la confusion des fonctions et des formes est d'autant plus grande que l'on observe des types plus inférieurs, ce qui autorise à penser que, chez ces derniers, la vériiication expérimentale de la variabilité serait plus facile. Essayez, en effet, de provoquer chez un vertébré adulte, quelque conformation monstrueuse, tératologique : vous échouerez presque sûrement. Combien pourtant la chose est facile en agissant sur l'embryon (les deux Geoffroy Saint-Hilaire, Dareste) ; or, les organismes inférieurs sont vraisemblablement les embryons des règnes organises.

Il n'y à plus à lutter contre un tel faisceau de preuves. La grande doctrine de la variabilité organique, qui a déjà vivifié toutes les sciences naturelles, s'impose aujourd'hui à la biologie. Quelles en sont les lois ? Quels, les faits particuliers, ceux qui permettront de la démontrer avec l'évidence absolue requise en matière de vérité scientifique ? Quelles circonstances favorisent la variation ? Quelles autres l'entravent ? C'est ce que doivent maintenant élucider l'observation et l'expérience.

Avant d'être munie de tous ces documents, la science ne pourra tracer sûrement la généalogie des êtres vivants à la suface du globe ; mais, dès à présent, elle a le droit de considérer la doctrine de la variabilité comme étant infiniment plus probable que celle de la fixité. Si donc une définition de l'espèce est absolument nécessaire, le mieux sera d'adopter celle-ci, que M. Nau-

din a tirée du texte de Dugès (Phys. comjjarée)^ par une traduction un peu libre : « L'espèce est un type idéal de formes, auxquelles chacun rapporte arbitrairement les individus, qu'il croit, en vertu de leurs ressemblances mutuelles, pouvoir y rapporter. ■»

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