SES ORIGINES ET SON HISTOIRE
Lii Sociélé pliilomalhique alleinl son cenlcnairc en 1888, presque à la mt^me date que la Révolution franraiso, et celle coïncidence n'est pas fortuite; caria Soriélé philomatliique, quelque modeste qu'ait été sa (lesiinée, n'en a pas moins été fondée sous l'impulsion (lu grand mouvement d'idées rationnelles et humanitaires, qui a présidé à la transformation de nos inslilulions vers la fin du xvur siècle. La conception qui a inspiré sa création a été si jusle d'ailleurs, que la Sociélé a persislé et est demeurée vivante et active, à travers les changements de régime traverses par la France depuis un siècle.
Elle a joué quel(|ue rôle dans l'histoire delà Science française. Dans le cours des temps que j'ai connus, elle en a compté dans son sein les principaux repré-
sentants et accueilli les découvertes. Elle a été pendant longtemps Tun des organes essentiels de la publicité scientifuiue. Quoique dans ces derniers jours le grand développement des connaissances modernes et la multiplication du nombre de leurs adeptes ait eu pour conséipicnce leur répartition entre un grand nombre de Sociétés nouvelles, analogues, mais plus spécialisées, la Société philomatliique n'en a pas moins conservé une importance réelle.
En raison de ces circonstances, les membres de la Société ont pensé (|u'il y aurait un certain intérêt à en retracer brièvement l'bistoire et ils ont confie ce soin à l'un de leurs plus vieux confrères. Membre de la compagnie depuis iHoo, j'en ai suivi les travaux, d'abord comme titulaire, puis comme honoraire, et j'ai recueilli dans ma jeunesse les traditions orales des vieillards d'alors, dont plusieurs avaient connu les fondateurs. Les archives de la Société renferment d'ailleurs des documents précis, qui permettent de reconstituer les phases successives de son organisation. C'est le tableau de ces origines que je me propose surtout de retracer; car, si l'on voulait procéder autrement, c'est-à-dire si l'on voulait résumer les découvertes (jui ont été présentées à la Société, il faudrait entrer dans le vaste exposé des développements mêmes de ta science, au xix' siècle. Sujet immense et étranger
à riîisloirc particulière de notre Société î Elle n'a jamais revendiqué d'autre rôle que celui d'un simple organe de publicité désintéressée et d'émulation amicale, conformément à sa vieille devise : « Étude et Amitié ».
En 1788, quelques jeunes gens, cultivant des sciences diverses, eurent Tidée de s'associer et de se réunir pour s'entr aider dans leurs études, se communiquer ce qu'ils pourraient apprendre et recueillir, par leurs lectures ou autrement, et s'exciter au travail, « en prenant pour objet d'émulation le spectacle des progrés de l'esprit bumain ». Les membres fondateurs qui se constituèrent ainsi, le 10 décembre 1788, étaient au nombre de six :
AUDiRAC, médecin; BRONGMART, cbimisto; BRovAL, matbématicien ; PETIT, médecin; RICHE, naturaliste; siLVESTRE, pbysicien.
Ils embrassaient, comme on le voit, dans leurs études, l'ensemble des Sciences mathématiques, physiques et naturelles.
Les deux derniers semblent avoir été les promoteurs (b' l'Association, dont ils furent les premiers secrétaires. Los membres s'assemblaient chez l'un d'entre eux : ils
venaient à tonr de rôle rendre compte des publications nouvelles et discuter sans prétention les questions ainsi soulevées. Mais leur commerce n'était pas alimente au début par des observations et expériences personnelles.
Dès 1789 (î) novembre), ils s'associèrent trois autres membres, dont le cbimistc Vauquelin, ainsi que sept correspondants ; deux autres membres, le 24 mars 1790, et quatre correspondants; enfin huit membres nouveaux, et sept * correspondants, en 1791. Le cadre originel comprenait alors dix-buit membres ' et seize correspondants; les uns et les autres agrégés au fur et à mesure, sans mélbode ni règlement systématique. Ce fut alors (|ue la Société se constitua d'une façon délinitive.
Observons ici que celle constitution, sous l'ancien régime, aurait rencontré de grandes difficultés. Jusqu'à l'époque de la Révolution, le pouvoir royal était jaloux de ses attributions et très peu favorable à l'organisalion d'associations privées et de publications libres, même ipiand le caractère en était purement scienlilique. Aucune réunion, surtout régulière et périoditiue, ne pouvant avoir lieu sans une autorisa-
1. La liste dressée le 1" janvier 1192 n*en comprend que 5; mais Siivestre en nomme ' dans son Rapport sur l^Qi, p. 143.