Lmoisier^ par E. (iiimaux, p. 370, Alcan
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à 1788, ne prit cependant une forme régulière et une organisation publique que quelque temps après. Elle avait un premier règlement dès 1790, ainsi qu'on peut rinduire de la lecture des « Rapports généraux des travaux de la Société pbilomathique de Paris, depuis son installation au 10 décembre 1788 jusqu^au 1" janvier 1702, par les citoyens Riche et Silvestre, secrétaires de la Société * ». I^ premier rapport ou analyse, daté du mois de mai 1700, porte sur les travaux de la Société pendant le premier semestre de son établissement : ce qui nous reporterait vers le mois de novembre 1780, époque à laquelle les six fondateurs s'associèrent en effet trois nouveaux membres et six correspondants. Telle serait la date véritable, à laquelle la Société pbilomathique a commencé de fonctionner. IjG nombre des membres n'était pas Hmité toutd*abord et les réunions n'admettaient point de personnes étrangères. C/est seulement pendant le second semestre de 1700 que Ton commence à parler * des auditeurs convoqués aux séances et admis à discuter en commun. Celles-ci étaient alimentées par les membres et les correspondants chargés de présenter ' :
1. Le volume qui existe aux Archives sous ce titre est une réimpression, qui parait avoir été faite en Tan Vlll (1800).
'2, Riche, Exposé des travaux^ etc., volume ci-dessus, p. 72.
3. tiuHetiuy t. I. Cet expo^é dil à Silvestre, a été fait dans lt> premier somcstrc de 1T9.1; car il porte à la fois la mention
« 1^ Une notice de toutes les nouvelles découvertes;
« 2^ Les extraits d'ouvrages nouveaux intéressants, français ou étrangers;
« 3*^ Des rapports des principales sociétés savantes et des expériences qui se font dans les sciences que chaque associé cultive. »
La Société était ainsi un centre de correspondance active, entre des hommes animés d'un ardent désir de s'instruire par la communication récii roque de leurs connaissances.
Ce zélé pour la Science n'allait pas parfois sans quelques mécomptes.
C/est ainsi que Vauquelin, Silvestre et Riche, chargés de répéter l'expérience mémorahle « dans laquelle M. Cavendish et ensuite M. Van Marum ont formé de Tacide nitreux, par la combinaison du gaz azote et du gaz oxygène , par Félincelle électrique , déclarent avoir tenté vainement une longue suite d'expériences très variées, sans obtenir aucun résultat; quoique ayant fait tous leurs efforts pour imiter exactement les procédés des inventeurs ». Cependant Texpérience de Cavendish est facile à réaUser : on la répèle aujourd'hui dans tous les cours publics. Mais Tinsuccès des
(les imprimeurs de l'Académie des Sciences, supprimée en août, el le nom de ces imprimeurs, précédé du mol citoyens, joint h leur adresse, rue llelvetius : double indication postérieure & la proclamation de la République.
opérateurs précédents montre avec quelle réserve on doit accepter dans les Sciences les conclusions négatives.
Quoi qu'il en soit, Tieuvre de la Société philomalliique était éminemment utile et son rôle augmentait tous les jours. Elle s'efforçait de multiplier incessamment les services qu'elle rendait, en accroissant sa publicité. A ses séances hebdomadaires, tenues d*abord entre associés, puis avec adjonction d'auditeurs convo(iués, elle ajouta des rapports semestriels, faits par Riche, son secrétaire, en 1790; et suivis par les éloges d'hommes illustres, tels que l'abbé de l'Êpée, le philanthrope Howard, étrangers à la Société; Audirac, l'un de ses membres fondateurs.
L'année suivante, elle perdit Riche, qui partit comme naturaliste, avec d'Entrecasteaux, dans Texpédilion envoyé à la recherche de Lapérousc. II ne devait plus prendre part aux travaux de la Société; car cotte expédition, après diverses aventures et la mort (le son chef, fut retenue prisonnière h Java par les Hollandais. Riche revint en France seulement en Tan V de la République et y mourut aussitôt, épuisé de fatigue, à l'Age de trente-cinq ans : la Société perdait en lui son principal fondateur et l'un de ses plus ardents promoteurs.
Il fut remplacé, comme secrétaire, par l'un de ses
amis, Silveslrc, qui avait concouru avec lui à fonder la Société et dont la destinée fut bien dilîérenle. Silveslrc avait alors vingt-neuf ans. 11 mourut soixante ans après, en 1851 , nommé baron sous la Restauration, chargé d'ans et d'honneurs. C'est lui qui fit le rapport des travaux de la Société pendant l'année 1791. Il y signale l'accroissement du nombre des membres, porté à 18 par l'adjonction de six nouveaux savants, et celui des correspondants, accru également jusqu'à 18 par sept nouveaux choix : tel était alors le nombre des associés de la Société philomathiquc. Silvestre annonce en outre la création importante du Bulletin de la Société, lequel a duré jusqu'à notre temps, avec diverses vicissitudes qui seront retracées tout à Theure.
Ce Bulletin, mensuel et manuscrit à l'origine, élait envoyé aux membres et à tous les correspondants; il contenait l'annonce des nouvelles découvertes dans les sciences et arts que la Société cultivait, leurs applications, la marche de ces sciences, l'exposition sommaire des travaux de la Société et de ceux de toutes les Sociétés savantes de Paris, qui lui avaient ouv(M't leurs séances. Silvestre ajoute ces mots, qui nous donnent la liste intéressante de ces Sociétés : « Plusieurs membres choisis par vous ont assisté constamment aux séances de l'Académie des Sciences, à celles dos Sociétés de Médecine, d'Agriculture et d'Histoire
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toirc naturelle »; et il parle des rapports qulls onl faits. II dit encore : « S'il m'eût été permis de vous présenter Tanalyse de ces rapports, ce résumé sans doute eût été susceptible d'un bien grand intérêt; mais vous avez regardé la condescendance de ces corporations savantes comme une confidence, dont le secret vous était hautement recommandé, et vous n'avez pas voulu les i^river d'une portion de la gloire qui leur appartient, pour les découvertes et les méditations des membres (pii les composent, en faisant connaître leurs principaux résultats. »
On voit par ces paroles combien à cette époque on était éloigné des idées que Ton a aujourd'hui sur la publicité des séances des Académies et des Sociétés savantes. Tandis que maintenant, parmi les étrangers qui assistent à ces séances, un grand nombre n*ont pour objet que de livrer immédiatement au public, dans les journaux, le compte rendu de ce qui s'y est dit et passé : on regardait au contraire, en 1791, comme un devoir pour les assistants de garder le silence, sans on tirer d'autre avantage que celui de leur instruction personnelle ; ou tout au plus de communiquer, dans le même but, aux membres des Sociétés analogues ce (pi'ils avaient entendu. Cette discrétion relative avait ses avantages et ses inconvénients. Si le public en recueillait un moiudre prolit, si les auteurs n'en béné-
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ficiaient pas immédiatement pour leur réputation personnelle; par contre, les séances offraient un caractère plus intime et plus favorable à la libre exposition des opinions et à la discussion sincère des vérités nouvelles. On ne craignait pas, comme aujourd'hui, de se hasarder et de se compromettre par des conjectures parfois aventureuses, que la malignité de Tauditoirc est prompte à transformer en erreurs, au préjudice de la réputation de leurs auteurs.
Quoi qu*il en soit, le système d'un Bulletin manuscrit ne devait pas suffire longtemps à la Société. Nous possédons dans ses Archives le n^ 1 (juillet 1791) signé Brongniart, président, et Biche, secrétaire; les n° 2, 3, 4 (août, septembre, octobre), comprenant chacun environ deux ou trois pages, de diverses écritures, mal tenus et non signés. Les numéros se succèdent ainsi, non sans négligence, jusqu'au n* 13 (juillet 1792), lequel parut en retard avec cette mention finale :
« Des deux copistes de la Société, l'un étant absent, l'autre fort occupé d'ailleurs, le Bulletin de juillet a été retardé jusqu'à ce moment; nous avons cru devoir y réunir celui d'août pour remplir les engagements que nous avons pris avec nos correspondants. » Mais, à partir des n*»" 10 et 17 (octobre et novembre 1792), le Bulletin est imprimé, ce système ayant paru préférabliî à la Société. Plus tard, en 1802, on imprima les
cahiers manuscrits depuis 1791 , en y supprimant (juclciues articles, et Ton y joignit la réimpression des caliiers, tirés d'alionl à trop petit nombre jusqu^'i Tan V de la République. Tel fut le Bulletin de la Société philomathique^ à ses débuts.
Celte publication ne suffit pas au zèle dévorant de Silvestre et de la Société. Dans son Rapport sur les travaux de Tannée 1791, il annonce encore ijuc la Société a ouvert <les cours publics « destinés aux éléments des sciences... Tous vos associés se sontolTerts, chacun dans sa partie, et déjà vous avez commencé à (trofesser les mathémati(iues, la physique, Fastronomie; bientôt s'ouvriront des cours de chimie et de zoologie... »
Heniar(|uons ces créations, dues à l'initiative privée, au début d(» l'année 1792; elles vont bientôt devenir le principal mode de i>ropagalion des sciences et la forme nouvelle de leur enseignement, par suite de la suppression des cours officiels des Universités et des Académies. Il est utile d'entrer à cet égard dans quelques détails, alin de montrer la position nouvelle de la question et de faire comprendre le rôle considérable pris un moment par la Société philomathique *.
La destinée des Académies et Sociétés savantes et
1. Ces détails sont liri'*s de l'utile onvrairo de M. IJard : iEnsdijnemcnt supérieur en Fratirt'^ 17SÎM8SU. l. 1.
LA SOCIETE PHILOMATHIQUE. 22a
celle des établissements publics de tout ordre et de toute nature avait subi à peu près les mêmes péripéties. Ils avaient eu le même sort que Tensemble (les anciennes institutions françaises, atteintes par la marche progressive de la Révolution. Frappés d'abord de divers côtés et affaiblis par la suppression des dîmes et des congrégations, ils avaient été dépouillés de leurs biens propres par la loi du 8 mars 1793 (portant effet à partir du i" janvier 1793), laquelle ordonnait Taliénation des « biens formant la dotation des Collèges, des Bourses et de tous les autres établissements d'instruction publique français »; en mettant d'ailleurs à la cliarge de la nation le payement des professeurs et instituteurs et Tentretien des bâtiments. En mémo temps les établissements d'instruction publique étaient placés sous l'autorité des directeurs et administrateurs départementaux.
Les Facultés de médecine et de droit avaient été dépouillées de leur autorité par la loi du 2 mars 1791, (iui proclamait la liberté absolue des professions, sans condition légale d'études, de grades et de diplômes.
Un décret du 8 août 1703 supprima « toutes les Académies et Sociétés littéraires, patentées ou dotées par la nation ». Peu de temps après, la suppression légale des Universités, Facultés et Collèges, a comme voués à l'aristocratie et à la barbarie », fut prononcée par la
Convention, le 15 septembre 1793, au moment du vole lie la levée en masse et de la loi des suspects. La môme loi les remplaçait par un système nouveau et mal délini d'instituts et de lycées, affectés de préférence à renseignement des sciences et de leurs applications. Cï'tail au fond Tapplication mutilée d*un vaste plan de Condorcel. Mais ce décret fut remis en question dès le lendemain, comme reposant sur un malentendu, et destiné à créer non « l'avènement de renseignement professionnel et des écoles d arts et métiers, mais bien celui dos savants, dos lettres et des artistes » ; c'est-àdire une nouvelle « aristocratie », d'après l'opinion des adversaires du projtît adopté. Tout ce que put obtenir Bazire, parlant le langage le plus élevé au nom de la science et de la philosophie, ces mères de la Révolution, ce fut la suspension du décret et rajournement do la discussion. Celle-ci fut reprise trois mois après; elle donna lieu aux Rapports d'une commission spéciale, désignée par la Comité de salut public, rapports dans lesquels Fourcroy fulminait contre les «gothiques universités » et les « aristocratiques académies » et où Bouciuier insistait sur la nécessité de proscrire à jamais « toute idée de corps académique, de société scienlilique, de hiérarchie pédagogique » ; ainsi que sur Tinutililé « d'une caste de savants spéculatifs, dont Tesprit voyage consiaminent par des sentiers perdus dans la
région des songes et des chimères ». Les lettres, sciences et arts devaient fleurir, au sein de la paix, dans « les séances publiques des déparlements, des districts, des municipalités et surtout des sociétés populaires, vrais lycées républicains, où Tesprit humain se perfectionnera dans toute espèce d'art et de science ».
A la suite de ce rapport, lu le 24 germinal an II (avril 1794), sept jours après la mort de Condorcet, la Convention décréta la liberté de renseignement à tous les degrés. Table rase était faite, quoique certains débris de Tancienne organisation aient subsisté rà et là. Ixs Académies ne reparurent officiellement que d(Mi\ ans après, sous le titre d'Institut, consacré par la loi du 3 brumaire an IV.
Cependant le travail des savants ne fut pas arrêté en 1703, au milieu des transformations radicales de la société française et des catastrophes qui se succédaient; pas |)lus qu'il ne le fut de notre temps, pendant la sombre période du siège de Paris. A défaut des Académies et des Sociétés officielles proscrites, les Sociétés libres y suppléèrent. La Société philomathiquc, restée presque la seule des Sociétés savantes à ce moment criti(|ue de la Révolution, remplit à cet égard un rôle fondamental et tint la place de l'Académie des sciences. I^s premiers savants de Tépoque s*y portèrent aussitôt, pour y exposer leurs découvertes.
C'est ce qui résulte du témoignage des contemporains et de la lecture des listes des membres de la Société, avec date de nomination.
Aux dix-huit membres qui existaient à la fin de 1791, cinq autres avaient été adjoints en 1792, et cinq autres dans les premiers de 1793, tous gens peu connus aujourd'hui. Mais un flot de savants s*y précipite, à la fin de cette dernière année.
Le 14 septembre 1793, la Société recul parmi ses membres Bcrthollet, Lavoisier, Vicq d'Azyr, Ventenas, I^fèvre-Gineau; le 21 septembre, Leroy, Lamarck, Lelièvre, Fourcroy, Halle; le 28 septembre, Monge, Prony *, Jumclin; le 3 novembre 1793, Laplace, d'Arcet, Doyeux, Pelletier, Richard; le 13 décembre, Lacroix et Léveillé. Huit mois s'écoulent sans nouvelle adjonction et les nominations reprennent un cours à peu près régulier. On nomme alors : en 1794, sept nouveaux membres, dont Haùy et Berthoud; puis, le 13 janvier 1795 , Ètienne-GeolTroy Saint-Hilaire et Bosc; le 23 mars, Georges Cuvier; etc. Cela fait en tout quarante membres nouveaux jusqu'en 1795 : ce qui portait la Société, pertes déduites, à cinquante-six membres.
Cet état de choses est décrit en termes emphatiques