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FrcTo aîné de Riche

LA SOCIÉTÉ PIIILOMATHIQUE. 227

ilaiis un Rapport de Silveslrc, adressé à la Sociélé en 1798, cl où il raconte « quel esprit de conduite vous a fait résisl<»r au torrent dévastateur, qui entraînait li's malériaux dispersés du temple des arls, et comment votre Société, demeurée seule, ressemblait à ces monuments imposants que s'élèvent au milieu des déserts arides d'un pays jadis llorissant ». Ainsi, dit-il encore : « votre Société, modeste et libre, se soutenant par ses propres forces, n'ayant aucune grAcc à attendre, devant tous ses succès à sa constance et au zèle de ses membres, marcliait en silence vers son but uni({ue. »

Il nous apprend ensuite quel concours la Société a donné à la patrie, comment ell'î a tiré de son sein des commissaires, nommés « sur la demande des Comités di* Salut public et de divers ministres, ayant fait partie lies Commissions longues et gratuites du Bureau de consultation des Arts et Métiers, du Jurv des armes et de plusieurs autres travaux particuliers. »

lin niénn» temps, les cours publics dont la Société avait eu Tinitiative prenaient un essor inattendu et tendaient à reconstitu<T, en debors de TÉtat, un véritable établissement d'enseignement supérieur. Cet établissement, appelé d'abord du nom alors h la mo<le de Lycée et fondé ou accru en 1793, devint en 1803 l'Albénée des arts. C'est sous le nom de Lycée des

Scieries et deg Arts qu1I est surtout connu. I^ nom de Lycée est plus ancien d'ailleurs et a été attribué d'abord ù un établissement fondé dans les années qui ont précédé la Révolution et dans lequel ont professé, dés 1788, de La Harpe, Marmontel, Fourcroy, etc.; mais ce dernier établissement, qui avait pris le nom de Lycée républicain, est distinct de celui dont nous parlons ici.

Dans le numéro de juillet 1793 du Bulletin de la Société Philomothique^ on annonce Tinstitution d*un Lycée pour les Sciences, les Arts et Métiers, siégeant au Palais-Royal. On y donnait dix-huit cours, quatre par matinée ; la salle pouvait contenir deux mille auditeurs. Il était sous Tautorité d*un directoire, nommé par les Sociétés savantes. Il semble que le budget de rétablissement fût constitué, comme celui des théâtres, par le payement des places. En elTet, il est dit que (|uatre cents places gratuites étaient données par les autorités constituées, les Sections, les Sociétés savantes de Paris. Tous les premiers dimanches de chaque mois, on faisait un exposé public des découvertes récentes et Ton distribuait trois médailles aux travaux jugés les plus utiles. I^ musicien Grétry, les chimistes Berthollet et Leblanc, Thorloger Berthoud, Borda, Parmentier, le peintre David, les comédiens Frévillc et Mole ligurent parmi les titulaires de ces médailles, du

mois (favril au mois do septembre 1703. Ce n'est pas ici le lieu de suivre la destinée de cet établissement ; mais il était intéressant d'en marquer Torigine, liée à la fois aux progrés de la Société pbilomatbique et à la destruction des Académies et Universités. C'est ainsi, je le répète, que la culture de la Science se poursuivit, même aux moments les plus tragiques de notre bistoiro.

Le Bulletin de la Société philomathiqne, imprimé à partir des numéros d'octobre et de novembre 1792 (n**" 1() et 17), parut à peu près régulièrement. II est entièrement consacré aux sciences, sans qu'on y retrôuviî la trace de la Terreur, ni des péripéties •^M-andioses de la Révolution. Tout au plus pourrait-on en entrevoir (|uelque indice dans des indications accessoires, telles que le nom des imprimeurs Dupont, inscrits à la fois d'abord comme imprimeurs-libraires de l'Académie des sciences, jusqu'au milieu de 1793, désignés comme citoyens à partir de 1793, etc.; et leur adresse» marquée à partir de 179Î-J, rue Helvétius, jus(ju'en l'an IV, où reparaît le nom de rue de TOratoire-Saint-Honoré. De même, dans les désignations cbronologiques, l'indication de décembre 1792 (n** 18) étant suivie de celle de l'an I de la République; puis lancien calendrier subsiste jusqu'en octobre 1793 (n* i« , où à côté de ces mots, indiqués comme

« vieux style », se trouvent ceux de vendémiaire, seconde année de la République. Désormais, jusqu'au n* 5i, le dernier de la première du Bulletin (nivôse cl pluviôse, an V), il n'est plus question de l'ancien calendrier.

Les comptes rendus des séances de rAcadémie des sciences y figurent jusqu'en juillet 1793, et Flnstitut national apparaît pour la première fois dans les n^46- 47 (fructidor, vendémiaire, brumaire et frimaire de Tan IV de la République). Les numéros comprennent tantôt un mois, tantôt deux, et jusqu'à quatre mois.

Quoiipie le Bulletin ait paru ainsi d'une façon ininterrompue, les travaux de la Société semblent avoir éprouvé quelque perturbation ; car les Rapports généraux ont cessé à partir du commencement de 1792 : soit que toute l'activité des esprits se soit portée vers la politique, dans la crise terrible traversée par la France; soit et plutôt que toute réunion, toute association étrangère aux passions du moment, fût devenue suspecte et risquAt d'être fatale à ses membres. Peutêtre aussi Silveslre a-t-il cherché à se faire oublier pendant la Terreur; surtout s'il avait dès lors les opinions qui lui ont valu, vingt ans après, le titre de baron, au temps de la Restauration. Quoi qu'il en soit, les Rapports généraux ont été repris seulement en 1798, par Silvestre, le 23 frimaire de Tan VI, le Rap-

port (Haut suivi de Téloge du citoyen Riche par Georges Cuvier.

Dans rinlervalle on ne trouve qu'un Rapport sur les travaux de Parmentier, fait, le 7 juillet i793, au Lycre des Arts, par Silvestre, en vue des médailles <Jécernées par ce Lycée et communiqué à la Société pliiIomathi(|ue. Le Rapport général de 1798 comprend, (lit Silvestre, « les travaux de la Société pendant le long intei-valle écoulé depuis votre dernière séance d'anniversaire »; ce qui accuse bien une suspension temporaire.

Dans le Rapport de Tan VI, il est question des perles éprouvées par la Société pendant rinlenalle, et spécialement de celles de Lavoisier et de Vicq d'Azyr, que les contemporains paraissent avoir mis à peu près sur le même plan. « Parlerai-je de vos regrets sur la porte de Lavoisier et de Vicq d'Azyr, associés à vos (ravaux...? Leur éloge est dans toutes les bouches; leur souvenir est dans tous les cœurs. Ces deux savants également recommandables et dont la mort a pu rire regardée comme une calamité pour les sciences H pour riiumanité... i>;puis vient un parallèle entre les deux. Silvestre continue encore : « Lavoisier I Vicq d'Azyr! mortels vertueux qui avez si bien servi votre pays; qui tous <leux, par des genres de mort difTérents, avez été sacrifiés sur le seuil même du temple de la

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gloire; vous qu'un sort meilleur devait attendre, vos noms réunis suffiraient pour honorer le siècle qui vous a produits et le sol qui vous a vu naître », etc.

Vicq d'Azyr est Tun des fondateurs de Tanatomie comparée ; mais la perspective de la postérité ne saurait le mettre aujourd'hui sur le même plan que Lavoisier. Il est mort naturellement dailleurs et SiN vestre ne fait aucune allusion à la An tragique de Lavoisier : les haines auxquelles il avait succombé étaient sans doute encore trop vivaces.

Le secrétaire de la Société, énumérant les travaux de celle-ci, parle des Commissions qui rendaient compte des séances de Tlnstitut national, de la Société d'Histoire naturelle, de la Société de médecine, de la Société médicale d'Émulation, de la Société philotechnique, a La Société du Point central de Paris et celles d'Émulation de Rouen, d'Histoire naturelle de Bordeaux, d'Agriculture et Arts de Boulogne, ajoulet-il, se sont aussi empressées de correspondre avec vous. » Cette énumération nous donne une idée du degré d'extension de la culture des sciences en France à cette époque, et du nombre croissant, mais encore bien limité, de leurs adeptes.

Silvestre parle également de la Bibliothèque de la Société, qui subsiste encore aujourd'hui et renferme des ouvrages précieux, ainsi que de ses collections de

minéraux, insectes, plantes, oiseaux, lesquelles ont disparu.

Vers le même temps, le Bulletin commence une nouvelle série, à partir du mois d avril 1797 (germinal an V). Il redevient tout à fait mensuel; il est paginé par volume, au lieu de l'iMre par numéro, comme autrefois, et il parait régulièrement.

A ce moment, la Société philomathique.semble avoir éprouvé une reconstitution, qui Ta amenée à sa forme définitive, telle qu'elle a subsisté jusqu'à nos jours. Silvestre annonce en effet, dans son Rapport, que la Société a décidé la fixation du nombre de ses membres, craignant que leur trop grand accroissement ne nuisit à TAssociation, en affaiblissant Tintimité qui lui avait donné naissance.

En fait, elle s'était adjoint, en 1796, sept membres nouveaux, dont Larrey, Daubcnton, Duméril, qui a vécu jusqu'à nos jours (i860) ; en 1797, neuf membres, dont Bouillon-Lagrange, de Lasteyrie, Alibert, Adet, «'le. Le nombre total des membres s'était ainsi accru jusqu'à dépasser 70; le nombre des vacances annuelles ne sur|)assait pas deux jusque-là.

On ne pouvait continuer ainsi, sans altérer profondément le caractère de la Société. De là le nouveau règlement, à la suite duquel un certain nombre de membres^ disparaissent et d'autres deviennent hono-

rail es : les nominations nouvelles n'ont plus eu lieu (lès lors qu'au fur et à mesure des vacances. La période de fondation est close ; la Société ue s'agrège plus de nouveaux membres que par voie de remplacement.

Le règlement qui se trouve en tête du premier volume des Rapports généraux paraît, en effet, avoir été rédigé vers i797 ou 1798, le volume ayant été imprime, en Tan VIII, aux frais de TAdministration centrale du déparlement de la Seine, ainsi qu'il est dit à la page 31^. Ce règlement indique que la Société s'occupe des sciences suivantes : « l'Histoire naturelle, TÂnatomie, la Physique, la Chimie, l'Art de guérir, les Arts mécaniques et chimiques, l'Ëconomie rurale et le Commerce, les Mathématiques, l'Archéologie ».

« Elle est formée de membres, au nombre de cinquante, astreints à un travail périodique et à une présence habituelle aux séances; d'associés libres que leur Age ou leurs occupations empêchent d'assister régulièrement aux séances et de correspondants », obligés également à une collaboration effective.

Los revenus sont tirés de la vente du Bulletin et des ouvrages de la Société et des contributions de ses membres, l'une régulière et annuelle, l'autre en raison des absences. Ces sources de revenus étaient minimes, à cause du nombre limité des membres, et,

plus d'une fois, dans le cours de son existence, la Sociéh'» éprouva des embarras pour publier son Bulletin et même pour subsister, faute d'un capital de réserve. Les inconvénients qui résultent d'un pareil étal de choses pour une Société sont peut-être préférables à ceux qui naissent d'une trop grande richesse, laciuelle engendre la nonchalance, le parasitisme, les dépenses superflues et tend à perpétuer indéHnimenl des associations devenues stériles, dont les réserves prennent ainsi le caractère des biens de main-morte. Mais la Société philomathique ne fut jamais exposée à ce risque.

Sa constitution intérieure se ressent de ses origines. Elle était et a toujours été éminemment égalilaire et républicaine. D'après le règlement précité : point de fonctions perpétuelles; le Président est nommé pour trois mois et ne peut être continué; le Secrétaire est élu pour deux ans et rééligible, etc. La rédaction du Bulletin est confiée à six commissaires annuels, adjoints au Secrétaire. Les Membres et Correspondants ont le droit d'amener les personnes de leur connaissance aux séances de la Société. On voit que celles-ci n'étaient pas publiques, pas plus alors que celles des Académies. Chaque année, le 20 nivôse, anniversaire d(» sa fondation, la Société tient une séance extraordinaire, dans laquelle le Secrétaire doit lire l'analyse

C'est ce qui résulte du témoignage des conlemporains et de la lecture des listes des membres de ta Société, avec date de nominaliou.

Aux dix-huit membres qui existaient à la 0n de 1791, cinq autres avaient été adjoints en 1792, et cinq autres dans les premiers de 1793, tous gens peu connus aujourd'hui. Mais un flot de savants s'y précipite, à la Hn de celte dernière année.

Le 14 septembre 1793, la Société reçut parmi ses membres BcrlhoUel, Lavoisier, Vicq d'Azyr, Venicnas, Ix^rëvre-Gineau ; le âl septembre, Leroy, Lamarck, Leiièvre, Fourcroy, Halle; le 38 septembre, Monge, IVony ', Jumclin; le 3 novembre 1793, Laplacc, d'Arcet, Deyeux, Pelletier, Richard; le 13 décembre, Lacroix et Léveillé. Huit mois s'écoulent sans nouvelle adjonction et les nominations reprennent un cours ii peu près régulier. On nomme alors : en 1794, sept nouveaux membres, dont Haûy et ficrlhoud; puis, le 13 janvier 1795 , Élicnnc-GeolTroy Saint-Hilaire et Bosc; le 33 mars, Georges Cuvicr; etc. Cela fait en loul quarante membres nouveaiu jusqu'en 1793 : ce qui portail la Société, perles déduites, k cinquante-six membres.

Cet état de choses esl décrit en termes emphatiques

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