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Histoire nnluiflfr^ liv. ix, cil

320 SCIENCE ET UOHALE.

réorganisation. A partir de chacun de ces points, viles reformaient des rouloR, le long des chevrons de la toiture, d'où elles remontaient à la surface des tuiles, pour se diriger de nouveau vers le sycomore. L'odeur de ses (leurs et certaines odeurs, en général, semblent avoir pour les fourmis un attrait invincîMc.

Il y a quelques années, j'ai observé une singulière attraction de ce genre, exercée sur des fourmis ailées, et d'autant jilus extraordinaire qu'elle les conduisait par centaines a une destniction inévitalilc. Sur la plate-forme d'une tour haute de 98 mitres, j'avais installé, en vue d'expériences sur l'électricité, des Ilotes ou llacons isolateurs, renfermant de i'aciilc sulfurique concentré, du sein desquels s'élevait une tuhu- )ure centrale, laissant seulement un étroit espace annulaire, entre elle et le col du Hacon : celui-ci même était entouré, sans en être touche, d'un chapeau métallique très voisin. I^s physiciens connaissent ces supjiorls isolalcni-s. Or, les fourmis ailées avalent trouvé le moyen île monter à cette hauteur et de pénétrer, en rampant patiemment, dans les intervalles successifs des (iolos et des deux espaces annulaires , concenlriques, pour se précipiter dans l'acide sulfurique, où elles périssaient aussitât. Chacun dos isolateurs, au nombre d'une douzaine, se trouva ainsi encombré au bout de peu de jours par des centaines

lie fourmis mortes, exhalant une oileur mélangée de musc et iracule sulfureux, (jui, loin de les faire fuir, les attirait toujours davantage : le col extérieur du llacon demeurait tout couvert de fourmis en mouvement, s'empressant ainsi vers leur propre anéantissement. Mais c'était là la preuve d'un instinct aveugle et irrésistible, agissant en sens contraire de cet instinct de conservation, inhérent, prétend-on, à tout être vivant.

Hevrnons à notre invasion de fourmis, attirées, ce semhle, par Todeur des (leurs du sycomore, ou par ses pucerons, et (|ui paraissaient mues par Tespoir d'approvisionner la nouvelle cité et les villages qu'elles s'rlTorraient de construire dans le voisinage.

Il fallut combattre une à une toutes ces tentatives d'installation spécialisées. Les poutres, les chevrons furent goudronnés un à un ; la terre, (pie le goudron ne pénétrait pas suffisamment, fui imbibée de pétrole; 1rs poteri(»s minces, que l'on voulait éviter de souiller, furent submergées dans un baquet, afin de noyer leurs habitants improvisés; sur les tuiles, on Iraija de h)ngues traînées goudronneuses, de façon à partager la surface de la toiture en une succession de polygones, fermés par de véritables cordons sanitaires, et dont l'accès était rendu impraticable. Cependant chaque jour les fourmis apparaissaient sur un point nouveau,

comme par une sorte d'inrillration, déployant un esprit irinveniioii cl une vanélé cxtraoniinairc de procédés improvisés, auxquels il fallait opposer des ressources toujours dilTéreotes. La nuit même, elles reprenaient au clair de la lune des routes que la crainte les avait forcées d'abandonner en plein jour : les auteurs anciens ont déjà parle de ce travail nocturne des fourmis. Si leur multitude avait pu se renouveler, elles auraient peut-être flni par surmonter toutes les tentatives de résistance. Mais elle était désormais limitée par les ttarrièrcs opposées du câté du iiois, i|ui ne permettaient plus aux bataillons dos rourniis de eoniblcr les vides; leur nombre diminuait I>eu à peu, et la lutte ne pouvait qu'aboutir, après un temps plus ou moins long, à la destruction totale de ces fâcheuses colonies.

(li'petidanl, des individus plus ou moins nombreux, sortis un ne sait d'où, reparaissaient sans cesse. Il fallut plusieurs semaines d'elTorts patients et continus pour en réduire le nombre à <|uelques rares unités, sans arriver euroiT l'i les faire ilisparaitre intégralement.

Ilien des dizaines de mille i\c] fourmis s'obstiiiéri'iil ainsi jusqu'à leur destruction totale, laquelle e\i<j:ea une dépriise de <> kilogrammes de goudron, ^ litres de péirole, â<)0 (grammes de phénol, autant d'aiiiliiie, et .^(H> grammes de Heur de soufre. Tel est.

pour les gons (\\n aiment à counailro le tlélail des dioses, le bilan matériel de la campagne dirigée contre celte invasion.

Le i)ilan moral est plus instructif : car le récit (|ui précède établit la variété singulière des procédés employés par les fourmis pour atteindre un but d'utilité générale, qu elles ont posé elles-mêmes à leur activité. On a vu comment leur intelligence et leur >olonlé se plient aux circonstances, promptes à proliler de toute facilité locale, de toute comlition accidt'ntelle «jui peut les conduire à la Vin désirée. Cette tin n'est pas poursuivie par un acte simple et uniforme, tri (jue la marche en commun vers un objet déterminé, ou la rt»clierclic de la nourriture : c'est nue entreprise» de colonisation régulière, en un lieu favorable, désigné sans doute à l'avance par leurs iAploraleurs. I^ colonisation est tentée d'abonl en massi'. puis en détail, avec des ressources indéfinies de travail, (rinveiition et, disons-le aussi, avec un esprit de sarridce à la communauté pareil à un véritable dévouement patriotique. Rien ne ressemble plus aux actes d'une peuplade humaine, en quête d'une inslallalion nouvelle, (|ue les agissements de celte tribu de fourmis en mouvement, luttant avec persévéramr contre un destin contraire et s'efforcant de surmonter une puissance aussi supérieure à elle, que

[louvail lï'lro lii fiHcc d'une divinilé, lians les croyances lies linmmi's d'atiliofois. Elles procèdent non seulement par voir directe, mais par toute sorte de procédés détournés ol, ce <|ui est plus remarquable, par une série d'arles individuels, accomplis en raison de l'inilialive patliciiliêrc de ses memlircs, cl dont le caracliTO et la portée rappellent singuliéremcnl les actes raisonnes d'une volonté lilire.

Ilcvons-noits persister à désif^ner sous le nom d'instinct l'impulsion i|iii détermine l'cnscmldo des actions accomplies par des êtres aussi réilccids, en nous basant seulement snr ce fait qu'elles convergent toutes vers un but déliiii à l'avance'? Mais si l'on s'allacliait à cetie manière de voir, ne pourrait-on pas prétendre que la même inlerprélation est valable pour la plupart des fondions accomplies par la rivilisation humaine? he problème a d'ailleurs deu\ laces : le but poursuivi avec une éiierçit' falalc, opposé à la variété préméditée des movL'ns par lescpiels il est atteinl. Si l'on s'attache uniquement à la convergence des elTorls dirigés vers une lin déterminée, n'est-il pas évident qu'elle raiipelle la pression inconscienle. en vertu de laquelle l'eau lenil â prendi'e son niveau et s'infillrc à travers tous ii'S obsliides opposés par une dijrueî Maïs c'est une ean ilonl cliaiiiie fronlte serait vivante et douée d'iiiilialive personnelle. He même la Iciision purement

physique do l'éloclricité ou de la chaleur se manifeste par un ensemble de lois, (jue Ton résume sous le nom de potentiel. Toutefois s'il est permis d'assimiler rinsiinct des fourmis à une sorte de potentiel moral, n'ouhlions pas que ce potentiel agit, non par des mécanismes purement physiques, tels que ceux de la rlialeur et de réiectricilé, mais par Tintermédiaire d'une volonté intelligente, diversifiant à rinllni ses plans et ses moyens d'action, en les accommodant sans cesse aux difficultés et aux circonslances dont elle se propose de triompher.

LES l'ERLES

KT LEUll RULF. VASS L'IIISTOIIIE

Uui n'a VU de jeunes enfants jouer sur un tas de sable et y ramasser soigneusement Ac petits coquillages et lies pierres polies, pour eu faire collection? Le goût des objets brillants et réguliers est naturel a l'homme : on sait avucqucl empressement les sauva<;cs rcclicrchcnt les verroteries et les morccaus de métal. Je me rappelle avoir vu uiiliefois au musée île Darmstailt des colliers trouvés ihuis les sépultures des peuplades barbares lies bords du Itliin : leurs possesseurs d'autrcrois les avaient formés eu enlilani à c6té les uns des autres des cailloux, tirés du lleuve, et des camées précieux, (|ui provenaient du pillage îles villes galloromaines. L'instinct cslliétiiiuc de ces tribus grossières associait ainsi les produits élégants de la civibsalion la plus i-aflinée avec ceux de la curiosité puérile lies ilgcs préhistor'ii]ues. Ce sont là îles expressions

(liiïcTcntcs Cl inégales du senlimcnl de Tart, l'un des plus puissants qui existent dans riuimanité. La femme surtout l'éprouve au plus haut degré et elle cherche, à exalter encore par la parure cet amour de la Beauté dont elle représente la forme la plus parfaite.

Parmi ces cailloux, ces coquillages, ces ohjets naturels tirés des eaux, la perle dut frapper de bonne heure l'attention. Sa forme arrondie, sa blancheur, son éclat chatoyant attirent le regard et il est facile de la disposer en colliers ou en garnitures. Cependant on n'a pas retrouvé jusqu'ici de perle véritable parmi les obj(»ts préhistoriques, ni même parmi les restes des vieilles civilisations chaldéenne el égyptienne. Tout au plus a-t-on sijrnalé dans les sables des ruines d'Abydos, en Egypte, (pielques globules informes, qui pourraient être les représentants des perles d'autrefois. Mais la perle enfoncée en terre s'altère si profondément, qu'il n'est guère possible d'aflirmer l'identité de ces débris. Il n'est pas sûr d'ailleurs qu'ils remontent au delà de l'époque des Ptolémées.

Une remarque est ici nécessaire. Ix; nom de perle en elTet a été appliqué par les modernes k des objets divers; on s'en sert couramment pour désigner tout petit globule arrondi cl brillant, susceptible d'être disposé en collier ou ornement : perles d'or et d'argent, perles colorées de verre cl d'émail, perles d*ambre

jaune cl de résines diverses, peiles d'ivoire, d'ébène, de bois dur et sculpté, perles formées avec une pâte moulée de feuilles de rose, sont désignées par le même nom (|U(' les prries véritables. Or ces perles métalliques, ligneuses ou vitrifiées, remontent à la plus haute antiquité. On les rencontre au sein des plus vieux tombeaux d'Egypte. Schliemann en a découvert des écliantillons dans les fouilles d*Ilios. Aujourd'hui on les fabri(|ue par millions pour les vendre au Continent Noir.

Peut-élre serait-il plus légitime de rapprocher des vraies perles d'aujourd'hui ces petits oursins enfilés, ces petits coquillages de toute nature, qui ont formé les colliers retrouvés dans les tumulus de l'Age de pierre. La perle, tirée des huîtres, a en effet une origine analogue. Mais, je le répète, on n'a pas rencontré d'échantillons de celle-ci dans les vieilles sépultures.

C'est la seule dont je veuille parler ici. Où la trouvet-on? Quelle est Torigine de ces brillantes parures que nous voyons étalées dans les vitrines des orfèvres? Telle est la (jueslion qui se présente d'abord.

La perle est consliUiée par la nacre, matière blanche, brillante, dont les couches superposées concourent ù former divers coquillages. C'est une sécrétion vitale, résultant de l'association du carbonate de chaux avec une substance organique. Elle se dépose d'une façon

rciruliiMV, on lames minces, qui Jonneiil lieu, à cause (le leur minceur même, ù ces reflets irisés, à ces jeux (le lumière, si pris('îs des amateurs. La nacre apparaît à 1.1 surface intérieure des huîtres, des moules, des haliotides, d(''s ((u'on enlève fanimal. Pour la manifester dans l'épaisseur de la C0(|uille du nautile, du tmho et de divers autres gastéropodes univalves, il suflit d'enlever a\C(' précaution le revêtement superliciel. (Vest ainsi qu'ont été préparées ces grosses coquilles (jue Ton voit sur les étagères de nos salons. Uuand la nacre a une certaine épaisseur, on la détache à l'aide de petites scies, et on en fabrique des plaques pour incrustations et pour éventails, des boutons et divers petits objets d'ornement.

(M* ce (|ue l'art fait pour isoler la nacre, la nature le réalise spontanément, cl c'est ainsi cpie la perle prend naissance. C'est un véritable accident morbide qui donne lieu à cette séparation. En général la concrétion s(» forme autour d'un petit corps étranger, le plus souvent un parasite microscopique, qui lui sert de noyau. La perle grossit dès lors, par couches successives cl c()nrentri(pies, dont la disposition sphérique donne à son éclat en tous sens une régularité (|ue !i nacre ordinaire ne saurait présenter. Les elTels optiques des couches minces ainsi développées sont bien connus des physiciens : ils tiennent à la structure de la matière, et

non à rexistcnce d*un principe cplorant particulier.

Lesarondes, les huîtres, les pintadines, les mulettes, les anodontes, les espèces du genre unio produisent des perles. Mais c'est Tavicule porle-perle qui en est le siège le plus fréquent. Chaque coquille ne renferme pas d'ordinaire plus d'une perle de quelque grosseur; quoi(|ue certaines en contiennent parfois plusieurs petites. Dans ce cas, comme dans celui des cristaux des chimistes, il semble que la formation des gros échantillons détermine la dissolution des petites.

Les coquilles à perles se rencontrent dans toutes les parties du monde : ce sont surtout des coquilles marines, quoiqu'on en trouve aussi dans les eaux douces, lacs et fleuves. Les principaux lieux d'exploitation, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, sont les bancs de Ceylan et ceux de Bahrein, dans le golfe Persique.

Suivant leur forme, on distingue les perles par des dénominations diverses. Les plus belles ou parangons peuvent être rondes ou piriformes : celles-ci demeurent souvent adhérentes à la coquille, par une sorte de queue qu'il est nécessaire de scier. D'autres sont aplaties en forme de table. La forme en est parfois tourmentée et irrégulière : ce sont les perles baroquesy dont l'estimation dépend du caprice des amateurs. On recherche dans une perle son eau^ son orient ou éclat particulier, enlin sa couleur, qui varie du bleu laiteux

;m jaiiac pAlo. Rarement, elles sont roses, lilas, bleues, jaunes d'or ou bronzrcs. Leur volume varie, depuis celui des petits granules justprà celui des grosses, «|ui pèsent une centaine de grains, c'est-à-dire 5 à 6 grammes. Je ne sais si Ton a jamais cité des perles dont le poids surpassât 8 grammes.

Ces grosses perles sont employées à Télat isolé, comme pendeloques; les perles plus petites sont enlilées en longs colliers, à triple et sextuple rangs, disposées en bracelets autour des bras en Europe, autour lie la cheville des pieds en Orient, ou bien cousues sur 1rs robes. Ix»s dames romaines portaient des pendants d'oreilles, formés par Tassociation de deux ou trois «rrossc^s |KMies formant grelots. On en ornait, ilans l'antiquité, les statues; et au moyen âge, les relicpiaires, calices, patènes, croix, chasses, chasubles, couvertures de manuscrits, en les associant à toutes sortes de pierres précieuses naturelles et de vitrillca- (ions brillantes. Il existe, au Musée de I^uvre et à la Ribliothè(|ue nationale, un certain nondire d'objtMs de cette nature, incrustés de perles. Mais celles-ci y sont plus ou moins sab's et écaillées : leur durée n'est pas indéfinie comme celle des pierres dures.

La perle en elTel est un ties joyaux les plus «lélicats; elle s'altère aisément. N'on seulement elle est de consi>tance tendre et sensible au frottiMnent; mais les

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acides, la transpiralioii, l'Iiumidilé. la poussière ont aclioii sur (^llc. La matière organique qui en forme la trame se moililie sous l'influence de l'air et des TermL'iils; ce <|iii D'an-ivc pas aux pierres précieuses doal la composition est purement minérale. La perle se ternit, Jaunit, et ses couclics superposées se séparent peu il peu en s'écaillant. Aussi la perle était-elle rëputre aiitrerois avoir une sorte de vie : elle vieillit et meurt, disait-on. Quand on rencontre des perles dans les musées sur des olijels du mo>cn flge de date certaine, il en est toujours quelques-unes qui sont éteintes, mates, en parties exfoliées : ce sont des perles merles. C'est pour cela sans doute qu'aucune perle authentique no remonte jusqu'à l'antiquîtc.

Ohservons qu'il n'est guère possible d'étaldir la date certaine des perles eiicliAssécs dans les objets rares, vases, livres ou ornements d'église, de nos musées. En eiïel, ces objets ont été, depuis le moyen îige, au \vi< siècle, au wii", et même de notre temps, l'objet de restaurations réitérées , faites dans l'intention louable de leur conserver leur aspect et leur éclat priiiiitif. Or, dans ces restaurations, comme dans celles des monuments remis l'i neuf par les architectes, on a l'usage de remplacer les pierres cassées ou altérées par des pierres neuves de même couleur : de telle sorte que les perles qui ligurent sur la couverture d'une

bihle (le Charles le Chauve, par exemple, ou sur un ostensoir de Tabbé de Suger, risquent fort d'avoir été mises là du temps de Louis XIV, sinon par des restaurateurs contemporains de Louis-Philippe ou de Napoléon IIL Dans les recherches que j'avais entreprises sur les perles antiques j'ai été arrêté par cette difficulté des restaurations, contre laquelle les antiquaires n'ont guère de garantie.

Venons h Torigine des perles et à leur extraction.

Les perles étant produites par un coquillage, elles oiïrenl sur les autres pierres précieuses l'avantage de se multiplier incessamment : à la condition toutefois (]u'une exploitation sans prévoyance n*épuise pas les bancs et ne détruise point la source même de ces richesses, comme il est arrivé trop souvent pour les obj<'ts tirés du régne végétal et animal.

I^s pêcheries de perles de Tlle de Ccjian (ancienne Taproban(») et du banc de Bahrein (golfe Persique) étaient déjà célèbres dans Tantiquitc, et elles sont encore aujourd'hui les principaux sièges de la production. Les perles de la Grande-Bretagne étaient réputées dans ranti(|uité : aujourd'hui il n*en est plus question. Au xvr siècle, après la conquête espagnole, il a existé des pêcheries de perles sur les côtes de rAmérique centrale; mais les bancs étaient épuisés dès la fin du siècle suivant. On a cité encore les perles de la mer

Rouge, de la cAtc d'Arabie, de la cAtc de Goromandel, de l'AdriaUquc (AcarDanic). colles du lac Tay ea Ecosse, cl une mullitudc d'autres localités, qui oc donnent plus lieu aujourd'hui à aucune exploitation régulière ou considérable. Nous parlerons donc seulement de celles de Cejlan et de Balirein.

Les pêcheries de Cejlan ont été monopolisées par le gouvernement anglais. En soi^antc-dix ans elles ont rapporté plus de 25 millions de Trancs; mais le revenu en est Tort aléatoire, l'abondance des huîtres variant extrêmement suivant l'épuisement produit par t*cx- (raction et diverses autres causes. L'exploitation a lieu surtout dans la baie de Condatchy. A Bahrcin, le produit s'élevc à 5 on 6 millions de francs par an.

La pèche a lieu suivant des procédé qui ne semblent guère avoir varié depuis l'antiquité, l'emploi du scaphandre n'ayant pas réussi, paraît-il, jusqu'à présent. Elle se fait à l'aiiIe de barques et de plongeurs.

A Ceyian, cbaque barque porte un patron, dix rameurs et dix plongeurs. Ceux-ci vont chercher les huilres à une profondeur de i à (i brasses (7 à 30 mèires; ; ils sont lestés avec une pierre de granit de forme arrondie, sans laquelle ils ne pourraient guère descendre au fond de l'eau; ils sont également pourvus d'une corde destinée à les remonter ù la surTace. Ils restent une minute et demie sous l'eau, détachent

rapidemenl les huilrcs ù Taide d'un iuslrumeiil, en remplisstMil un iilot, et se font aussitôt remonter à la surface. Ils plongent ainsi quarante et cinquante fois par jour.

Aux îlfs Balirein, il y a 1 500 bateaux pùcheurs; les plongeurs plongent jusqu'à 7 brasses (12 mètres); ils se pincent le nez avec un instrument de corne et se boucbent les oreilles avec de la cire d'abeilles, pour emptVlier Teau de mer d'y pénétrer et de refouler le tympan. Ceux-ci ne font que 12 ii 15 descentes par jour.

La profession des plongeurs est des plus malsaines. Non seulement ils sont exposés à être dévorés par les requins, ou à demeurer aspbyxiés; mais ils périssent souvent en sortant de l'eau, surtout s'ils se sont enfoncés à de grandes profondeurs. A la lin de la journée, ils rendent le sang par la bouche, le nez, les yeux, les oreilles, c'est-à-dire par la surface de toutes le*^ muqueuses. Au bout d'un certain temps, leur vue s'alTaihlil, leur corps se couvre de plaies inguérissables, et ils meurent prématurément. Chacune de ces parures brillantes (lui figurent dans nos salons représente des souffrances et souvent des vies humaines !

Ix's huilres étant ainsi récoltées, il reste à en extraire les perles : beaucoup d'huîtres n'en contiennent pas et litMi n'y permet de préjuger l'existence ou le volume de ces petites concrétions.

 cette fin, on entasse les huîtres et on les laisse pourrir; ce qui développe, comme on peut croire, une odeur insupportable. On les ouvre alors sans difficulté et on en extrait les perles qu'elles peuvent contenir. On nettoie celles-ci et on les classe par catégories, suivant leur grosseur et leur beauté. On les perce et on les dispose en colliers. Les perles trop petites pour être enfilées sont appelées semence de perles. Les perles de Bahrein sont un peu jaunes, moins belles que celles de Ceylan, mais plus durables.

Le prix des perles a varié suivant les temps, les lieux, la fantaisie, dans des limites telles qu'on ne saurait en assigner la moyenne. Les deux fameuses perles de CléopAtre, dont nous parlerons tout à Tlieurc, étaient évaluées à 10 millions de sesterces (2 millions de francs). Deux perles en poires sont estimées 2000 écus dans Tinventaire des bagues de la reine Marie d'Ecosse (Marie Sluarl), à la mort de François II.

Dans la couronne de Rodolphe II, empereur d'Allemagne et fauteur de sciences occultes, à la fin du xvr siècle, figuraient des perles de la grosseur d'une noix de muscade, et du poids de 30 carats (6 grammes), évaluées à 1 000 écus d'or. Pour remonter moins haut, rappelons que dans le cours d'un procès récent il a été question d'un collier de perles de 500 000 francs,

«lonni» à une actrice célèbre. Mais ce soni les souverains orientaux, grands amateurs de pierreries et d'objets rares, qui paient, même aujourd'hui, les prix les plus ^levôs.

En raison de cette distinction et de celte valeur, les perles ont joué quelque rôle dans Thistoirc du monde, ('ependant, la mention en est relativement récente. II n'est (juestion des perles ni dans Homère, ni dans Hérodote. Elles ne sont guère citées qu'à partir du icnips d'Alexandre et de ses successeurs, c'est-à-dire de la conquête de l'Orient, dont elles tiraient leur orijrine. C'est aussi â celle époque que Ton voit apparaître le nom de Margatita, ou Marguerite, c'est-à-dire prrle, donné aux femmes.

Tout le monde connaît l'histoire des perles de CléopAIre, reine d'Egypte. Antoine lui avait offert un festin, oiï les mets les plus chers et les plus rares étaient pro(ii<rués : les Romains à cet égard, en leur qualité de j:rn< jrrossiers nouvellement enrichis, recherchaient pin lot la «rioriole d'un faste inutile que la délicatesse. r,onime il se vantait de sa dépense, CléopAlre paria qu'elle Ir surpasserait, et qu'elle consommerait à elle seule po!M* 10 millions de sesterces. Après avoir servi à srs convives un fort beau repas, elle Ht apporter diMix perles énormes, et un vase renfermant du \inaiiire. Elle y mit dissoudre Tune des perles cl

ravala : au moment où elle allait détruire la seconde, Planciis mit la main dessus. Après la mort de Cleopîilro, ajoute Pline, cette perle fut sciée en deux, on en lit deux pendants d'oreilles pour une statue de Vénus, ùv\<fi'c dans le Panthéon à Rome.

On a révoqué en doute Texactitude de ce récil, parce que la perle ne se dissout guère dans le vinaigre. En fait, celui-ci commence par en aviver l'éclat, en en décapant en quelque sorte la surface, puis il altère et ramollit la perle; mais son action est lente et les couches concentriques de la pierre précieuse ne s'attaquent que peu à peu sans désagréger. On ne saurait attrihuer à Faction de Cléopàtre une durée supérieure à quelques minutes et il est difficile de comprendre comment elle aurait pu, dans un temps si court, désajrréger une masse calcaire, grosse comme une muscade, pesant 6 à 8 grammes, et la réduire en une pâte gélatineuse, assez répugnante d'ailleurs h avah»r. Telle est l'objection. Mais on pourrait répondre que Cléopâlre aura sans doute commencé par broyer la perle avec le vinaigre, et par y ajouter quel(|ue condiment, avant de l'absorber.

L'anecdote même est d'autant plus probable qu'elle semble répondre h quelque usage, né delà folie du luxe chez les Romnins. Pline, en effet, rapporte aussi qu'un certain Clodius, lils de l'acteur Ésope, fit avaler, à

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cliacun tic sos convives, une perle de valeur, à la Un d'un repas.

C'est vers la fin de la République romaine et au début de l'Empire que remploi des perles prend une grande extension. Les premières perles auraient été apportées à Rome du temps de Sjila. Au triomphe de Tompée, on montra son portrait retracé avec des perles : ce (lui donne lieu à une déclamation de Pline, d'après laquelle cetle tête de Pompée, montrée ainsi isolée (le son corps, fut regardée comme un présage menaçant de la colère des dieux. On voit que les Romains avaient encore les préjugés superstitieux des barbares contre U's portraits. Jules César, après la conquête des Gaulrs, dédia à Vénus, dont il prétendait descendre, une cuira>se garnie de perles de Bretagne. I^ perle joue aussi un rôle dans ces lois somptuaires, par lesquelles les magistrats romains prétendaient porter remède à la dépopulation, menaçante alors pour Rome, comme elle Test devenue pour la France moderne. CVst ainsi que, dans une loi contre le célibat. César interdit les parures de perles aux femmes qui n'avaient ni enfant ni mari, et qui comptaient moins de cini|uanle-cinq ans d'Age. De pareilles loisen faveur de la moralité publi(|ue avaient peu d'autorité de la part de César : je ne sais si elles seraient accueillies avec plus de succès de notre temps. Le luxe des perles n'en

continua pas moins. Lollia PaulinSy femme de Galigula, portait sur ses vcMemcnts des perles et des émeraiides pour une valeur de 40 millions de sesterces (9 millions de francs environ). Les brodequins de Galigula luimi^me étaient couverts de perles, et Néron en garnissait le sceptre et le masque des lustrions, dont il aimait à briguer la gloire. Ijc diadème et le casque (le Constantin le Grand étaient ornés de perles. Ce fut un usage courant d'en garnir les vêtements, les croix, les armes, le trône des souverains byzantins et sassanides, et cet usage a régné pendant tout le moyen âge. Il n'est guère de récits relatifs aux ornements et objets dVglise où ne figurent des perles, et leur luxe redouble au xvi'' siècle, au milieu de la grande exaltation artisti(|ue de la Renaissance.

Dans Vllistoirn des joyaux de la couronne de France^ par Germain Bapst, il est dit que Catherine de Médicis avait les plus belles perles du monde. lorsqu'elle fut mariée à Marseille, le 28 octobre 1533, avec le second lils de Franruis 1", Henri, duc d'Orléans, qui fut depuis le roi Henri II, elle avait dans sa parure « deux grosses perles pucelles, en forme de poire, de 92 et Dfi grains (o grammes) », royal présent de François I*". Elle apportait en France quantité de pierreries et, entre autres, »< les plus belles et les plus grosses perles qu'on ait vues jamais», dit Brantôme; elle les donna

plus tard à la reine d'Ecosse, sa nièce, Marie Sluarl, qui, après s'être parée de ces perles en collier, comme reine de France, les emporta en Ecosse, à la suite (le la mort de François II, son époux. Lors de ses malheurs, elles furent prises, un jour de déroule, par lord Morton à Borlwich-Caslle, au mois de mai loOT, et apportées îi Londres.

L'ambassadeur de France, M. de La Forest, fut même chargé par Catherine de Médicis de les racheter. Elles formaient six cordons enfilés comme patenôlre; vin^M-cimi à part, plus grosses, pareilles à des noix muscades. Mais ce fut la reine Elisabeth qui acheta pour 12000 écus les joyaux de Icnnemie, qu'elle allait achever d'accabler.

Les perles jouaient à cette époque, dans la parure des femmes, un aussi grand rôle qu'au temps des Romains. Sur les manches, alors fort larges, comme sur le corsage de toutes les toilettes d'apparat, on plarait des milliers de pierres montées sur chaton. A. rexlrémilé du corsage s'ap[»liquait, sous forme de ceinture, \'d pfitenôtt*e qui, en épousant la taille, venait de chaipie côté des hanches se joindre sur le devant; elle se terminait par une longue chaîne, ornée de pierreries, descendant jusqu'au bas de la jupe; au bout se trouvait un bijou, composé d'une grande pièce centrale et (le trois perles en pendeloques.

Au-dessous de la cotoire «''tait ordinairemcDl une berthe, composée de douv rangs de perles, qui suivait sur le corsage, en deux guirlandes, la forme du sein : ces deux guirlandes se réunissaient au contre de la poitrine, au-dessous de la bague de la cotoire, cl rctomliaicnt ensuite jusqu'à la ceinture, en dissimulant Touvcplure du corsage.

Les perles et pierres précieuses servaient alors en Europe, comme en Orient jusqu'à notre temps, de résenes linancières. C'est ainsi qu'en 1368, le prince de Condé, Jeanne d'Albret, Henri de Navarre, Coligny, donnent en gage, à la reine d'Angk'Icrrc, leurs bagues et pierreries, comprenant entre autres un grand collier de Jeanne d'Albret, trois grosses perles en poires, et des cordelières d'or, garnies de liuil perles cliacune. Elisabetli pnHa sur ces joyaux âOUOU livres sterling. Mais cette somme ne parait avoir été jamais remboursée et les joyaux ont ilû restt^r dans le trésor de. la couronne d'Angleterre, où ils (igureni probablement encore k riicure présente, â côté des bijoux de Marie Stuart.

On voit que les liommes politiques de l'Angleterre, en encourageant la discorde cliez leurs voisins, ont toujours connu l'art de les suitventionner à leurs propres ilépeus, en prenant des gages qui augmentaient leur propre ricliesse nationale.

Les joyaux de la couronne d'alors, perles et dia-

mants, furent pillés durant la Ligue et nul ne sait ce <|u*en devinrent les perles.

Lorsque Henri IV épousa Marie deMédicis, il reconstitua le trésor des joyaux de la couronne, et au nombre des plus heaux bijoux qu'il acheta était un collier d'énormes perles rondes, avec pendeloques.

Les reines de» France usèrent de ces perles, en di\ erses montures, jusqu'à la Révolution.

On connaît aussi Tliisloire d'une perle célèbre, offerte en U}H{] à Louis XIV par le Génois Semmeria. Elle jiesait 100 ^n^ains (près de 7 grammes); elle avait la forme d'un buste d'homme, complété par des garnitures d'or émiiillé, le tout posé sur un piédestal et disposé dans une corbeille d'argent.

Lors du vol des diamants de la couronne, en septembre 17î):2. il est question d'une perle enfermée dans une boîb» d'or sur laquelle étaient écrits ces mots : « Heine drs perles ».

Mais riiistoin» des perles de la couronne de France serait diflirile à poursuivre, parce que leur adaptation et leur existi»nce même variaient au gré du souverain, qui les attribuait en dons à ses favoris et favorites. Les reines et l(»s princesses ne se faisaient pas faute de remanier à leur fantaisie les garnitures des anciennes parures, pour en constniirc de nouvelles.

A cAté de l'histoire authentique des perles, il n'est

pas sans intérêt, pour la connaissance des opinions d'autrefois, de rapporter ({uelques traits de leur histoire légendaire, ainsi que les vertus réelles ou chiméri(|ues qui leur ont été souvent attribuées. La perle était produite, disait-on, par la rosée céleste, qui fécondait les coquillages entre-bâillés. La pureté de la perle dépend de celle de la rosée : s1l tonne, Tanimal est frappé de terreur, la bulle demeure vide et avortée. Ces contes, qui paraissent venir de TOrient, ont été reproduits par Pline, par Solin, par Âmmien Marcellin, et jusqu'au moyen ûge par Marbod, évéque de Rennes, dans son poème sur les pierres précieuses. On prétait aux coquillages mêmes une organisation et une intelligence singulière. Ces co(|uillages vivaient en troupes, sous la direction d*un chef, comme les abeilles, d'après Mégasthène; il fallait saisir ce chef et les autres, demeurant sans direction, se laissaient prendre. Les huîtres d'ailleurs savaient se refermer sur la main indiscrète du pécheur. Pour Téviter, elles se cachaient derrière les rochers et dans les gites mêmes des chiens marins (squales ou requins .

On attribuait à la perle des propriétés extraordinaires, surtout en médecine : son emploi est préconisé dans les antidotaires du moyen Age. Elles étaient usitées contre toute maladie possédant une malignité secrète, fièvres et pestilences, et employées dans la fabrication

(li's élixirs composés. La poudre de perle était réputée eflicace contre tous venins et morsures d*animau\; on l'administrait mélangée, avec addition de bezoard, de roriic de licorne et de cornes de cerf. On préparait surtout une eau de perles, préconisée entre toutes. A crt elT(»t, la perle était dissoute, ou plutôt délayée dans du jus de citron, du vinaigre, ou tout autre acide; on ajoutait du sucre, puis un mélange d*cau\ de roses, de fraises, de bourrache, de mélisse et de cannelle, etc. C'.rtle eau de perles réparait les forces et combattait Tépuisement sénile; elle avait presque la propriété de ressusciter les morts. Ce sont des vertus merveilleuses, que l'on trouve proclamées à toutes les époques pour l(*s médicaments à la mode. Il y a là une tendance nahirelle à Tesprit humain : dès qu une chose, ou une idée, dans un ordre quelconque, arrive à la prééminence, on rétend atout, on la croit propre à toutes les destinations : la vue de Tobjet, ou la conception de l'idée obsède certains esprits, et remplit en quelque sorte leur horizon.

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