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dispiile sur les mots ». Toute Ja manière dont M. Frohschammer comprend la physiologie et les sciences naturelles est prouvée être de telle nature qu'elle se montre entièrement incapable de servir de base à un jugement motivé des questions qui sont de son ressort, et la rectification si ferme de Reclam parait avoir complètement bien mérité en rétablissant les faits.
La quatrième subdivision porte le titre de somme ou touty et traite d'une des distinctions les plus importantes dans les conceptions de la philosophie et des sciences naturelles, puisque la première trdte toujours plutôt du tout et que la dernière traite toujours plutôt des parties. L*hypothèse philosophique ordinaire que le a tout » est encore quelque chose de plus que la a somme » de ses parties isolées, a bien, suivant Reclam» infiniment de points par lesquels elle peut vous gagner et s'insinuer dans vos bonnes grÂceSy mais elle est inexacte et en opposition avec la manière de voir de Thistoire naturelle. Pour démontrer la liaison causale des parties isolées d'un organisme, This* toire naturelle n'a donc besoin d'aucun « principe vital x>, d'aucune « force vitale » , de l'hypothèse d'aucune différence entre le u tout » et la « somme x>. Pour les philosophes qui se maintiennent en dehors des sciences naturelles, il arrive, lorsqu'ils considèrent l'être vivant, ce qui se présente pour les gens dénués d'instruction^ lorsqu'ils considèrent une locomotive : l'être vivant les étonne comme une chose miraculeuse dont ils voient les effets, mais dont ils ne comprennent pas la force qui le pousse. Si les sciences naturelles ne peuvent pas encore montrer pour rinstant, ni que toutes les activités de l'homme n'ont d'efficacité que par la somme des parties isolées, ni que, au delà de ces parties^ il ne se trouve aucun toutj on peut cependant démontrer qu'il est inutile d'admettre un
« tout » différent de là a somme ». Une époque ultérieure sera seule en état d'en donner la preuve directe.
Le cinquième chapitre a pour suscription : essentiellement différent ou non ? et s'efforce d'exposer l'influence forcée des indications de Thistoire naturelle sur l'état de la philosophie. En ce qui concerne le fait « que le cerveau est en activité dans la pensée », telles sont les expressions qui se trouvent dans l'ouvrage de Reclam, « personne n'y trouve plus actuellement rien de contradictoire ». Même les antagonistes de la physiologie accordent que la pensée « correspond en général à une fonction du cerveau ». La question consiste donc seulement à savoir « si le cerveau suffit en lui-même et par lui-même à engendrer la pensée », ou s'il est besoin, pour expliquer sa production, de l'hypothèse d'une « force agissant de l'extérieur sur le cerveau, le dominant, comme si elle en était la cause immatérielle, ayant son existence propre». Les sciences naturelles se contentent du premier mode d'explication ; la philosophie au contraire ne s'en contente pas, et « refuse aux sciences naturelles le droit de faire à sa mode et avec l'aide de ses ressources la tentative de résoudre la question, parce que le fonctionnement du cerveau est « essentiellement différent » du fonctionnement des autres organes. Cette assertion de la « différence essentielle » est examinée de plus près, et il est démontré en particulier qu'une telle différence n'est ni anatomique, ni chimique, et n'existe pas plus qu'elle ne peut exister au point de vue fonctionnel. Si l'on éloigne la totalité ou une partie du cerveau, sa fonction se perd en tant que perception, représentation et jugement, de la même manière que la fonction du muscle, consistant en mouvement, se perd lorsqu'on le coupe ou qu'on l'éloigné. Réciproquement, par l'habitude de la réflexion', ^
le cerveau du savant se fortifie, de même que les muscles du forgeron ou du serrurier, etc., etc., se fortifient parle travail. Le poids du cerveau s'accroît à mesure que la force de Tintelligence augmente, et diminue, dans un âge avancé, à mesure que la force de Tintelligence s'abaisse. C'est chez les gens les mieux dotés au point de vue de rintelligence que Ton a trouvé les cerveaux les plus lourds, ce dont Reclam indique, comme exemples, les cerveaux de Dupuylren, de Cuvier, de Cromwell et de Byron. Les races d'hommes les plus élevées se distinguent toujours des races inférieures par leurs cerveaux plus gros et mieux organisés. En outre, dans toutes les races, l'homme a un cerveau plus gros que la femme. La même loi se présente, dans toute la série animale, en sorte que « plus l'animal se trouve élevé dans l'échelle zoologique, plus son cerveau est gros ». Après tout cela^ la relation entre la masse du cerveau et le degré de la capacité intellectuelle ne peut plus être contesté. Déjà Magendie disait, il y a dix ans, qu'on « trouvera rarement un homme, distingué par ses aptitudes, qui n'ait pas une grosse tête ».
Mais cette grosseur n'indique naturellement toujours que la prédisposition et l'aptitude au perfectionnement: elle n'indique pas le degré de perfectionnement existant, et par suite la capacité d'exécution môme. La grosseur du corps exerce également de l'influence sur la grosseur du cerveau. On rattache presque involontairement une petitesse anormale du cerveau à de faibles aptitudes intellectuelles, tandis qu'un cerveau très-bien constitué laisse à chacun l'iidpression d'un penseur d'une grande supériorité. Dans le langage de la science, atrophie du cerveau est synonyme d'incapacité pour les fonctions intellectuelles. La chimie a de plus fourni des points de icapprochement intéressants, et a démontré que dans le
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système nerveux se trouve amoncelée a une matière d'un point de vue 'chimique si réjouissant (suivant l'expression de Lehmann), d'une telle mobilité dans ses parties constituantes plus intimes et les plus intimes, que nous pouvons à peine la retrouver dans un autre organe du corps de ranimai». En ce qui concerne la proportion de matière grasse du cerveau, Bibra a aussi démontré que cette proportion parait être d'autant plus grande, a que l'animal est d'une organisation plus élevée et possède plus d'intelligence ». Il est aussi démontré que la substance ner- . veuse dépend du mélange chimique des matières qui la constituent, et que sa capacité d'exécution est d'autant plus grande, qu'elle peut retirer du sang en plus grande quantité la nourriture qui lui est propre — une compensation de matière qui ne peut toujours avoir lieu que par voie chimique. C'est en s'appuyant sur des raisons suffisantes que le célèbre Ludwig {Lehrbuch der Physiologie, «Traité de physiologie») se prononce en faveur de l'hypothèse que la cause primitive du développement de la force dans les nerfs, de même que dans toutes les autres parties du corps, réside dans la transposition chimique de la matière. La pathologie indique aussi que l'état des nerfs dépend de la constitution chimique du sang, et que tout changement dans le mélange de matières qui constitue le sang, se fait sentir aussi dans la fonction des nerfs, comme cela peut être observé dans la chlorose. Les nerfs, sont aussi le réactif chimique le plus délicat. Reclam arrive, par des considérations de ce genre et par des considérations analogues à la conclusion que a le nerf et le muscle ne sont pas «essentiellement» différents l'un de l'autre, » et accompagne cette conclusion de ces paroles : « Quelles invectives n'ont pas émises les philosophes, soit dans leurs paroles, soit dans leurs écrits, durant ces dernières an-
nées; quel traitement ordurier, grossier et commun est échu aux sciences naturelles de la part de quelques théologistes à cause de cette énonciation : cependant nous devons la répéter, parce que la force de la vérité et la puissance des faits sont toujours supérieures aux criailleries de quelques esprits bornés. ï>
La cinquième subdivision traite du point de vue actuel des sciences naturelles et des objections que l'on élève contre ce point de vue. Ce n'est pas sans réflexion et avec frivolité, ainsi le fait voir Reclam, que les naturalistes d'aujourd'hui sont arrivés aux idées que l'on désigne, dans la plupart des cas, tout à fait à tort comme a matérialistes »; mais ils ont été guidés par les faits scientifiques acquis par une observation dénuée de tout parti pris. Pendant que c'est pour eux un besoin et un principe fondamental de rechercher les causes premières de tous les phénomènes^ l'hypothèse des soi-disant spiritualistes relativement à l'essence de l'àme dépasse en tous points les moyens de l'intelligence de l'homme^ et prend pour point d'appui un merveilleux inexplicable pour expliquer quelque chose d'obscur, d'inexpliqué. Dans la conviction de Reclam, l'idée du « matérialisme dans les sciences naturelles » ne peut avoir rationnellement qu'une étendue suffisante pour se borner à faire voir que la capacité intellectuelle est une fonction du cerveau — c'est-à-dire dépend et est inséparable^ en ce qui concerne la perception de l'homme, des éléments naturels de l'organe corporel — tandis que le a matérialisme, comme système philosophique p, va plus loin et tire des conséquences qui vont au delà des sciences naturelles et ne peuvent plus être jugées immédiatement par ces sciences. C^est être tout à fait dépourvu de réflexion que de confondre la soi-disant « direction matérialiste de l'époque » avec le « matérialisme dans les
sciences naturelles » et d^mputer à ce dernier la cause de cette direction. Le point de vue actuel des sciences naturelles est bien moins matérialiste que réaliste. « A qui », demande l'auteur, « convient plutôt le reproche d'émettre une opinion ^mofe, c'est-à-dire légère? — au naturaliste, qui s'en tient fermement au réel, etc., etc., — ou slm philosophe, qui cherche à calmer l'impulsion des hommes à connaître les choses, en a établissant » une possibilité quelconque et en s'elTorçant de la défendre avec plus ou moins de sagacité par la dialectique ! »
Relativement à quelques conséquences générales tirées récemment de l'i^tude des sciences naturelles, notamment en ce qui concerne Vimmortalité de V âme, l'auteur dit que rien ne vient justifier les sciences naturelles de se prononcer sur cette question. Il n'existe, suivant lui, aucuns matériaux empiriques qui puissent servir de sujet à des observations sur la vie future et l'éternité. Les sciences naturelles ne doivent ni nier le surnaturel, ni en démontrer Ja réalité, mais elles doivent laisser son existence indécise. Cette modestie de la part du naturaliste pris en particulier peut bien être louée, et il est seulement à regretter que cette modestie ne se rencontre pas chez les théologistes et chez les philosophes. Au lieu de laisser dans le doute, comme le font les sciences naturelles, l'existence d'un surnaturel, ils poussent leurs pérégrinations dans cet ordre d'idées avec la plus large satisfaction. Assurément rien ne serait plus à désirer pour eux et pour leur direction réactionnaire que de voir les sciences natu« relies abandonner toutes les positions qui dépassent le simple champ de l'observation, et si l'on voulait poursuivre ridée de l'auteur jusque dans toutes ses conséquences, tout ce que la science expérimentale nous a fourni de grand devrait être remis en question en ce qui concerne
sa signification scientifique générale, et tout le champ si étendu du surnaturel et de Textra-naturel, du « miraculeux » dans la foi et dans la science, devrait être donné 6n possession incontestée aux antagonistes de Tétude de la nature. Qaant au fait que Tauteur a eu au moins tout cela dans l'esprit , cela ressort suffisamment de ses propres assertions telles que nous les avons indiquées précédemment, et il voulait bien dire seulement que le sujet immédiat de l'étude des sciences naturelles ne peut être que ce qui nous est fourni par nos sens. La chose prend une tout autre forme lorsqu'on entreprend d'examiner les résultats trouvés dans cette voie au point de vue de leur signification philosophique. On quitte alors tout à fait ainsi le terrain immédiat des sciences naturelles, et l'on pénètre sur le terrain de la science en général, à l'édification de laquelle toutes les branches du savoir de l'homme doivent également fournir leur contingent. Mais précisément en ce moment, aucune des branches du savoir humain ne peut être ici d'un plus grand secours que les sciences naturelles, qui ont fait de si grands progrès dans ces dix dernières années, et toutes les voix leur font appel pour nous délivrer du chaos philosophique et théologique qui règne actuellement, a L'assertion si souvent entendue que la philosophie et l'histoire naturelle n'ont rien de commun l'une avec l'autre (ainsi Ta déjà écrit l'auteur de ce mémoire dans une occasion antérieure), parce que l'une s'occupe de Vessence des choses, tandis que l'autre ne s'occupe que du phénomène accessible à nos sens, repose tout simplement sur une confusion de l'étude de la nature {ffaturforsckung) et des sciences naturelles {Naturwissensckafi). Le naturaliste {Naturforscher) peut avoir raison lorsqu'il s'en tient seulement à son sujet, et ne considère pas, comme étant de son ressort, ce qui se trouve au delà : mais les
sciences naturelles (Nalurwissenschaft) enregistrent les résultats trouvés par le naturaliste et les relient entre eux et avec les intérêts généraux de Thumanité. » On ne peut poser à aucun individu une limite jusqu'à laquelle il veuille aller ou croie devoir aller dans l'interprétation des résultats trouvés par la science, et les lois éternelles du bon sens sont les seuls juges de l'exactitude ou de Tinexactitude de ses interprétations. Celui qui voudrait inutilement mettre des obstacles ou poser à l'étude certaines limites qu'elle ne devrait pas franchir, ne pourrait qu'entraver la marche du progrès de la vérité et de la science humaine, sans pouvoir l'arrêter d'une manière durable. M. Reclam l'a voulu d'autant moins que, dans le cours ultérieur de la subdivision de l'ouvrage dont nous parlons ici, il prend sous sa protection de la manière la plus formelle les sciences naturelles contre quelques imputations aussi ridicules que fausses qui ont été son partage dans les discussions des dernières années : ainsi, par exemple, contre le reproche d'être nuisibles aux mœurs et à la morale ou de favoriser la frivolité. Au contraire, suivant lui, par suite de la tendance de la science à influer sur le perfectionnement de l'homme, elle favorise surtout, bien mieux que la théologie^ le développement des véritables vertus et un perfectionnement uniforme du corps et de l'esprit. Assurément même lorsqu'on devrait admettre toutes les conséquences athéistes et matérialistes tirées récemment des sciences naturelles, et même les introduire dans la pratique de la vie, l'exemple d'un peuple grand et civilisé existant sur la terre montrerait que tous les inconvénients que l'on redoute ne sont que des chimères. Les Japonais se sont approprié, suivant lui, la manière de voir « matérialiste » à un lel point, qu'ils nient généralement l'immortalité après la mort et professent l'athéisme.
Cependant on n'a aucune raison de croire que, sous tous les rapports, ils soient inférieurs dans les questions de moralité et de mœurs à un quelconque des soi-disant peuples civilisés. Les sciences et les arts sont florissants chez eux à un tel point, que les soldats qui se trouvent dans les corps de garde ne passent pas le temps^ comme chez nous, à boire, à fumer et à jouer, mais à lire des poésies et des dissertations, ou à soulever entre eux des discussions savantes. « Tous les voyageurs s'accordent sur ce point qu'ils n'ont vu aucun peuple chez lequel, dans toutes les classes de la société, la manière d'agir paraisse plus éclairée et plus convenable, chez lequel les relations commerciales paraissent plus intelligentes et plus sincères et dont l'organisation politique paraisse plus ponctuellement coordonnée que cela se présente sur tous les points chez les Japonais. » a Et cependant», reprend M. Burron, savant américain, qui a visité leur ville des morts^ si somptueusement mise en ordre, « les Japonais sont une nation d'athées. »
Dans la polémique contre Moleschott que l'auteur viQpt intercaler ici, il aurait dû faire un peu moins d'attention aux parties faibles qui se rencontrent isolément et être un peu plus juste pour les grands services et les facultés éminentes de ce savant.
Dans la septième et dernière subdivision, l'auteur traite, en se pénétrant bien de son sujet et en s'appuyant sur des observations faites par lui-même, d'une des questions les plus importantes et les plus intéressantes de l'étude philosophique de la nature, de la question de Vâme des bêtes et du soi-disant instinct. Par suite de l'importance et de la position indépendante de cette question qui est restée jusqu'ici comme enterrée dans les systèmes spéculatifs de philosophie, et qui ne commence que maintenant à être
traitée philosophiquement en partant de points de vue réellement conformes à Texpépience, il peut paraître excusable de ne pas mentionner plus à fond cette subdivision, et de renvoyer provisoirement ceux qui voudraient étudier la question à un mémoire particulier qui traitera en particulier de la manière de voir de M. Reclam sur cette question, et conjointement de quelques autres écrits qui s'en occupent également.
Le livre de M. Reclam est donc, par son contenu, un document riche et digne d'être très-apprécié, qui doit contribuer à la solution ou du moins à Téclaircissement des questions et des intérêts que l'époque actuelle a le plus à cœur, et tout individu instruit qui prend de l'intérêt à ces questions, pourra y puiser de l'instruction pour la tête et le cœur. Le livre — le fait est assez caractéristique — est dédié à Son Altesse le duc de Saxe-Cobourg- Gotba^ et montre ainsi que le libre examen ne manque pas d'adhérents même sur le trône. En ce qui concerne les points de départ de l'auteur considérés dans leurs rapports avec les points de vue généraux de la science psychologique, ils sont du reste originairement, comme le lecteur attentif l'aura bien remarqué lui-même, malgré l'affirmation contraire de l'auteur, plutôt de nature dua^ listey puisque les nerfs et la matière^ Vesprit et le corps^ sont tout d'abord opposés l'un à l'autre et, comme le titre l'indique, sont représentés dans leurs relations de réciprocité mutitelle. Plus tard cependant, poussé par la force des faits et par la logique proprement dite, l'auteur passe plutôt à des idées monistes et matérialistes^ et parle exprès^ sèment de la a fonction intellectuelle » du cerveau, ce la «fonction de la pensée » [Denkverrichtung)^ etc. On doit éviter cependant ici de pénétrer plus profondément daus le rapport intime entre le corps et l'esprit ou d'en donner
une explication précise — et cela avec raison, parce qi l'état actuel de nos connaissances ne nous présente qi peu de points d'appui positifs pour arriver à une tel explication, et que les liens intimes particuliers qui ratb chent entre eux ce que nous nommons le corps et Vespr doivent assurément toujours rester pour nous un problèm( Ou bien devrait- on admettre en effet que le problème été résolu récemment d'une manière satisfaisante par le explications de M. Emmanuel Hermann Fichte, professeu à Tubingen, dont l'ouvrage intitulé : Anthropologie ode Lchre von der menschlichen Seele, neubegrûndet ouf nafur wissenschaftlichem Wege fur Natvrforscher , SeelenàrtzU und wissenschaftlich GèbUdete ûberhaupt, 2 Aufl., 186( (a Anthropologie ou théorie de l'âme humaine, établie sui des bases puisées dans les sciences naturelles^ à l'usage des naturalistes, des médecins de l'âme (ministres de la religion) et des érudits en général», 2® édition, 1860), constitue presque dans toutes ses parties une antithèse intéressante du livre de M. Reclam. Par la voie de l'ancienne philosophie spéculative, M. Fichie a fait avec beaucoup de conscience la découverte que, ni les opinions dualistes^ ni les opinions monistes, ne renferment le vrai point de vue des choses, mais qu'il s'opère une complète pénétration du corps et de Came l'une dans l'autre, une complète conformité d'existence : ce sont des substances difi'érentes, mais à un état de combinaison et de pénétration très-intimes. Après avoir, en poussant ses conséquences encore plus loin, affirmé Videntité de l'esprit et de la nature^ de l'âme et du corps, et avoir désigné incidemment l'âme comme ayant une existence réelle, mais individuelle, il revient à la suite de cela sur ses pas, et retombe dans le spiritualisme le plus excessif lorsqu'il affirme que l'âme se constitue à elle-même une enveloppe
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orporelle et que les événements de la vie sont des opéations de TAme. <x Le corps, » ainsi s'exprime l'auteur, ^ (n'est que l'âme tournée vers Textérieur, se représentant )lle-môme avec les attributions du temps et de l'espace, 'expression de la manière particulière dont il est rattaché I l'àme ou de son idiosyncrasie {b'igenart) . Une existence le l'âme avec les attributions d'espace et de temps parait devoir mériter ici aussi bien d'être niée qu'une existence de Tàme en dehors de ses attributions ! ! a Les fonctions organiques sont explicables au moyen de l'activité de Tàme restant en dehors de l'action de la conscience. » Ce passage est encore suivi de l'hypothèse d'une relation à trois termes entre l'esprit, la force organique et les substances corporelles ; — en sorte que V unité y la dualité et la trialité y trouvent leur place et qu'il y en a pour les exigences de toutes les écoles. Mais le fameux pied de cheval révélateur fait son apparition, aussitôt que le système philosophique de l'auteur, semblable à une petite nacelle, pénètre dans une eau courante un peu plus étroite et vient à traiter de questions plus concrètes. U y est alors démontré, en partant du point de vue de la philosophie théologique, que la vie est un simple a état de préparation » pour ce qui existe au delà, et que, dans la mort, l'âme se dépouille de son enveloppe de « matière chimique {ckemische Stoffwelt) » . En ce qui concerne l'immortalité de l'âme, non-seulement il est démontré philosophiquement et empiriquement qu'il en existe une en général pour l'âme des animaux et des hommes, mais qu'en même temps^ comme cela ne suiBrait pas pour les hommes, il en existe une particulière et individuelle pour ces derniers. Au point de vue empirique, cette dernière se manifeste dans la vision lucide et dans Vextose^ états auxquels l'auteur consacre un chapitre particulier tout
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goDÛé des assertions les plus incroyables et d'une logique vraiment antédiluvienne. Ces états de vision lucide et d'extase dépendent, suivant Fichte, d'une a mort relative passagère », d' a anticipations ou de premiers degrés de la mort » qui, étudiés avec plus d'exactitude, a pourraient nous procurer une connaissance, voisine de la certitude, de l'état que nous rencontrerons après la mort». Évidemment le soi-disant « corps intérieur (innere Leib) » ou « organisme pneumatique j) que Fichte distingue du corps ordinaire ou extérieur, et la faculié visuelle {seherische Kraft) du corps intérieur, doivent être développés par Vancétis^ne ou la mortification du corps, de telle manière qu'il existe une relation entre les morts et les vivants. On arrive ainsi à une faculté de voir dans. l'avenir (Schauen) qui est plus élevée et qui dépasse les limites ordinaires des connaissances que nous pouvons acquérir avec l'aide de notre corps et de nos sens. Dans la mort, il ne nous reste que le « corps intérieur » et l'état futur est un état de « complète désensualisation [Entsinlickung) ». La vision lucide même est un somnambulisme {Wachtraum) qui prédit l'avenir et qui a lieu sans l'intermédiaire des nerfs : en effet, l'Âme peut, dans certaines circonstances, suivant Fichte, agir sans l'intermédiaire des organes qui lui servent ordinairement. Il y a dans cet état une suspension de la combinaison ordinaire du corps et de l'âme, une délivrance plus franche de la conscience, une force intellectuelle surélevée, et il s^ensuit rétrogressivement que l'âme peut, môme sans le corps et sans l'appareil nerveux de la conscience^ être susceptible d'avoir la conscience de ce que nous désignons sous la dénomination de « l'autre monde ». On ne peut arriver ainsi à rien autre chose qu'à considérer seulement lé corps — tout à fait en
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contradiction avec les théories exposées dans la partie généraile de l'ouvrage-^ comme un lien et une restriction de la pénétration et de Taction de nntelligenûe. Assurément M. Fichte parait croire d'une manière tout à fait sérieuse aux esprits elklsi possession^ et on doit seulement s'étonner qu'il n'ait pas fait jouer aussi aux tables tournantes un rôle parmi les preuves indiquées. Et Ton ose descendre à publier de telles choses du haut de la chaire de philosophie et même de philosophie a cherchant ses bases fondamen* taies dans la voie des sciences naturelles d à une époque dans laquelle a vécu A. de Humboldt et dans laquelle les sciences naturelles ont démontré jusqu'à l'évidence que tous les phénomènes naturels sont inviolablement conformes aux lois de l'univers. M. Fichte se plaint dé la pky^ siologie^ parce qu'elle n'a pas examiné d'une manière plus attentive ses « tenants et ses aboutissants (ZustUnde))). S'il avait voulu se donner la peine d'étudier un peu plus exactement cette science et les sciences préliminaires qui s'y rattachent, il aurait pu se convaincre à trois points de vue différents : 1*^ des raisons que la physiologie, qui est la science dans laquelle les efforts les plus incessants vers la recherche de la vérité sont faits continuellement, a pour se comporter delà manière qu'il blâme; 2"* de ce que le « calorique ( Wdrmestoff) » contre lequel M. Fichte dirige sa polémique^ n'existe plus aujourd'hui que dans sa propre opinion, mais n^existe plus dans la science ; d" de ce que les exemples d'anomalie et de non conformité au but proposé que M. Fichte lui*méme demande pour que, suivant son propre aveu^ toute sa théorie des phénomènes de la vie considérés comme des provenances de l'Ame, devienne insoutenable, font en réalité si peu défaut, que des pages entières peuvent être remplies de leur énumé-
ration. Peut-être môme alors se seraît-il élevé dans son esprit de justes doutes sur la « force organique x> et sur la <ii présence dynamique de Tâme ^ dans toutes les par* ties du corps. Mais comme M. Fichte a négligé cette étude, nous ne devons pas nous élonner que, dans ses explications relatives à la conformation temporelle de l*âme, h Vorigine des âmes individuelles et à la création^ il avance en général des choses qui rappellent les temps les plus mauvais de la philosophie, et qu'il suppose chez les antagonistes de ses idées un (( esprit empiriquement endurci. » M. Fichte concède enfin aussi à Vanimal son droit, puisqu'il désigne l'organisme animal comme n'étant que l'image réalisée extérieurement de la spécificité de l'âme de l'animal, et qu'il admet des transitions de lanimal à l'homme. Cependant l'animal reste un être «naturel», tandis que l'homme est un être « surnaturel » dont l'esprit se distingue par la teneur à priori des idées. Tout homme est un génie, — une découverte que — à titre d'observation incidente — M. Fichte « éternellement le cadet », — ne peut assurément pas avoir fait sur luimême.
Celui pour lequel il est encore douteux que la philosophie spéculative, malgré sa confiance en elle-même vrai* ment grande et vraiment inébranlable, ne possède pas le moyen de pouvoir donner une explication du rapport du corps et de Tâme qui soit même seulement un tant soit peu satisfaisante et qui soit d'accord avec les faits et les résultats de la science positive, celui-là peut voir son doute disparaître par une lecture critique du livre de Fichte; tandis que les explications raisonnables, mais positives d'un homme comme Reclam, lui inspireront au moins de Testime pour la science et ramèneront à un
point auquel le moyen d'arriver à une connaissance plus étendue lui manquera assurément, mais auquel du moins, en possession de quelques vérités, il pourra sentir le sol ferme sous ses pieds.