DE U VIE DE L'ÂME DES NOUVEAU-NËS
(D' A. Kussmaul : Vntersuchungen ûber dos Seelenleben des neugeborenen Mensehen; Recherche;^ sur latie de r&ooe de rbomme nouTeau-në. Leipiig et Heidelberg, 1859.)
« Plus la méthode inductive se fraye avec force un chemin dans la sphère qui embrasse la psychologie^ » dit Tauteur, professeur de médecine à Erlangen, à la page 5 du petit opuscule que nous venons de citer, o plus les lois de la physique des nerfs se mettent en lumière avec clarté, plus les esprits marchent, ouvertement, et sans se préoccuper des hypothèses spéculatives, vers la recherche du réel, plus on verra aussi disparaître les nuages qui nous cachent encore à Theure actuelle les moyens de faire pénétrer nos connaissances dans Tenchalnement et les lois de nos forces les plus élevées, de nos forces psychiques. » En partant de ce point de vue, Tauleur cherche à nous fournir un document qui puisse contribuer à éclaircir une des périodes les plus obscures de la vie psychique de l'homme, la période dans laquelle il est à l'état de nouveau-néf et à tenter un essai de remplir une partie de la grande lacune que, dans ses études psychiatriques, il devait malheureusement rencontrer dans Tétude empirique de l'àme. « Après qu^on a écrit tant de livres compactes sur la psychologie», dit-il dans un autre passage, «il est
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Traiment affligeant qu'on doive rencontrer encore de si grandes lacunes dans l'histoire de la constitution de Tâme. » Cette affliction n'est que trop bien fondée et elle a sa raison d'être très-naturelle dans ce fait que la philosophie et l'histoire naturelle se sont toujours tenues jus* qu'ici entièrement éloignées l'une de l'autre^ et que les philosophes qui se sont occupés de psychologie, nous ont toujours fourni plutôt une image de leur propre existence psychique qu'une représentation objective s'appuyant sur des recherches réelles. Dans le cas même où ils recherchaient parfois ce dernier résultat, «il ne peut pas», comme notre auteur l'observe, « échapper à celui qui est impartial^ que même les têtes les mieux organisées fermaient précisément, dans un grand nombre de cas^ leurs yeux aux faits les plus convaincants et disposaient les choses d'après des idées dogmatiques préconçues de nature métaphysique ou théologique.
L'éternelle manie des philosophes de préférer la voie déduclive à la voie induclive, et de partir de principes gé* néraux et non démontrés ou d'hypothèses générales et non démontrées plutôt que de l'appréciation impartiale du sujet môme, fait souvent perdre plus où moins de valeur à leurs efforts du reste si utiles et si pénibles. Dans Vhis'' toire de Tétude empirique de Tâme, l'auteur attribue la première place à Âristote et au médecin et penseur anglais Locke; mais il trouve que du reste^ par rapport au sujet spécial qui l'occupe, par conséquent la vie de l'âme des Qouveau^nési on ne rencontre, dans cette histoire> que des données purement pleines de contradictions^ et inexactes pour la plupart^ Des recherches expérimentales de la nature de celles que l'auteur a instituées, n'ont encore été faites par personne. Les expériences qu'il a faites, s'étendent au sens du goût, au sens du toucher^ à ia sensation
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du chaud el du froid, au sens de la vue surtout, ainsi qu'à Fodorat, à la vision, à Touïe, à Timpressionnabilité pour la douleur, à la sensibilité musculaire, au besoin d'air et à la sensation de faim et de soif chez les nouveau-nés. Malheureusement ses expériences sont trop peu nombreuses et s'accordent en outre parfois trop peu entre elles pourqu'on puisse en tirer des conclusions très-nettes; et, dans de telles expériences, il est très-difficile, souvent même impossible, de distinguer dans tous les cas avec netteté les mouvements qui reposent sur des motifs psychiques ou des perceptions connues, des mouvements qui sont de nature plutôt réflexe, c'est-à-dire doivent leur production dans les nerfs à un phénomène mécanique indépendant de la conscience et de la volonté. Toutefois l'auteur se croit autorisé à tirer de ses expériences des conclusions relatives à l'intelligence des enfants nouveaunés et même à celle des enfants qui ne sont pas encore nés, conclusions qui vont assez loin. Même dans le ventre de sa mère^ l'enfant, malgré les conditions peu favorables de l'endroit dans lequel il se trouve, doit avoir acquis quelques connaissances et obtenu quelques aptitudes, et assurément avec l'aide du sens du toucher excité par le contact avec les parois de la matrice, ainsi que parle sens du goût et les sensations de soif et de faim excitées par l'absorption de la liqueur amniotique. On pourrait élever quelques objections contre ces idées et ces conclusions; on pourrait notamment faire ressortir qu'il peut à peine être question d'une sensation de soif et de faim chez un être qui ne manque pas d'un apport de nourriture suffisant et non interrompu. L'expérience dans laquelle on introduit des enfants endormis dans des lits, en frappant sous le lit subitement et avec force dans les mains, au milieu du profond silence de la chambre, peut à peine être
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Utilisée pour en déduire une conclusion^ parce qu'une telle observation peut être faite à tout instant, non-seulement sur les entants, mais aussi sur les adultes, et que celte manière d'être du corps sous Tinfluence de cris subits, soit dans l'état de sommeil^ soit dans l'état de Teille, constitue un des mouvements réflexes les plus indubitables que nous connaissions. M. Kussmaul avoue au début de son opuscule que même la conformité la plus apparente ne fournit pas une preuve valable en faveur de l'origine psychique d'un mouvement, — ce dont les contestations récentes relalives à l'âme de la moelle épinière nous fournissent une preuve suffisante. Ainsi donc des expériences de la nature de celles que M. Kussmaul a faites sur les nouveau*nés, ne peuvent être utilisées en toutes circonstances qu'avec la plus grande circonspection et avec l'appui d'un plus grand nombre d'expériences comparatives pour en tirer des conclusions.
Dans tous les cas, il est démontré par l'expérience et l'observation journalière, et confirmé aussi par les recherches précédentes elles-mêmes, que la vie de l'âme de l'homme nouveau-né est placée au degré le plus inférieur de la sensibilité, de la faculté de se faire une idée d'une chose, de la faculté de penser et de la faculté de désirer; et que si l'on veut considérer la conscience comme étant le critérium d'une activité psychique libre, il peut à peine être question, dans le sens rigoureux du mot, de la vie proprement dite de Tâme des nouveau-nés. M. Kussmaul rapporte que les nouveau-nés ne sont pas en état de trouver d'euxmêmes le bout du sein de leur mère^ mais qu'on est obligé de le leur mettre dans la bouche; qu'ils tettent le doigt qu'on leur met dans la bouche de la même manière que si c'était un bout de sein; qu'ils accomplissent d'abord l'action de teter avec peu d'adresse, s'en lassent facilement