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ROLE DE L'ÉNERGIE INTERNE LES ÉTAPES DE L'ÉVOLUTION TERRESTRE

Le principe de la variation, qui va rendre si intéressante l'histoire des étapes de l'évolution terrestre, réside dans cette provision interne d'énergie, qu'un admirable dessein providentiel a, dès la première heure, enfermée sous l'écorce obscure. Si bien emprisonné qu'il soit, et si faible que soit la conductibilité de la croûte, le , noyau ne peut manquer de voir, à la longue, sa chaleur se dissiper pour se perdre dans l'espace i glacé qui nous entoure. Par Teffet de cette perte de chaleur, et en conformité d'une propriété générale de la matière, le noyau se contracte ; et comme ce mouvement ne peut être partagé par l'écorce, dont l'équilibre de température est depuis longtemps acquis, l'enveloppe se déforme, parce qu'elle est insuffisamment soutenue. De cette déformation infligée à une masse dont les

diverses parties sont inégalement résistantes, résultent ici des plis, là des cassures. Dans ce dernier cas, les matières qui bouillonnent encore sous l'écorce, et parmi lesquelles il y a une forte proportion de gaz, profitent de l'occasion qui leur est offerte pour se dégager et sortent plus ou moins tumultueusement par les fissures, soit à l'état de laves, soit sous la forme de débris projetés ; et cette sortie de matières internes vient encore accentuer la réduction de volume du noyau et, par suite, la faculté de déformation de la croûte.

Sous ces influences, le relief continental, sans cesse atténué par le travail des eaux courantes et des vagues, est périodiquement ressuscité, par les mouvements de l'écorce comme aussi par les éjaculations volcaniques qui s'y superposent. En conséquence, les contours des mers se modifient; une partie des sédiments déjà formés émerge et vient s'incorporer à la terre ferme, après avoir subi, au préalable, au sein du milieu liquide qui l'a longtemps abritée, des transformations propres à en faire des roches dures en assises régulières.

Par suite de la fréquente répétition de ces phénomènes, la géographie de la surface traverse une série indéfinie de cycles, au cours desquels lelle tend à se compliquer de plus en plus. Pendant ce temps, le soleil ne reste pas invariable. L'ancienne nébuleuse, d'abord infiniment dilatée, se contracte peu à peu, devenant plus

lumineuse, à mesure que cette concentration progresse ; et ainsi, une cause extérieure de changement continu dans les conditions physiques vient s'ajouter aux actions que fait naître la constante déperdition de l'énergie intérieure.

C'est grâce à cette circonstance qu'au lieu d'offrir la répétition monotone de phénomènes toujours identiques, l'évolution de la surface laisse apercevoir une marche progressive dont le sens n'est jamais renversé. Du moins cette marche se trahira-t-elle clairement par le progrès continu du monde organique, destiné à se rapprocher de plus en plus des conditions actuelles, celles qui conviennent à l'être destiné à devenir le couronnement de la Création.

L'histoire des étapes successives de notre demeure terrestre peut se reconstruire sans que l'imagination y ait aucune part. Elle nous a été fidèlement transmise, grâce à des témoins de chacune de ces phases, qu'on retrouve aujourd'hui disséminés dans le sein de l'écorce. Ce sont les fossiles, c'est-à-dire les restes, maintenant pétrifiés, des animaux et des plantes qui vivaient, lors de chaque période, dans les mers ou sur les continents. Les êtres marins ont laissé leurs coquilles sur le fond des océans, où la vase les a peu à peu recouvertes ; les êtres ont pu nous être conservés lorqu'après la mort des animaux leurs débris ont été entraînés dans les lacs, où ils se sont déposés au milieu des alluvions.

L'étude de ces précieux débris, ob'et de la

;cieDce spéciale qu'on appelle la paléontologie, lous apprend qu'au début, sur la terre encore )eu stable, et enveloppée d'une atmosphère irrespirable, n'y laissant arriver qu'une lumière lifi'use, il n'existait que de rares végétaux, sans Lucun animal à respiration aérienne. En même emps, les mers, assez richement peuplées d'ères inférieurs et de mollusques, ne nourrissaient )as d'organismes plus élevés que des poissons. Encore ceux-ci avaient-ils une constitution ïtrange, plusieurs d'entre eux étant adaptés à me interruption momentanée du régime marin, ;omme si l'instabilité des rivages eût alors rendu ;ette précaution nécessaire. Sur les plages fournillaient des crustacés d'un type spécial, destiné i s'éteindre bientôt. Enfin, parmi les mollusques, ;ommençait à s'épanouir la famille des céphalo- )odes à cloisons, représentée par les précurseurs le ces ammonites, qui allaient prendre tant d'im- )ortance dans les mers vers le milieu des temps géologiques.

Durant cette longue suite d'événements, qu'on i l'habitude de désigner sous le nom d'ère prinaire, les traces de la vie continentale ont fait léfaut, ou du moins, si elles ont existé, ne nous »nt pas été conservées. Mais, vers la fin de la )ériode, un jour vint où les parties les plus bases des continents, désormais pourvues d'une neilleure assiette, se virent envahies par de vé- •itables fourrés d'une végétation luxuriante, la nême sur toute l'étendue du globe, et exclusi-

vement composée de types tropicaux, où les caractères des cryptogames, équisétacées et fougères, se mêlaient d'une manière étrange à ceux des gymnospermes, notamment des cycadées. A ce moment apparurent, non de véritables reptiles, mais des ampliibies, c'est-à-dire des êtres organisés pour vivre tour à tour à l'air libre et dans l'eau. Autour d'eux voltigeaient, comme nous l'ont appris les trouvailles de Commentry, de grands insectes, appartenant à des familles dont les congénères actuels sont connus pour rechercher l'ombre et l'humidité. Parmi les espèces végétales, abondantes en lycopodes, en prèles, en fougères et en cycadées, il n'existait ni plantes pourvues de fleurs brillantes comme celles du temps présent, ni arbres à feuilles caduques et à zones annuelles d'ftccroissj^ment, ce qui prouve que les saisons îi 'étaient pas y inctes, la végétation gardant toute l'année la même puissance.

Mais bi(>ntôt l'atmosphère se purifie, grâce à cette flore exubérante qui, au lieu de po;/rrir à l'air, se voit périodiquement vi;nfouie sous des sédiments où elle deviendra du charbon de terre. Au sein de l'air ainsi purifié, les véritables reptiles apparaissent enfin, témoignant, par leur universelle dispersion sur les continents, que la température est partout assez clémente pour assurer l'existence d'animaux dits à sang froid, parce que leur chaleur propre ne diffère pas de celle du milieu ambiant. Pendant ce temps, les

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bras de mer se tapissent d'importantes masses calcaires, entièrement formées de menus organismes, et dont le durcissement progressif engendrera des marbres aux couleurs variées.

Un peu plus tard commencent à se montrer les premiers oiseaux, encore très primitifs et bien voisins des reptiles, dont ils conservent quelque temps la dentition. Plus tard encore, ce sont les vestiges d'une flore nouvelle, comprenant, avec des conifères et des cycadées, les premiers représentants de ce que les botanistes appellent les dicotylédones angiospermes, famille à laquelle appartiennent de nos jours toutes les plantes à fleurs brillamment colorées et les arbres à feuilles caduques. C'est évidemment la preuve que le jeu des saisons commence à se manifep-ter. en n ème temps que le soleil, moins dilaté "c'is plus brill- nfc, darde des rayons qui facilitent la production des couleurs vives. Pourtant nos régions des latitudes moyennes jouissent encore d'un régime tropical, etiout aatui des îles dont se compose alors l'Europe, rédui à la condition d'.^rchipel, l'activité des corau se donne carrière, édifiani, de belles assises calcaires, auxquelles font cortège à distance des couches de vase, de marne à ciment et de grès. Pendant ce temps, les céphalopodes de la famille des ammonites pullulent dans toutes les mers.

Enfin un jour arrive où la végétation de la terre ferme, se rapprochant de plus en plus de la nôtre, mais sans perdre tout à fait ses affinités tropi-

cales, devient d'une richesse extrême, en môme temps que le relief de la terre ferme se complique par de puissantes dislocations. C'est le moment où les mammifères vont prendre un essor subit, d'autant plus remarquable qu'il a été plus longtemps paralysé. Ces animaux s'étaient montrés, pour la première fois, un peu après l'épanouissement des reptiles, mais seulement sous la forme de petits êtres, insectivores ou rongeurs de la taille d'un rat ; et, depuis ce moment ils n'avaient fait aucun progrès, comme s'ils eussent été frappés, dès leur naissance, d'une sorte d'arrêt de développement.

Mais voici que la différenciation, chaque jour plus avancée, des conditions physiques à la surface, en même temps qu'elle rend de plus en plus précaire l'existence des reptiles, vient donner un avantage marqué aux mammifères ; car ceux-ci sont organisés de manière à fabriquer ^ eux-mêmes, dans leur intérieur, une chaleur ® ^sensiblement plus forte que celle du milieu environnant, ce qui. joint à la rapidité de leurs mouvements, les met en mesure d'affronter des variations de climats pour lesquelles les lourds et froids reptiles ne sont pas faits. Les pachydermes d'abord, puis les ruminants et autres herbivores, se multiplient sur notre sol. D'immenses troupes d'antilopes, de gazelles, de girafes prennent leurs ébats dans les régions méditerranéennes, et préparent l'avènement des éléphants.

A ce moment, les Alpes viennent de surgir, sur un emplacement long-temps occupé par la mer, et avec elles se sont dressés les Pyrénées, l'Atlas, l'Himalaya, les Cordillères américaines. Les grands changements géographiques qui en résultent provoquent dans les hautes latitudes d'abondantes chutes de neige qui, trouvant à s'emmagasiner dans le cœur des massifs montagneux de récente formation, donnent naissance à d'immenses glaciers. Ceux-ci. tantôt avançant, tantôt reculant, broient impitoyablement le sol sur leur passage, en triturent les éléments, les dispersent tout à l'entour, sur les vallées élargies, à l'aide des eaux engendrées par leur fusion et préparent ainsi un limon tout prêt à récompenser le facile travail du laboureur. L'homme peut venir ; la terre est mûre pour le recevoir. La création des vertébrés avait commencé par les poissons, ces êtres infimes que le contact de l'air fait mourir, et chez qui la ligne des yeux est condamnée à ne pas sortir du plan horizontal où est couché l'axe du corps. Elle s'achève par l'apparition du seul mammifère dont la station soit absolument verticale, et dont le visage soit fait pour regarder en face, en respirant à pleins poumons, le Ciel où sa destinée l'appelle.

Que de choses, d'ailleurs, en outre de celles qui viennent d'être décrites, ont accompagné les longs préliminaires de cet événement final! Tandis que la surface granitique infertile dimi-

nuait peu à peu d'étendue, combien d'anciens sédiments marins ont été tour à tour changés en roches dures, et incorporés à la terre ferme par des mouvements dont chacun devait être marqué par des dish)cations et des tremblements de terre! Ici des couches de sable, devenues des bancs de grès: là des accumulations de vases, changées en argiles plastiques, ou durcies et comprimées au point d'en faire des ardoises ; ailleurs, des amas de sel ou de pierre à plâtre, engendrés par l'évaporation d'anciennes lagunes, et tant d'autres produits dont profitera l'industrie ! J Ce n'est pas tout : chaque période de déforma-^ tion de l'écorce a coïncidé avec des épanchements volcaniques. Xon seulement ceux-ci ont amené à la surface des masses précieuses pour les constructions, comme les trachytes d'Auvergne et les basaltes. Mais toute manifestation de l'activité éruptive a été accompagnée par la sortie d'émanations, pareilles à ces fumerolles légè- J res qu'on voit se dégager de la lave du Vésuve ' ou de l'Etna ; ou encore d'émissions thermales, comme ces sources bienfaisantes auxquelles un si grand nombre d'entre nous vont aujourd'hui demander la guérison de leurs misères physiques. Mais, s'il n'y avait pas alors d'êtres humains pour mettre à profit la vertu curative de ces émanations, il s'en faut que leur action se soit exercée en pure perte ; car chaque émission a eu pour effet de faire circuler, dans les cre-

vasses du sol au voisinage des volcans,, toutes sortes de dissolutions métalliques et de vapeurs.

De nos jours, autour des volcans actifs, il n'est pas rare de rencontrer des solfatares, c'est-à-dire des jets de vapeur ou d'eau chaude, où domine l'odeur du soufre. En recueillant les produits qui s'y déposent, ou en examinant les canaux par où se fait leur ascension, on constate que toutes ces émanations entraînent avec elles des sulfures, parfois des chlorures, c'est-à-dire des combinaisons de soufre ou de chlore avec divers métaux, et ce sont ces sulfures qui, se décomposant à l'air, dég'ag'ent les gaz sulfurés, si reconnaissables à leur odeur. Du même coup les métaux se déposent, soit à l'état libre, soit en demeurant combinés avec le soufre. Parfois ils s'oxydent, comme ces cristaux miroitants et ces lamelles éclatantes de fer spéculaire qu'engendre, dans certaines fissures volcaniques, l'action mutuelle des sels de fer et de la vapeur d'eau.

Ces réactions ont eu lieu de tout temps, et spécialement à la suite des grands paroxysmes éruptifs, dont elles représentent le cortège nécessaire. La circulation prolongée des émanations, dans les fissures des roches, a eu pour efi'et de tapisser les parois de ces dernières d'un mélange de matières pierreuses et de substances métalliques, constituant ce qu'on appelle le remplissage des filons métallifères.

C'est ainsi que se sont amassés, en diverses régions, tant de trésors de minerais, d'où les

premières générations humaines n'ont pas tardé à savoir extraire les métaux. Par surcroît, en vertu d'une disposition qu'on ne peut qu'admirer profondément, si, à la surface, l'action de l'air et de la pluie devait avoir pour résultat de salir, en l'oxydant, la partie supérieure des filons, en revanche, au contact de cette dernière avec la zone profonde inaltérée, une série de phénomènes chimiques intéressants déterminaient le remarquable enrichissement en métaux précieux qui caractérise d'habitude cette zone de cémentation.

Ainsi l'activité volcanique, si terrifiante dans ses manifestations, doit revêtir à nos yeux un tout autre caractère, quand on envisage la part qu'elle a prise à la constitution de notre demeure. Sans doute, quand il nous est donné d'être témoins de cataclysmes, comme ceux qui à tant de reprises, ont ravagé les Indes orientales et le Japon, ou comme celui qui, en 1902, entraîna la ruine instantanée de Saint-Pierre à la Martinique, ou encore comme cette éruption d'avril 1906, qui excita autour de Naples tant d'émotion, on peut se croire, au premier moment, fondé à maudire l'apparente sauvagerie des forces de la nature. Quelle autre impression ressentir, devant cette lave qui s'avance, impitoyable, ravageant les vergers et détruisant les habitations, ou devant ces nuées formidables, auxquelles un petit nombre de minutes suffit pour coucher par terre trente mille victimes? Le même

sentiment n'est-il pas justifiable, lorsqu'une opulente cité de trois cent mille habitants subit, en quelques secondes, une destruction telle, par 'effet d'un tremblement de terre, que les deux tiers de sa population se trouvent sans abri, les pertes subies se chiffrant par centaines de millions ?

Cela est vrai ; mais la justice oblige à reconnaître que, le plus souvent, ces désastres n'atteignent que des régions où il a fallu à l'homme quelque témérité pour espérer d'y fonder une installation durable. Il a cru pouvoir braver un fléau dont les manifestations étaient espacées, et la plupart du temps cette hardiesse a été récompensée par de notables profits. Comment se plaindre, le jour où la nature reprend pour un moment des droits qu'elle n'avait jamais abdiqués?

Combien cette compensation apparaît plus sensible encore, quand à la lumière de la géologie, on reconnaît à quel degré les forces volcaniques ont contribué à l'accroissement et à l'amélioration du domaine continental I Ici ce sont de grandes surfaces, peu à peu conquises sur la mer par des accumulations de laves et de tufs, où la conquête opérée sur l'élément liquide se double du charme de paysages incomparables, tel que celui de la baie de Naples, ou du Fouzi-yama du Japon. Ailleurs, ce sont des masses de produits fertilisants versés sur la surface, et d'où la culture saura tirer un profit bien supérieur au dommage que leur chute aura pu causer. Enfin

combien de substances précieuses sont venues du fond par cette voie, et où en serait la civilisation, si les craquements de l'écorce n'y avaient pas fait naître des fissures, et si l'action solfatarienne ne s'était appliquée à tapisser de minerais précieux les parois de ces crevasses?

D'autre part, les dislocations qui ont engendré les chaînes de montagnes les plus récentes, par cela seul qu'elles accentuaient le relief de la terre ferme, ont extraordinairement compliqué les rivages maritimes, notamment ceux de la zone méditerranéenne. Le long de ces côtes, si favorablement découpées de manière à faciliter les communications d'une plage à l'autre, sous l'influence d'une chaude lumière et d'un climat délicieux, s'est constitué un ensemble de circonstances, qui explique suffisamment que ces régions privilégiées aient pu être le berceau de nos civilisations occidentales.

Telle est, dans ses grands traits, ce qu'on peut appeler l'histoire de l'édification de notre demeure terrestre ; histoire d'une variété infinie, pleine d'épisodes instructifs, où éclate la poursuite constante d'un plan merveilleusement conçu. En passant ces épisodes en revue, on se rappelle involontairement l'exclamation du grand poète de Mantoue, lorsque, racontant les péripéties endurées, des rivages de Troie à ceux de l'Italie, par celui qui allait jeter les fondements lointains de la famille latine, il s'écrie: « Tantœ inolis erat romanam condere gentem ! »

Il ne fallait pas inoins Je tout cela pour fonder la nation romaine !

A notre tour, après l'exposé des étapes, autrement nombreuses et variées, et singulièrement mieux ordonnées, que la terre a traversées depuis l'origine, nous pouvons aussi nous écrier : Il n'en fallait pas moins pour asseoir la demeure de cette humanité qui devait un jour prendre possession du globe, surtout la demeure destinée à voir s'accomplir un jour le grand acte de la Rédemption.

A la vérité, il est de mode aujourd'hui de traiter avec quelque dédain cette recherche des causes finales. Il ne manque pas de gens pour trouver que l'humanité se fait beaucoup d'honneur en imaginant qu'elle ait pu être, de la part de la Souveraine Puissance, l'objet d'une telle sollicitude. D'autres vont plus loin et déclarent chimériques ces notions d'ordre et d'harmonie, dont les manifestations nous ont paru si formelles. A les entendre, c'est notre esprit qui crée cet ordre, parce que cela lui est commode pour classer ses connaissances : mais ils se feraient fort au besoin d'entreprendre la démonstration contraire, et de prendre à chaque instant la nature en flagrant délit de trouble et de confusion ; ce qui fournit à quelques-uns d'entre eux un prétexte pour cette contradiction, à la fois étrange et lamentable, qui consiste à montrer rageusement le poing à une Providence dont on nie l'existence !

OÙ conduisent de telles aberrations, nous ne le voyons que trop aujourd'hui, dans ce triste temps de dévergondage intellectuel et moral. Aussi l'exemple d'un pareil aboutissement, mieux que tous les raisonnements philosophiques, devrait suffire à nous en préserver. Pour nous donc, qui avons la certitude de ne pas nous être créés nous-mêmes, il nous plaît d'apercevoir la volonté intelligente qui atout conduit; et quand nous profitons si manifestement de tant de choses préparées de longue date, ce n'est pas seulement un besoin du cœur, c'est aussi une exigence de notre raison, de voir clairement où doit s'adresser la reconnaissance dont nous nous sentons remplis.

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