LA CONSTITUTION DES RESERVES D ENERGIE
Ce n'est pas seulement dans les grandes lignes de l'histoire terrestre, c'est aussi dans les détails, qu'éclate cette prévoyance qui s'impose à notre gratitude. A cet égard, un des épisodes de l'évolution de notre globe se montre particulièrement instructif; il s'agit de l'époque, remarquable entre toutes, où se sont constituées les principales réserves de charbon de terre, et qui. pour ce motif, a reçu le nom d'époque carboniférienne.
Au moment où cette période s'est ouverte, la terre ferme venait seulement de conquérir son assiette. L'atmosphère était irrespirable, comme le prouve l'absence de tout animal supérieur en organisation aux amphibies. Sans doute l'air était chargé de vapeurs épaisses où dominait l'acide carbonique, et le soleil, encore nébuleux, n'y laissait pénétrer que des rayons diffus. En revanche, ces conditions étaient éminemment
224 SCIENCE ET PPIILOSOPHIE
favorables au développement d'une vég-étation de terres basses et humides, qui pour la première fois prend possession des continents.
Un large estuaire, dont on peut suivre aujourd'hui les traces depuis le canal de Bristol jusqu'à la Pologne, et qui ne devait pas être sans analogie avec l'estuaire actuel du fleuve des Amazones, verse dans une mer, occupant l'emplacement de la Russie, les eaux d'un fleuve, issu de la grande terre qui émergeait alors à la place de l'Atlantique septentrional. Sur les bords de l'estuaire s'étendent d'immences fourrés, oii la végétation, quoique bien moins variée, fait preuve d'une puissance extraordinaire et ne subit jamais de temps d'arrêt. La famille de l'humble lycopode y est représenté par des arbres de 60 mètres de hauteur, aux feuilles raides et piquantes qu'entourent des prêles gigantesques, et des fougères aux fruits decycadées, qui poussent des frondes de 8 à 10 mètres de long. C'est comme une vraie débauche de vie, qui se manifeste dans ce monde de plantes terrestres, auquel il est enûn permis, pour la première fois, de prendre son essor.
Mais si cette végétation est franchement Iro-picale, par sa nature comme par le climat qui la favorise, il ne faut pas s'imaginer qu'elle en-' gendre quoique ce soit de commun avec l'exubérance organique des forêts équatoriales du monde actuel. Un énorme silence enveloppe les fourrés carbonifériens ; le chant des oiseaux
n'y retentit jamais, non plus que le mugissement des fauves, et, soit à cause de l'épaisseur de l'atmosphère, soit parce que le soleil est encore à l'état de nébuleuse, la lumière n'éclaire pas franchement ces parages, où seuls les végétaux se développent à profusion.
Mais à quoi va pouvoir servir cette merveilleuse activité du monde végétal? Là où l'homme fait défaut, le rôle des végétaux n'est pas seulement d'ameublir la surface par le travail de leurs racines ; il est surtout de servir de nourriture aux herbivores, et de fournir par le feuillage un abri aux oiseaux. Mais ni les herbivores ni les oiseaux n'ont encore paru ; notre terre est bien loin de pouvoir leur donner asile, et bien du temps s'écoulera avant qu'elle soit prête. Les forêts carboniférienncs vont-elles donc pourrir sur place, restituant à l'atmospiière et au sol les éléments qu'elles leur avaient empruntés, e'est-à-dire le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et les rares matières minérales qui accompagnent ces substances dans les tissus végétaux? Mais alors ce va-et-vient se sera opéré en pure perte, et toute l'énergie, calorifique ou lumineuse nui a été dépensée pour la croissance des plan- Iles, n'aura servi à rien? L'atmosphère se retrouvera telle qu'elle était auparavant, et tant de travail employé s'évanouira en gaz inertes comme devant ?
La croissance des plantes aura été employée en pure perte?
226 SCIENCE ET l'Hl LOSOl'llIE
Un toi g-aspillag-o ne rentre pas dans les desseins de la Suprême Sagesse, et les choses vont être combinées de telle façon qu'il en résulte à la fois la purification de l'atmosphère et la mise en réserve de toute l'énergie accumulée dans les végétaux.
D'abord, sous l'influence même des conditions climatériques de l'époque, des myriades de microbes pullulent dans les marécages forestiers, et font subir aux débris végétaux, tombés au fur et à mesure de la mort des plantes, une macération d'un genre spécial. Préservés, par l'eau qui les imbibe, d'une décomposition complète, ces débris s'enrichissent en carbone et en hydrogène, produits combustibles par excellence, et prennent bientôt une constitution chimique identique avec celle de la houille ou charbon de terre.
Seulement, cette transformation une fois accomplie, par la bienfaisante intervention des microbes, il serait infiniment dangereux que le produit demeurât au voisinage de la surface, où la moindre exposition à l'air le décomposerait. Mais voici que, périodiquement, des pluies violentes s'abattent sur les forêts, et entraînent dans la vallée, aussi bien la bouillie végétale macérée que les plantes encore vivantes et même le sol qui les portait. Si, par un privilège extraordinaire, quelqu'un de nous assistait à cotte opération, sans doute son premier mouvement serait de déplorer cette destruction violente de : tant de richesses, et c'est avec un serrement de I
îœur qu'il verrait déQler devant lui, "emportées 3ar la tourmente, ces masses de vép^étaux dont la croissance représente une si grande somme l'activité. Et quand, après la tempête, il retrouverait, profondément ravinées, les pentes dont la végétation formait la parure, il se demanlerait peut-être comment la notion d'un Dieu nfiniment sage peut se concilier avec un anéantissement d'apparence aussi brutale.
Dans le cas où ces réflexions viendraient à 'esprit de ceux d'entre nous qui peuvent être es témoins ou parfois les victimes des ouragans )u des cyclones, qu'ils suspendent au moins leur ugement, par la considération des avantages |ue le jeu de ces phénomènes a pu nous ménager dans le passé, et spécialement à l'époque lont nous nous occupons en ce moment. En effet, ;uivons, dans son parcours, cette avalanche qui .'ient déboucher dans le grand estuaire, et dans aquelle, au début, tous les matériaux transpor- ,és se confondent en un seul flot tumultueux.
Dans cette alluvion qui chemine, il y a de out : des pierres, du sable, de la boue, et surout cette purée ou bouillie végétale, comme on 'a justement nommée, qui macérait sur le sol numide des forêts, en y formant, vu l'extraor- .linaire puissance de la végétation, une épaisse îouche d'humus en pleine décomposition. Il y a înfin les végétaux, enlevés en pleine croissance Mr la violence du courant, c'est-à-dire les tiges l'arbres et surtout les frondes de fougères.
Une fois arrivée dans Peau tranquille de l'estuaire, l'alluvion y subit un classement par ordre de densités. Le pierrailles et la vase gagnent le fond, laissant au-dessus d'elle la purée végétale, cette dernière recouverte par ce qu'il y a de plus léger, c'est-à-dire les frondes et les branches brisées avec leurs feuilles. Si le classement dans l'eau tranquille devait se prolonger, cette dernière partie du contingent d'alluvions finirait par se dégager de la bouillie qui l'enserre et surnagerait à la surface du fleuve, comme si souvent on le voit dans les accumulations de végétaux flottés qui encombrent le cours des grandes rivières africaines.
Mais avant que cet effet ait pu se produire, une nouvelle inondation survient, qui enfouit l'alluvion précédente sous une autre couche vaseuse, par laquelle elle est pour toujours emprisonnée. Or non seulement l'estuaire est profond, ce qui permet au phénomène de se répéter plusieurs fois ; mais il tend sans cesse à s'approfondir. En effet, ce n'est pas au hasard que le grand cours d'eau venant do la terre atlantique a ici établi son lit. Il s'est tout naturellement logé dans une longue dépression persistante, laquelle accuse, sur cette direction, une partie faible de l'écorce terrestre. La cause qui a créé ce pli concave agissant toujours, le fond de l'estuaire descend à mesure qu'il se comble ; de sorte qu'à la longue, de nombreux lits de détritus, tour à tour minéraux, et végétaux, peuvent s'accumu-
1er au même point sur des milliers de mètres d'épaisseur.
Ainsi entassées, ces couches successives subissent, par l'effet de leur poids, une compression qui en réduit momentanément l'épaisseur, en même temps qu'elle suffit à en expulser l'eau dont elles étaient imbibées. De cette façon les lits de purée végétale macérée, dont la composition chimique, nous l'avons dit, est déjà celle du charbon de terre, éprouvent une transformation physique qui en fait des veines de houille stratifiée; et chacune de ces veines tient en réserve, au profit de l'industrie qui saura l'extraire un jour, toute l'énergie solaire dépensée pour la croissance des végétaux d'où elle dérive, énergie qui sans cet emmagasinement, eût été totalement perdue.
Par la compression qui lui a été infligée, cette provision de puissance se trouve désormais enfermée dans le moindre espace qu'elle puisse occuper ; si bien que, par analogie avec ces comprimés de substances alimentaires, où l'on parvient à condenser en une menue tablette de quoi faire un bouillon ou autre mets, on pourrait donner au produit minéral ainsi obtenu le nom de comprimé cV énergie.
D'ailleurs cette fabrication, si l'on ose se servir de ce mot, comporte de nombreuses variétés. Il n'est pas indifférent que les détritus végétaux soient composés de feuilles plutôt que de fragments de tiges ou de fruits. Le produit final va-
riera nécessairement suivant que les matériaux qui lui ont donné naissance étaient plus ou moins riches en principes gras et féculents. Enfin la façon dont s'est faite la macération, le départ, plus ou moins complet, de quelques-uns des gaz auxquels la réaction chimique donnait naissance motiveront de grandes inégalités dans la {nature des houilles. Les unes seront riches en produits bitumeux et donneront un bon coke par carbonisation. D'autres seront riches en gaz éclairants, ou brûleront avec une longue flamme, qui les rendra précieuses pour la métallurgie; d'autres enfin, les anthracites, seront si bien enrichies en carbone et appauvries en carbures d'hydrogène, qu'elles deviendront particulièrement propres au chauffage des appartements ou à la cuisson de la chaux. Dans un même endroit, plusieurs de ces variétés pourront se trouver réunies à diverses profondeurs, selon l'origine et la nature de l'inondation qui amenait les débris.
C'est ainsi que se sont constitués les grands bassins houillers, par exemple ce riche bassin de Westphalie, où, pour une épaisseur totale d&. 2.500 à 3.000 mètres, on ne compte pas moins de 75 mètres de charbon de terre, répartis entre 90 couches exploitables, que séparent des assises de schiste, c'est-à-dire de vase durcie, et de grès, autrement dit de sable aggloméré. Parfois, dans des intervalles stériles, un conglomérat, c'està-dire une couche de cailloux roulés, réunis par
un ciment, atteste une inondation plus violente que les autres, qui a réussi à entraîner des matériaux grossiers dans cet estuaire où, d'habitude ne parvenaient que des sédiments fins. Au contraire, dans d'autres bassins houillers, qui ont rempli des dépressions plus restreintes, dont les bords étaient plus accidentés, les couches à gros éléments sont la règle, et les veines de charbon, parfois très épaisses, ont. d'un point à l'autre, des variations d'épaisseur inconnues dans les grands bassins du nord.
Mais bornons-nous à considérer ces derniers, où se trouve concentrée presque toute la richesse houillère de l'Europe ; nous y remarquerons une particularité digne de toute notre admiration. Si les couches de charbon étaient trop épaisses^ l'exploitation en serait difficile et, de quelque façon qu'on s'y prit, entraînerait dans la masse des détériorations funestes. L'oblig-ation d'établir les galeries dans l'épaisseur même de la houille serait préjudiciable à la bonne conservation de la partie inférieure de celte dernière, abîmée par un piétinement continuel; et si l'on voulait commencer l'attaque par le bas, toute la portion supérieure éprouverait des tassements, susceptibles d'y ouvrir de nombreuses fissures et d'y allumer des incendies. Enfin si les veines exploitables étaient trop voisines, les vides produits par l'enlèvement de l'une d'elles, même avec un remblayage soigné, provoqueraient dans le terrain des mouvements qui disloqueraient
les couches supérieures et pourraient les rendre inutilisables.
Or, comme si tout cela avait été prévu, il arrive que, dans des grands bassins houillers, la plupart des veines ont juste l'épaisseur. com[)rise entre 70 centimètres et 1 m. 20, qui rend leur extraction profitable, en permettant d'asseoir les galeries sur le roc sous-jacent ou mur, tandis que l'espace nécessaire au logement des bois qui réuniront deux étais conjugués est pris dans la roche supérieure ou toit de la veine. En même temps, l'importance des intervalles stériles ou sîanipes qui les séparent, intervalleshabituellement compris entre 30 et 50 mètres, donne, pour l'exploitation simultanée de plusieurs couches par un même puits, une garantie suffisante.
Mais, dira-ton, l'humanité ne s'identifie pas avec l'Europe, et les faveurs accordées à cette si petite partie du monde sembleraient témoigner d'une rare partialité envers ses habitants. A cela il serait permis de répondre que la part prise par l'Europe au développement de la civilisation, comme au mouvement des idées, a été assez prépondérante, pour qu'une telle faveur ne parût pas injustifiable. Cependant nous n'aurons même pas besoin de recourir à cet argument ; car l'Amérique, qui semble destinée désormais à supplanter le vieux monde dans les initiatives hardies, a vu se dérouler sur son sol, à la même époque, la même histoire que l'Europe,
mais sur des proportions infiniment plus grandioses.
Juste à l'époque où se remplissait l'estuaire européen, et de l'autre côté de la même terre atlantique, des golfes profonds, et également instables, situés sur l'emplacement de la Pensylvanie, de l'Ohio, de l'Illinois, etc., se comblaient par une succession de dépôts houillers. Ces dépôts étaient opérés par l'enfouissement d'une végétation en tout semblable à celle de l'Europe carboniférienne. Seulement il était dans la destinée de l'Amérique, comme pour la dédommager de sa tardive expansion, que tout y fut conçu dans des proportions extraordinaires. Aussi l'étendue et la puissance totale de veines de charbon, aux Etats-Unis, dépassent-elles incomparablement ce que possède la vieille Europe. Il suffit de citer la célèbre couche de Pittsburg, qui, avec une puissance toujours comprise entre 1 et 3 mètres, couvre, sans cesser d'offrir une régularité remarquable, un territoire de 58.000 kilomètres carrés, soit l'étendue d'une dizaine de départements français. De plus, raffleurement de la veine suit, sur une très grande longueur, le cours d'une importante rivière, le Monongahela, ce qui donne pour l'exploitation des facilités exceptionnelles. Ainsi, dans la création des réserves d'énergie, le nouveau monde, loin d'avoir été oublié, s'est vu traiter au contraire avec une extrême libéralité. Ce n'est donc pas à une fraction privilégiée de l'humanité, mais aux deux
23i SCIENCE ET PHILOSOPHIE /
centres principaux de la civilisation à venir, que s'adressait cet acte providentiel.
Un jour, devant une assemblée d'ingénieurs et de géologues, on agitait la question de l'épuisement probable des mines de charbon ; question grave, qui se pose avec urgence, quand, la statistique en mains, on constate le vertigineux accroissement de la consommation houillère depuis le milieu du dix-huitième siècle. Si cette pro- . gression devait so poursuivre, et quelque secours supplémentaire que puissent fournir, soit le pétrole, soit la houille blanche, ce serait tout au plus par centaines d'années que devrait se compter l'avenir de beaucoup de grands bassins eu Europe.
Un de ceux qui prenaient part à la discussion se montrait assez indifférent à cette éventualité, persuadé, affirmait-il, que d'ici là, la science aurait découvert le moyen de « mettre le soleil J en bouteilles ». "
Il y avait là quelque naïveté; car la chaleur du soleil n'est nullement perdue; c'est elle qui entretient à la surface tout le jeu des phénomènes physiques, et si on voulait la détourner pour un autre objet, ce serait à coup sûr, au détriment de quelqu'une des conditions sur lesquelles est fondé l'équihbre actuel. Mais en admettant môme qu'une portion de la chaleur solaire put être un ' peu mieux utilisée, proposer de la « mettre en bouteilles », c'est oublier que depuis longtemps, l'opération a été accomplie de main de maître;
car précisément la croissance, la décomposition et l'enfouissement de la végétation houillère ont réalisé, dans les conditions les plus parfaites, le desideratum formulé. C'est bien l'effet des rayons solaires qui a été sinon embouteillé, du moins enfermé dans les comprimés d'énergie dont la formation a été précédemment décrite. Enfin cette opération s'est accomplie juste à l'époque où elle devait avoir le maximum d'effet utile, puisque, d'une part, le végétation ne devait jamais retrouver une pareille puissance, et que, d'un autre coté, ce splendide épanouissement du monde des plantes était sans utilité pour le monde organique d'alors.
Mais il y a mieux! le divin tonnelier ne s'est pas contenté d'une « mise en bouteilles ». En ce qui concerne notre Europe, dont les ressources houillères, moins abondantes, avaient besoin d'être protégées, sa sollicitude a su joindre ce que nous nous permettrons d'appeler une « mise en caves » extraordinairement savante.
Les veines de houille, distribuées au sein des assises d'argile ou de grès déposées avec elles, couraient encore un risque très grave : celui de voir les terrains garnissant l'estuaire subir quelque jour un relèvement, qui les incorporerait définitivement au domaine continental. Alors ces terrains se seraient trouvés exposés à l'action normale de l'air, de la pluie et des eaux courantes, qui en auraient peu à peu dispersé les éléments ; auquel cas toute la prévoyance déjà
dépensée serait devenue illusoire. Que fallait-il pour éviter ce dang-er ? Enfouir les précieuses richesses accumulées sous quelque couverture protectrice. C'est justement ce qui s'est fait.
Le phénomène d'aHaissement graduel, qui avait permis l'approfondissement progressif de l'estuaire et son comblement par des dépôts m épais, n'était que le lent prélude d'une de ces ruptures d'équilibre, que certaines parties de l'écorce terrestre ont si souvent traversées. Le bord méridional de la dépression commençait à ressentir les ell'ets d'une poussée venant du sud, qui tendait à le renverser sur le remplissage encore plastique. Les dépôts de ce dernier se ployaient sous cette influence, afln d'occuper un moindre espace. Un jour la poussée devint si énergique, que tous les terrains de la bordure du midi, eux-mêmes plissés en bourrelets comme ceux qu'ils comprimaient, se trouvèrent violemment refoulés par-dessus l'ancienne dépression.
Par suite, à la place même où celle-ci avait existé, une chaîne de montagnes se dressa, formée par des milliers de mètres de roches, sous lesquelles les veines de houille furent ainsi soigneusement ensevelies. Avant donc que l'érosion, à laquelle tout dépôt continental est inévitablement condamné, fût en mesure d'atteindre la précieuse réserve, il faudrait qu'elle eût, au préalable, débité et dispersé toute la masse de la montagne, ce qui garantissait à la houille des millions d'années de sécurité.
Cependant Celui qui n'a pas eu de commencement et qui n'aura pas de fin se joue des millions d'années comme nous nous jouons des jours et des heures. Il n'y a pas de relief, si puissant qu'il soit, auquel on ne puisse prédire une disparition certaine ; et pour ceux qui savent déchiffrer les hiéroglyphes de l'écorce terrestre, les traces abondent d'anciennes chaînes de montagnes, qui au début devaient être aussi hautes que les Alpes, et ont été depuis lors rabotées jusqu'à leurs racines. Pareil sort attendait, à une échéance plus où moins lointaine, cette chaîne hercynienne évoquée par les géologues, et qui, à la fin des temps carbonifériens, s'était si fièrement dressée de la Bretagne à la Bohème.
De fait, cette destinée s'est accomplie, et un jour est venu où, sur son emplacement, il ne s'est plus trouvé qu'une surface presque entièrement aplanie, à un niveau peu différent de celui de la mer, ce qui allait, en mettant à découvert le précieux trésor sous-jacent, l'exposer de nouveau à la ruine.
Or, juste à ce moment, voici que la contrée s'affaisse lentement. La mer revient, sans trouble ni secousses, recouvre la totalité du territoire menacé, et y dépose, là quelques dizaines, là des centaines de mètres de dépôts crayeux, argileux ou sableux. C'est un renouveau de protection encore assurée pour de longs siècles, d'autant mieux qu'une partie du terrain houiller a été ainsi amenée au-dessus de ce niveau de la
mer, où s'arrête nécessairement toute érosion.
Plus tard, quand pour atteindre le trésor noir, si justement qualifié de pain quotidien de l'industrie, le mineur sera obligé de creuser à travers \gs morts-terrains delà surface, des puits coûteux et difficiles, qu'il ne commette pas l'injustice de s'en plaindre I car c'est à cette couverture stérile qu'il doit de retrouver intact l'objet de ses convoitises I Que plutôt il admire cette série d'événements providentiels, et notamment cette dernière immersion du territoire, si nécessaire pour rendre l'exploitation possible, et survenue juste à temps pour que l'érosion qui en serait la suite ne pût enlever la totalité du manteau protecteur I
A la vérité, parmi tant de péripéties, le trésor noir aura pu subir quelques dommages de détail. Ici les couches se seront reployées en zigzags, qui en compliqueront quelque peu l'exploitation. Là elles auront été affectées par des cassures brusques, qui interrompront la continuité des veines, de sorte qu'il faudra quelque habileté pour les retrouver, de l'autre côté delà faille, à un niveau différent. Mais, à les considérer de haut, ces menus accidents doivent apparaître comme la simple rançon de la série des phénomènes conservateurs, auxquels les riches gisements de l'Europe doivent d'avoir pu arriver jusqu'à nous. Même, ne devait-on pas bénir d'une façon particulière la circonstance qui, en les dérobant longtemps aux regards de l'homme,
a empêché le gaspillage dont ils auraient pu être l'objet, si on avait connu plus tôt leur existence, à l'époque où l'outillage industriel n'était pas de force à en assurer l'exploitation régulière ?
Demeurons sous l'impression de cet exemple, et concluons qu'à moins de nier l'existence d'un Créateur Tout-Puissant et infiniment Intelligent, il est impossible de méconnaître la sollicitude qui a présidé à la lente et méthodique édification de notre demeure terrestre. Puisse cette conviction aviver en nous les sentiments de reconnaissance qui doivent nous pénétrer, et nous disposer du même coup à apporter le plus possible de mesure et de sagesse dans la mise à profit des richesses que la Providence s'est plu à accumuler pour notre usage, dans le sein de la terre qui nous porte !
SCIEIVCE ET CATHOLICISME
Altesses Royales, Excellences, Messieurs, Mesdames, Mes chers collègues,
Pour la cinquième fois, les hommes d'étude qui font ouvertement profession de la foi catholique se réunissent afin de mettre leurs travaux en commun, avec la pensée de procurer, par cette mutuelle entente, une glorification plus complète de celui qui a voulu être appelé Deus scientiarum.
L'œuvre, née en France il y a douze ans, poursuit avec honneur sa marche à travers le monde, et la voilà qui jette racine sur le sol allemand, dans la catholique Bavière, où l'apostolat de Saint Boniface a laissé des traces si profondes, au milieu de cette ville de Munich, rapidement