‹ Science et philosophieChapitre 3 sur 21 · Revue des questions scientifiques · texte numérisé non relu

Revue des questions scientifiques

une grave question, bien digne de fixer les méditations du philosophe.

Nous n'avons pas la prétention de traiter ici, dans toute sa généralité, un problème d'un ordre aussi élevé. Mais l'étude d'une question géologique, en apparence bien séparée de celle dont nous venons de poser les termes, l'histoire des îles de polypiers, nous a fourni, d'une manière assez inattendue, des arguments applicables au grave sujet des civilisations. 11 nous a donc semblé que ce serait faire œuvre utile que d'employer quelques pages à vulgariser les notions, sans doute assez peu connues, que nous devons. sur le sujet des récifs de polypiers, aux expéditions anglaises et américaines. En effet, dans ces récifs, on trouve Vétat de nature réalisé dans toute sa plénitude, aussi bien pour le monde végétal ou animal que pour les représentants de l'humanité ainsi égarés dans les solitudes équatoriales du Pacifique. Sur un sol à peine sorti du sein des flots, vierge de toute semence antérieure, loin de toute action de contact, les forces naturelles ont eu beau jeu pour se développer à leur aise. Examinons donc ce qu'elles ont produit et voyons si l'on en peut tirer quelque lumière pour débrouiller cet obscur passé de l'humanité qui ne se révèle à nous que par de rares débris, si difficiles à déchiffrer.

Cet examen nous sera facile, car l'histoire des îles de polypiers et spécialement de leur type le plus achevé, les atolls, a été écrite de main de

naître, il y a peu d'années, par l'éminent géologue américain James D. Dana ^ L'auteur a vu ui-mème ce qu'il décrit ; car il faisait partie, en 1810, de la commission exploratrice dirigée par e Commodore Wilkcs. A ses observations personlelles il a joint celles de M. Darwin et si, reni'ermé strictement dans la question géologique, .1 n'a point tiré de ses descriptions les conclusions philosophiques que nous nous proposons de faire valoir, ces dernières, du moins, n'en auront que plus de poids ; car aucun parti pris ne pourra être soupçonné d'avoir pesé sur l'esprit des observateurs quand ils recueillaient les faits dont nous voulons faire notre profit.

Pour bien comprendre ce qui va suivre, il convient de rappeler, en quelques mots, ce que c'est qu'un récit coralliea.

Un atoll est une île de forme annulaire, constituée par une bande étroite de terrain qui sépare du reste de l'Océan une lagune intérieure, tantôt complètement isolée de la mer, tantôt accessible encore par une ou plusieurs ouvertures d'abord difficile pour les navires. La portion annulaire, dont la largeur ne dépasse jamais trois cents mètres, ne s'élève pas à plus de trois mètres au-dessus du niveau des hautes mers. Bordée par une plage d'un sable blanc comme

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